Etat des lieux sur la pratique des OSI françaises en matière de partenariat

La conceptualisation ainsi que l’élaboration de stratégies sur le partenariat est relativement récente en France, à l’exception de quelques organisations comme le CRID ou le CCFD, qui dès la fin des années 70 ont commencé à formaliser leur approche du partenariat. Faisant le constat de certains échecs, les OSI françaises cherchent à mieux définir et expliciter leur politique et leurs pratiques de partenariat, notamment face aux bailleurs et à la concurrence avec les OSI étrangères.

Depuis quelques année, des groupes de travail, des séminaires et des ateliers se sont tenus au sein de plusieurs OSI et réseaux (voir bibliographie). Ces travaux reflétent l’intérêt des organisations à analyser leurs relations de partenariat pour mieux comprendre leur fonctionnement et les difficultés rencontrées, voire la volonté de mettre fin à un certain angélisme en se plaçant dans un jeu de stratégie d’acteurs. Ces réflexions les ont conduit à mettre en œuvre des « guides de bonnes pratiques », présentant les différentes étapes d’un processus, avec l’objectif de systématiser une démarche en interne (parfois via la formation), tout en prenant en compte des contextes d’intervention différents.

Cette démarche est surtout présente chez les associations de développement. Les associations d’urgence se disent moins concernées par le partenariat. En passant de l’urgence pure à l’urgence, la réhabilitation et le développement, elles ont cependant commencé à tisser des relations de partenariat avec les sociétés civiles du Sud au delà des opérations d’urgence. Enfin, si les OSIM (organisation de solidarité internationale issue des migrations) sont aujourd’hui mieux reconnues par les pouvoirs publics du Sud en tant que structures organisées et non plus en tant que simples individus, en partie grâce à une reconnaissance au Nord, elles font le constat qu’elles doivent encore clarifier leur démarche partenariale et renforcer leurs propres capacités avant de travailler avec leurs partenaires traditionnels.

Différentes approches françaises du partenariat

On observe chez les OSI françaises différentes conceptions du partenariat, reflet de la grande diversité et hétérogénéité du milieu de la solidarité internationale dans le pays. Ces approches vont d’une dimension opérationnelle à une relation beaucoup plus stratégique, c’est à dire d’un partenariat de court terme pour la mise en œuvre d’un projet de développement, à un partenariat de plus long terme pour amener les partenaires du Sud à l’autonomie et participer à un projet politique ou sociétal. Les relations de partenariat dépendent non seulement de la philosophie de l’association, mais également des situations spécifiques et des contextes des pays du Sud dans lesquels elles interviennent. A l’intérieur même des organisations co-existent parfois des stratégies différentes du partenariat.

Le choix des partenaires

En définitive, peu d’OSI françaises ont mis en place des critères de sélection pour les partenaires et beaucoup d’associations pensent qu’il n’est pas approprié de fixer des critères permanents. Il y a une contradiction entre la volonté de trouver des partenaires crédibles, transparents et légitimes dans leur pays et le fait que les partenariats sont souvent basés sur des rencontres entre individus et des relations interpersonnelles. Il existe cependant un consensus général sur l’idée que le partenariat s’inscrit dans un processus et doit être basé idéalement sur la confiance, l’égalité et les échanges, la réflexion et le dialogue.

Les OSI française jugent essentiel de construire progressivement des relations qui évoluent dans le temps et de partager des responsabilités, avec la constatation qu’au final, peu de partenariats survivent réellement aux projets. Les donateurs apportent des contraintes supplémentaires par rapport à la recherche d’égalité et d’équilibre entre les partenaires. Par exemple en demandant au partenaire du Nord d’être redevable sur la gestion des comptes, quand le partenaire du Sud est sensé prendre des responsabilités dans ce domaine. En outre, les donateurs n’acceptent pas toujours que le fait d’impliquer le partenaire local dans la réalisation d’un projet entraîne parfois une baisse d’efficacité à court terme, à cause des ressources et du temps décernés au renforcement de capacités.

Evolutions du partenariat

Certaines associations comme Handicap International ou Terre des Hommes ont modifié considérablement leur approche partenariale, en passant d’une « need based approach » à une « right based approach » (d’une approche par les besoins à une approche par les droits). A travers une vision politique du partenariat, ces associations considèrent que le développement consiste à conduire des politiques de développement social et que leur rôle est d’apporter un appui aux sociétés civiles revendiquant de vraies politiques nationales en défendant les droits des groupes sociaux. Enfin face à la volonté de certains bailleurs de financer directement les organisations du SUD, les OSI françaises s’interrogent sur leur place en tant qu’acteurs de coopération aux cotés de leurs partenaires. A terme, si les organisations du SUD reçoivent directement les financements, les rapports de force risquent de s’inverser.

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