Dynamique des prix agricoles internationaux

Les marchés internationaux occupent une place marginale dans l’écoulement de la production agricole mondiale (au maximum 20%, le plus souvent moins de 5%). Ils ont cependant une fonction stratégique pour la régulation des économies agro-alimentaires nationales car ils constituent l’instrument le moins coûteux pour stabiliser les marchés internes : en cas d’excédents, l’exportation est plus économique que le stockage et peut rapporter des devises ; en cas de déficit, l’importation évite la pénurie alimentaire et contribue au développement en assurant la survie et la capacité de travail des populations.

Mais les marchés internationaux sont traditionnellement très instables. Pour pouvoir tirer profit des opportunités en hausse ou en baisse qu’ils offrent, les Etats et les agents économiques, notamment les plus vulnérables d’entre eux, doivent donc disposer des moyens d’information et d’action appropriés pour réduire les risques que comporte l’instabilité. Or dans la crise économique et monétaire des années 1970 puis dans la libéralisation des économies et des politiques économiques des années 1980, les Etats ont démantelé les accords multilatéraux de produits mis en place dans la phase antérieure et largement progressé dans l’ouverture des marchés internes à la concurrence internationale.

Les résultats de cette libéralisation ne sont pas à la hauteur des espoirs qu’y plaçaient les adeptes de l’économie néo libérale. Loin de stabiliser en hausse les prix internationaux des matières premières, la libéralisation semble plutôt les déstabiliser en baisse comme en témoignent les amples fluctuations qu’ils connaissent depuis 1973 et la dépression profonde et persistante dans laquelle ils plongent depuis le milieu des années 1990. La libéralisation n’a pas non plus relancé en la diffusant la croissance. Partout, les agriculteurs et les producteurs de matières premières sont en crise. Les pays en développement sont les plus affectés : leurs économies sont souvent très dépendantes de la production et de l’exportation de ces produits ; en outre, leurs gouvernements comme leurs sociétés civiles manquent des moyens d’influence externe et d’organisation interne indispensables pour affronter l’instabilité.

Les performances en quelque sorte négatives de la libéralisation ont provoqué un regain d’intérêt pour l’analyse de l’instabilité des prix internationaux, de ses formes, ses déterminants, ses impacts et des réponses réglementaires et/ou contractuelles à y apporter.

Le projet de recherche que nous avons lancé dans ce contexte repose sur deux postulats de départ. Il considère d’abord l’instabilité comme un phénomène complexe qui n’est pas réductible à la seule volatilité à court terme des prix sur les marchés.

L’instabilité se trouve à la conjonction de plusieurs facteurs, structurels (inélasticités offre-demande, progrès Technique, croissance de la productivité), politiques (acteurs nationaux et transnationaux disposant d’une capacité différenciée de tirer profit de l’instabilité et de mobiliser des alliances autour de projets favorables à leurs intérêts) et institutionnels (dispositifs réglementaires et/ou contractuels de réponse aux ou de protection contre les impacts de l’instabilité). Cette conception de l’instabilité interdit de croire que le recours à la « main cachée du marché » soit la réponse optimale à l’instabilité des prix et des marchés internationaux. Elle débouche sur un second postulat selon lequel la lutte contre l’instabilité relève de plusieurs objectifs, non immédiatement compatibles, et nécessite une approche intégrée en matière d’instruments que seul le politique peut légitiment choisir, hiérarchiser et mettre en oeuvre.

Pour entrer dans ce projet, il était logique de commencer par faire le point sur les travaux et recherches menés pour rendre compte de la dynamique des prix agricoles internationaux. Dans ce but, le premier séminaire s’est organisé autour des trois thèmes que recouvre la question de la dynamique des prix internationaux.

Les prix agricoles internationaux sont-ils pertinents pour mesurer les performances des agricultures nationales et constituer la base éventuelle de la libéralisation ? Leurs mouvements traduisent-ils une tendance de long terme reflétant les évolutions des structures de production ou l’effet de fluctuations à court terme, de cycles plus ou moins déviants par rapport au prix d’équilibre ou les deux mais avec quelle combinaison ?

Cette instabilité constitue-t-elle un frein ou une opportunité pour le développement des économies nationales ? Dans quel sens modifie-t-elle les inégalités de dotation en facteurs des différents acteurs et pays qui échangent sur les marchés internationaux ? Quels sont les impacts enfin des fluctuations des prix internationaux sur les agricultures des pays du Sud, tant pour leurs places dans la division internationale du travail que pour leurs structures économiques et sociales ?

La synthèse qui suit propose un résumé des exposés présentés et des discussions menées sur ces trois thèmes. Elle se termine par quelques jalons pour préparer la synthèse globale qui terminera, nous l’espérons, notre année de travail.

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