Fragilité des États et des sociétés – Quels enjeux pour les acteurs de la solidarité internationale ?

Coordination SUD et les membres de sa commission Humanitaire ont organisé, le 6 novembre 2008, une réflexion sur les enjeux et les pratiques de l’action humanitaire et de solidarité dans les situations de fragilité. Ce thème représentait un des sujets de mobilisation de l’Union européenne qui a notamment exprimé, à travers une résolution de son Parlement datée du 15 novembre 2007, que “la fragilité représente un défi complexe pour le développement” et qu’il est nécessaire “de mettre en place un programme de lutte contre la fragilité bien défini et cohérent”. La France, elle aussi, porte un grand intérêt à la question puisqu’elle a émis une position et adopté en 2005 et réactualisé en 2007 des principes d’engagement dans les États fragiles.

Le séminaire “Fragilité des États et des sociétés – quels enjeux pour les acteurs de la solidarité internationale ?” s’inscrivait donc dans le programme de suivi de la Présidence pour alimenter les débats sur cette problématique. La journée a été bâtie en trois temps : un état des lieux visant à faire le point sur les concepts existants et l’avancée de la réflexion sur la notion d’Etats et de sociétés fragiles ; des ateliers pratiques centrés sur des études de cas – Haïti, Afghanistan, République Démocratique du Congo et Tchad ; un troisième temps consacré à l’élaboration de recommandations, tant internes qu’externes.

La notion d’Etat fragile – à ne pas confondre avec les concepts d’Etat failli ou Etat effondré – fait aujourd’hui partie intégrante des agendas du débat international sur l’aide au développement ainsi que sur la gouvernance mondiale dans le contexte actuel de globalisation. La notion est même en passe de s’imposer comme nouveau paradigme de l’aide internationale. Pourtant, et bien que certains principes d’engagement et d’intervention existent, cette notion de fragilité demeure complexe.

Ce concept de fragilité a son utilité dans la mesure où il permet de revisiter, d’une part, les conceptions de la légitimité et du rôle des États et des sociétés. En effet, la réflexion sur la fragilité ne se limite pas aux États mais inclut désormais les sociétés, et pose la question non seulement de leur légitimité respective mais aussi des modes d’interaction entre Etat et société.

D’autre part, le concept de fragilité oblige à relire la pratique des acteurs de solidarité internationale dans ces contextes spécifiques. Comment, par l’action humanitaire ou de solidarité, éviter qu’une situation de fragilité entraîne une situation de conflit ? Comment favoriser la paix dans les contextes de fragilité ? Comment réduire la fragilité et la vulnérabilité, tout en renforçant l’Etat et la société ?

Les ONG de solidarité internationale doivent notamment rappeler que, pour rompre le cycle infernal de l’Etat fragile, il s’agit moins de mettre en place des Etats “bons élèves” des nouveaux paradigmes, que de faciliter la réflexion sur les conditions politiques de l’établissement de la paix et d’une lutte efficace contre la pauvreté, et donc aussi contribuer au renforcement de contre pouvoirs locaux existants ou naissants.

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