Le secteur des ONG françaises

L’image des « ONG » véhiculée par les médias donne souvent l’impression d’un secteur monolithique. La réalité est bien évidemment tout autre. La notoriété de quelques grandes organisations françaises de solidarité internationale, liée au renom des « French doctors », comme Médecins du Monde ou de la forte présence médiatique d’Action contre la faim ou Handicap International, ne rend pas compte de la grande diversité d’approches des organisations de solidarité internationale.

Qu’est-ce qu’une ONG ?

Cette simplification est tout d’abord, comme dans beaucoup de domaines, la conséquence de flous sémantiques. Ainsi, le terme « ONG » donne lieu à de nombreuses interprétations, pour certaines erronées.

En France, il n’existe cependant, et officiellement, aucune base juridique qui permette de dire si telle organisation est, ou non, une ONG.

Formulé pour la première fois en 1945 par le Conseil économique et social (Ecosoc) de l’Organisation de Nations Unies (ONU), le terme d’ONG visait initialement à distinguer les organisations gouvernementales de celles non gouvernementales.

Aujourd’hui, certains gouvernements considèrent d’ailleurs que tout ce qui n’est pas géré au niveau gouvernemental est par définition non gouvernemental, comme les entreprises ou les syndicats (on parle parfois de « société civile »).

En France, les ONG sont généralement considérées comme des structures non lucratives, issues d’une mobilisation militante et citoyenne à caractère privé, agissant pour des causes sociales et d’intérêt général, avec une dimension transnationale. Sur le plan strictement juridique, l’essentiel de ces organisations en France sont des associations loi 1901 (quelques rares organisations ont le statut de fondation). On peut aussi les appeler « associations caritatives ».

Puisqu’il n’existe aucune base de données légale qui permette de comptabiliser les ONG, estimer leur nombre est difficile. En France par exemple, l’étude « Le paysage associatif français », estime, en 2019, à 60 000 le nombre d’associations œuvrant dans le secteur humanitaire, social et de la santé, sur les 1,3 million d’associations recensées en France. Coordination SUD estime à 450 le nombre d’ONG françaises gestionnaires, c’est-à-dire qui disposent d’un minimum d’outils de gestion (capacité à planifier les activités, budgets prévisionnels, etc.). À l’échelle internationale enfin, on estime très approximativement qu’il y a près de 10 millions d’ONG.

Comment fonctionnent-elles et quelles sont leurs principales missions ?

Les ONG sont régies par un fonctionnement démocratique et non lucratif. En France, en tant qu’association loi « 1901 », sont généralement reconnues comme ONG, toute structure regroupant des individus ou des personnes morales (des organisations) qui souhaitent mettre en commun, d’une façon permanente, leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de partager des bénéfices. Elles sont donc composées de personnes ou d’entités adhérentes organisées autour de statuts pour piloter l’ONG de manière désintéressée, c’est-à-dire sans rétribution financière.

Les adhérentes et adhérents, quels que soient leurs niveaux d’engagement, sont donc bénévoles, et les organisations adhérentes ne touchent pas de gratifications financières (dividendes, actions, etc.). Elles sont généralement différentes des financeurs (nous y reviendrons !). Le pilotage des ONG par les personnes adhérentes (physiques ou morales) s’organise souvent autour d’assemblées générales, de conseils d’administration et de bureaux (comme la plupart des associations).

Les ONG sont classées en trois catégories : solidarité internationale (dont l’humanitaire), droits humains et environnement, bien que nombre d’entre elles soient aujourd’hui actives dans ces trois domaines. Elles ont plusieurs types de mission. Certaines font de l’aide humanitaire (distribution de nourriture, aide médicale d’urgence, réponses aux catastrophes naturelles, etc.) ou de l’aide au développement (appui au développement de systèmes agricoles soutenables ou de systèmes éducatifs, lutte contre les violences faites aux femmes, etc.) à l’international.

D’autres sont actives, en France ou en Europe, par exemple, sur des missions d’accueil des populations exilées ou de sensibilisation aux enjeux de développement durable et de solidarité (dans les écoles, les Universités, etc.).

Enfin, certaines sont spécialisées sur des actions de plaidoyer politique, ou mènent des campagnes de mobilisation citoyenne. Ces dernières sont généralement les plus visibles dans l’espace public et médiatique.

Les plus grandes ONG mènent souvent plusieurs de ces missions.

Comment sont-elles financées et où va l’argent ?

Ce qui différencie aussi les ONG, c’est leur taille budgétaire, c’est-à-dire le nombre de ressources qu’elles mobilisent ! Il existe de très petites ONG (on parle alors de « nano » ou « pico ONG »), qui disposent de quelques dizaines de milliers d’euros par an. À l’inverse, existent aussi de très grandes ONG, aux budgets annuels de plusieurs centaines de millions d’euros par an. Et entre les deux, il y a plein de cas différents !

Coordination SUD montre dans son étude sur les modèles socio-économiques des ONG de solidarité internationale que le secteur est partagé entre une quinzaine de grandes et très grandes ONG (Médecins du Monde, Action Contre la Faim, le CCFD-Terre Solidaire, etc.), et une diversité de moyennes (Solidarité Laïque, Solthis, etc.) et plus petites ONG, beaucoup plus nombreuses (KuriOz, Fondation France Libertés, Equipop, etc.).

Cette diversité reflète aussi la pluralité des sources de financement des ONG. Si les ONG françaises sont, en 2020, davantage financées par les bailleurs publics (État, collectivités territoriales, agences de l’UE ou de l’ONU) à hauteur de 58 %, leurs ressources sont plurielles. Ainsi, en 2020, 43% de leurs ressources sont des ressources publiques internationales (donc non françaises), et la générosité du public les finance à hauteur de 27% par an. Le mécénat d’entreprise représente, quant à lui, moins de 5% de leurs ressources totales.

En termes de dépenses, deux grands enseignements à retenir :

  1. Les ONG, quelle que soit leur taille, sont en recherche constante d’efficacité : leurs frais de fonctionnement (ex. : loyer du siège social) et de collecte sont stables depuis plusieurs années et représentent entre 10 et 19 % de leurs dépenses totales. Très concrètement, cela veut dire que pour 10 euros donnés à une ONG, entre 8 et 9 euros vont directement aux personnes bénéficiaires de leurs activités.
  2. Les ONG françaises sont capables de se déployer au plus près des besoins des populations vulnérables, en Afrique sub-saharienne, au Moyen-Orient, mais aussi en France.

Si elles sont bien financées, à quoi servent leurs fonds ?

C’est vrai, les ONG, en particulier les ONG humanitaires, sont de plus en plus financées. Leurs ressources ont augmenté de 43% entre 2016 et 2020, pour atteindre 2,3 milliards d’euros par an. Mais la particularité du contexte international actuel démontre que les crises s’additionnent : Afghanistan, Syrie, Yémen, Ukraine, et sans parler de celles bien souvent oubliées). L’agence des Nations Unies dédiée aux enjeux humanitaires estime ainsi qu’en 2022, 273 millions de personnes auront besoin d’aide humanitaire et d’assistance, soit 41 millions de plus qu’en 2021. Pour y faire face, il faudra mobiliser 41 milliards de dollars pour la seule année 2022. Or, ces dix dernières années, et de façon stable, ce sont chaque année près de 40% des sommes espérées qui manquent à l’appel. Les fonds alloués pour répondre aux crises doivent donc augmenter.

En France, les besoins sont également immenses. Le constat du dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre sur l’état du mal-logement en France est sans appel : 300 000 hommes, femmes et enfants étaient privés de domicile en France en 2020. La FAGE, premier syndicat étudiant, nous dit que près de 20% des 18-24 ans vivent sous le seuil de pauvreté.

Et c’est sans parler des enjeux climatiques et environnementaux ! Pour lutter contre le réchauffement climatique et ses conséquences, il est essentiel d’investir massivement dans la transition écologique. Le GIECestime qu’il faut multiplier de 3 à 6 les ressources dédiées pour limiter l’élévation des températures. Pour cela, il faut continuer de mobiliser les citoyennes et citoyens, notamment par les associations, pour qu’elles et ils fassent pression sur les pouvoirs publics.

Enfin, la crise sanitaire du COVID-19, n’a fait qu’accentuer les déséquilibres, en France ou ailleurs. Or, si les ONG sont capables d’apporter une partie des réponses à ces besoins, elles restent aujourd’hui particulièrement fragiles. En 2020, près d’une ONG sur quatre présentaient des résultats déficitaires, c’est-à-dire dépenser plus d’argent que ce qu’elles perçoivent.

La mobilisation de tous et toutes, individus comme organisations publiques et privées, est donc essentielle, pour répondre à ces besoins croissants.

Mais est-ce que les ONG sont vraiment transparentes ?

Comme toutes les organisations mobilisant des ressources, les ONG ont des obligations importantes en termes de transparence et de redevabilité. Elles doivent d’abord rendre des comptes à leurs membres adhérents ! Et elles publient ainsi chaque année des rapports d’activités financiers complets, permettant de comprendre comment elles ont géré les fonds mobilisés (en plus des informations présentes sur leurs sites internet).

Vous pouvez d’ailleurs retrouver les derniers rapports des associations sélectionnées pour cette édition 2022 sur leurs sites respectifs (par exemple ici, , ou encore par ici).

Par ailleurs, les associations qui reçoivent plus de 153 000 euros de subventions publiques par an sont obligées de faire vérifier leurs comptes annuels par un commissaire aux comptes (comme les entreprises), dont le rapport (bon ou mauvais) est accessible publiquement en ligne par tous et toutes.

Enfin, certains financeurs publient d’eux-mêmes les informations des projets d’ONG qu’ils financent, notamment l’Agence Française de Développement, la Fondation de France ou encore la Fondation Ensemble.

Vous avez d’autres questions sur les modèles socio-économiques des ONG ?

Consultez la version complète de l’étude de Coordination SUD

Vous n’avez pas le temps ? Consultez la synthèse de cette étude

Vous n’avez pas trouvé réponse à vos questions ? Contactez Coordination SUD

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