AFD – FISONG ONE HEALTH 2020 “contribuer à la resilience des populations dans le domaine de la santé globale”

Contexte “concept one health” :

Depuis plusieurs années, un terme se diffuse dans les cercles d’expert-e-s en santé : « One Health ».

Avant d’envisager ses modalités de déclinaison opérationnelle, il convient de noter que « One Health » est un concept dont l’objectif primaire a été de sensibiliser sur la manière même de penser la santé.  L’approche « One Health » peut être décrite comme la volonté de promouvoir la collaboration interdisciplinaire entre trois champs de la santé : systèmes et acteurs en santé humaine, en santé animale et en santé écosystémique ou environnementale, voire de l’environnement au sens large.

Il n’existe pas de définition stricte du concept, ce qui est à l’origine à la fois des opportunités et des limites qui en découlent. Les différentes descriptions de « One Health » ont toutefois en commun deux caractéristiques :

  • la volonté de penser la santé de manière holistique avec comme points de repères les trois piliers que sont les humains, les animaux et les écosystèmes, et grâce à ce regard élargi,
  • l’objectif de déclencher des collaborations concrètes à l’interface entre ces différents espaces de la santé.

La reconnaissance au cœur de « One Health » de liens intimes entre la santé humaine, la santé animale et l’environnement est loin d’être nouvelle. Au contraire, elle renvoie à des conceptions antiques telles qu’énoncées dans les écrits d’Hippocrate ou d’Aristote. Nombreux sont les médecins et vétérinaires qui après la Renaissance ont infusé leurs travaux d’un regard transdisciplinaire en santé .

Cette intuition de l’interconnexion entre santé humaine, animale et environnement s’est-elle effacée en pratique suite à la spécialisation et la sectorialisation de la santé dans nos sociétés modernes ? Plusieurs épidémies issues du monde animal ont quoiqu’il en soit fortement marqué la communauté internationale au tournant du 21e siècle, faisant émerger la terminologie « One Health » et donnant un second souffle à cette appréhension holistique de la santé (encéphalopathie spongiforme bovine dans les années 90, syndrome respiratoire aigu sévère en 2003, grippe aviaire H5N1 en 2004, maladie à virus Ebola entre 2014 et 2016).

Ces crises sanitaires mondialisées ont rappelé l’importance de replacer la santé humaine dans son contexte, aux côtés et en lien avec la santé animale et l’environnement.

Au niveau international, l’OMS, l’OIE et la FAO se sont rapprochées en 2010 sous la forme d’une alliance tripartite afin de porter ensemble l’approche « One Health » et incarner la collaboration en santé à l’interface humain-animal-écosystème. Cette alliance est ce qu’il y a de plus proche aujourd’hui d’un « visage institutionnel » de « One Health ». Support d’un plaidoyer politique à l’échelle internationale, elle s’articule autour de sujets prioritaires énoncés dans une première note en 2010 , renouvelés et étendus dans une note en automne 2017 . Dans le paysage stratégique international, l’approche « One Health » renvoie également à l’ODD 3 sur la santé et le bien-être, aux ODD 2 et 6 en lien avec la sécurité alimentaire, à l’ODD 13 avec le changement climatique et les ODD 14 et 15 avec la santé et protection de la faune et de la flore (ODD 14 et 15).

But de la FISONG :

Cette FISONG vise à innover en testant et documentant des approches nouvelles d’opérationnalisation de l’approche « One Health » / « EcoHealth » en mettant, dans une logique d’approche par les communs, les populations et les acteurs et actrices au centre des enjeux de construction et de gouvernance de santé au niveau des territoires afin d’améliorer leur résilience, en particulier face aux aléas liés au changement climatique.

A l’aide des outils de la recherche (épidémiologie, modélisation, cartographies, etc.) elle doit permettre d’objectiver des situations vécues ou perçues par les populations, et peut-être d’anticiper des évolutions ou des occurrences d’évènements ayant un impact sur la santé. Les innovations portent sur (i) la dimension expérimentale de l’opérationnalisation, (ii) l’approche par le territoire (et non par secteur), (iii) la mobilisation transectorielle autour d’enjeux de santé et bien-être communs, et (iv) le dépassement d’une position de bénéficiaires et participation passive des communautés locales vers une position d’acteur et d’actrice et de gouvernance partagée.

Périmètre thématique :

Les propositions présentées par les ONG devront proposer et tester des modes d’opérationnalisation qui devraient reposer sur les principes suivants :

  • Dépasser l’approche One Health pour une approche Eco Health. Les populations et groupes sociaux qui les composent ne vivent pas, ne perçoivent pas et ne gèrent pas de la même manière les déterminants de la santé. Dans ce contexte, les mettre au centre des enjeux de santé permet de dépasser le cadre des approches classiques en mettant l’accent sur leur implication et en abordant les enjeux socioéconomiques en lien avec la santé et la gouvernance de la santé. Elle repose aussi sur une approche « par les communs », favorisant la création de ressources nouvelles à travers l’implication des bénéficiaires et l’émergence de nouveaux modes de gouvernance.
  • Faire le lien entre santé des populations et territoires. L’amélioration de la santé animale ou humaine ne peut être appréhendée par la seule entrée technique de clinicienne-s mais doit prendre en compte l’ensemble du territoire dans lequel les individus évoluent et qui regroupe une variété de déterminant de santé inter-corrélés.
  • Cibler les acteurs et actrices et les pratiques selon une approche de groupes stratégiques. Une meilleure compréhension des besoins ou des demandes des populations doit reposer sur une démarche d’anthropologie impliquée qui reconnait les conflits, les intérêts, convergents ou divergents, et les rapports de pouvoirs comme des éléments de régulation et de production de la santé.
  • Documenter et partager les enjeux autour de la production et de la gestion de la santé. L’objectivation de faits de santé en s’appuyant sur la recherche (scientifique ou en sciences humaines), la cartographie, la modélisation… doit permettre de dresser un tableau d’une écologie sociale de la santé, d’objectiver des faits ou des situations, d’orienter des recherches, de tester de nouvelles approches et de proposer des outils de suivi autour des besoins et des demandes des populations.

Périmètre géographique :

En cohérence avec les priorités de l’AFD, les projets devront être situés en Afrique.

Les projets concernant un seul pays seront a priori privilégiés, dans l’optique de simplifier la mise en œuvre. Néanmoins, des projets multi-pays pourront être retenus, mais des éléments de justification de ce choix devront être apportés (approche régionale, capitalisation d’expériences dans des contextes variés, possibilité de coopération sud-sud…).

Durée des projets :

La durée moyenne d’un projet FISONG est classiquement de trois ans. Dans le cadre du présent appel à projets, la durée des projets pourra atteindre 5 ans et une évaluation à mi-parcours sera alors requise. Cette évaluation devra être intégrée au plan de financement et au pilotage du projet.

Bénéficiaires :

Les bénéficiaires directs seront :

  • les écosystèmes dans lesquels évoluent ces populations ;
  • la société civile, les collectivités locales, et les autorités compétentes en charge de la santé humaine, animale ou de l’environnement au niveau décentralisé ou central.

Approche genre :

Les inégalités de genre existent dans toutes les sociétés humaines. Ne pas prendre en compte ces inégalités revient, de fait, à les faire perdurer ou à les renforcer. Or, l’AFD s’est engagée dans une démarche visant à la réduction des inégalités de genre (publication en 2013 du premier « CIT genre »). Le CIT OSC de 2018, qui définit les grandes lignes de la stratégie de l’AFD vis-à-vis des organisations de la société civile, rappelle également que lesdites OSC doivent viser à « pas seulement garantir que les femmes accèdent aux services mis en place, mais [qu’elles soient inclues] comme actrices des projets et de la vie locale, au même titre que les hommes ». Il précise également que les OSC devront « questionner davantage l’atteinte effective des objectifs genre des projets et d’évaluer les réussites et les manquements afin d’améliorer collectivement les pratiques en la matière ».

Pour répondre aux enjeux relatifs au genre, les ONG adopteront une démarche spécifique visant à réduire les inégalités :

  • Les propositions devront détailler la façon dont les rapports de genre influencent la méthodologie des activités à mettre en œuvre ;
    • différents groupes socio-économiques ou groupes d’intérêts par rapport à l’objet du projet ;
    • contraintes pesant sur la participation des hommes et des femmes, ainsi que des autres groupes socio-économiques stratégiques.

Ce point sera évalué et perçu comme une réelle valeur ajoutée dans la sélection des projets soutenus.

Les ONG sont encouragées à consulter et utiliser les « Boites à outil genre développées pour l’AFD en 2015 et accessibles aux adresses :https://www.afd.fr/fr/ressources/boite-outils-genre-sante et https://www.afd.fr/fr/ressources/boite-outils-genre-agriculture-developpement-rural-et-biodiversite.

Par ailleurs, en collaboration avec l’AFD, le F3E a mis en place un dispositif d’accompagnement des ONG pour renforcer la prise en compte du genre dans leur projet. Ce dispositif sera activé pour la présente FISONG avec :

  • Une formation-sensibilisation collective des ONG qui auront été retenues à l’intégration d’une perspective de genre dans leurs projets. Ce temps collectif pourra être élargi à des ONG travaillant sur les mêmes domaines et lieux d’intervention que les ONG sélectionnées ;
  • Un échange individuel avec chaque ONG retenue, afin d’élaborer un plan d’action concret ;
  • Si le calendrier le permet, un accompagnement au démarrage des activités pour les ONG qui auront été retenues.

Modes d’intervention transversaux :

Les ONG devront respecter les principes d’action suivants :

  • Concertation, pour veiller à l’appropriation par les populations, dans leur diversité ;
  • Contribution à créer et/ou faire vivre un espace public local ;
  • Contribution à des politiques publiques inclusives ;
  • Renforcement des acteurs et actrices, accompagnement des autorités locales.

Les ONG devront mettre en œuvre des méthodes d’interventions innovantes de diagnostic, concertation / participation / co-construction et mobilisation sociale, dialogue entre savoirs expérientiels et savoirs scientifiques, dans un contexte d’incertitudes (notamment climatique), pouvant nourrir les politiques et pratiques d’action collective.

Les projets doivent être conçus sur la base de diagnostics initiaux (issus de la connaissance antérieure du contexte et à compléter en début de projet). Ces diagnostics doivent être, autant que possible : territoriaux, participatifs, incluant une analyse des rapports de genre, incluant une analyse de la vulnérabilité socio-économique, etc. La méthodologie sera documentée de telle sorte qu’elle puisse être éventuellement réitérée ultérieurement par un tiers. Les deux résultats principaux attendus du diagnostic sont de : 1) hiérarchiser les enjeux et les degrés d’incertitude qui influencent l’action collective ainsi que 2) définir des groupes cibles pour des activités de mobilisation sociale. Le diagnostic permet également d’établir l’état de référence et les indicateurs (désagrégés par genre, le cas échéant) qui serviront au suivi et à l’évaluation des résultats du projet.

Analyse de contexte :

Chaque proposition de projet fournira une analyse détaillée des parties prenantes, ainsi que des éventuels rapports de force qui sont anticipés.

Evaluation et capitalisation sous l’angle de l’innovation :

Les ONG devront présenter les hypothèses innovantes qu’elles cherchent à tester. Elles proposeront la manière dont elles entendent :

  • identifier les principales questions de recherche ;
  • préciser les indicateurs à utiliser pour répondre aux questions, ainsi que les sources d’informations correspondantes ;
  • établir les étapes du raisonnement qui permettront de répondre aux questions.

Suivi et évaluation du projet :

Les ONG proposeront un dispositif de suivi-évaluation des activités qu’elles entendent mettre en œuvre. Elles définiront des modalités de définition d’indicateurs de résultats finaux attendus et la façon dont ils seront mesurés et discutés entre les parties prenantes. Dans une logique de communs, elles s’intéresseront aussi à l’évaluation des résultats globaux et à l’évaluation des processus mêmes.

Ce suivi-évaluation pourra déboucher sur des remises en cause de certaines activités du projet, qui sont entièrement envisageables dans le cadre de la présente FISONG.

Capitalisation :

La capitalisation est un objectif important des projets innovants financés par la FISONG. Dans ce cadre, chaque ONG est invitée à expliciter les modalités de capitalisation spécifiques au projet financé. En particulier, il faudrait que les ONG, à partir d’une analyse critique de contexte et sur la base de leurs expériences, se posent un certain nombre de questions et énoncent des hypothèses d’intervention. La capitalisation et le S&E permettront de suivre la réalisation de ces hypothèses, en cherchant à identifier et comprendre les conditions qui ont permis ou pas d’atteindre les objectifs définis ex ante. Ainsi, la capitalisation ne cible pas ici les résultats, mais les conditions qui ont permis de les atteindre, quels qu’ils soient par ailleurs.

En parallèle, un ou une prestataire sera recruté-e sur appel d’offres par l’AFD pour réaliser une capitalisation globale des projets « One Health » financés par l’AFD. Dans le cadre particulier de la FISONG, l’objectif sera de porter les innovations mises en œuvre au-delà de l’échelle des projets. Les attentes principales associées à ce dispositif transversal sont les suivantes :

  • apprécier et documenter la faisabilité de l’opérationnalisation de l’approche « One Health / EcoHealth » et de ses impacts sur les indicateurs de santé ;
  • évaluer la possibilité de passages à l’échelle de ces approches ;
  • mettre en perspective et enrichir les enseignements issus de cette FISONG en échangeant avec d’autres projets, hors du cadre de cette FISONG ;
  • nourrir une réflexion multi-acteurs et actrices sur la pertinence de cette approche en fonction des territoires, des acteurs et actrices, des contextes sanitaires, etc.

Ce travail de capitalisation sera nourri par la réflexion d’un Comité scientifique qui pourra interroger les porteurs de projet tout au long de la durée de mise en œuvre.

Qualification et expérience des ONG :

Toute ONG, quelle que soit sa nationalité, est éligible à la FISONG. Une ONG souhaitant soumettre un projet pourra s’appuyer sur des partenaires des pays d’intervention. Afin de couvrir l’ensemble des thématiques envisagées et valoriser des visions et approches différentes, les ONG devront démontrer leur capacité à mobiliser une équipe interdisciplinaire soit en interne, soit par la construction de groupements ou consortium d’ONG. Des partenariats complémentaires pourront, le cas échéant être établis avec des institutions du domaine de la recherche.

Il est demandé aux ONG de justifier d’une présence de trois années minimum d’intervention dans le pays du projet afin d’assurer leur connaissance du contexte local, notamment sur les plans politique, institutionnel et socio-politique.

Les ONG doivent démontrer une expérience dans la conception et la mise en œuvre de démarches spécifiques visant à réduire les inégalités de genre ou, à défaut, expliciter de quelle façon elles ont prévu de travailler à cette réduction dans le cadre du projet qu’elles présentent. Les ONG mobiliseront des équipes adaptées aux méthodologies qu’elles proposent. Ces équipes seront placées sous la responsabilité de responsables de mission installés localement.

 Budget :

Cette FISONG est dotée d’un montant de 2,5 millions d’euros, répartis – à titre indicatif à ce stade – comme suit :

  • 2,2 millions d’euros pour financer des projets de terrain ;
  • 0,3 million d’euros pour financer le dispositif transversal de capitalisation qui sera assuré par un ou une prestataire recruté-e sur appel d’offres.

Cette FISONG vise à financer 1-3 projet(s) d’un montant minimum de 700 000 €, sachant que la contribution financière de la FISONG ne pourra excéder 90% du coût total du projet.

Le plan de financement soumis par l’ONG devra intégrer un montant forfaitaire minimum de 2% du montant total du projet pour la réalisation d’audits externes. Ce montant sera mobilisé directement par l’ONG qui contractualisera avec un cabinet d’audit externe pour assurer la vérification des dépenses effectuées.

Il est également demandé aux ONG de sécuriser un budget permettant de couvrir les frais de déplacements liés aux activités transversales (atelier genre, ateliers de capitalisation transversale / participation aux réunions du comité scientifique) sur la base d’une réunion par an pour un des opérationnels du projet.

Calendrier prévisionnel :

•      calendrier FISONG 2020
•      21 Avril 2020 •      Publication appel à propositions
•      15 mai 2020 •      date limite de réception des questions relatives à l’appel à propositions
•      29 Mai 2020 •      publication sur le site de l’AFD des réponses aux questions des ONG
•      30 Juin 2020 •      réception des offres – ouverture des plis
•      Juillet 2020 •      pré-sélection – avis ambassadeurs/Agences AFD
•      Septembre 2020 •      sélection
•      Septembre 2020 •      annonce des résultats aux ONG
•      Octobre 2020 Formation / sensibilisation collective au genre des ONG présélectionnées et appui individuel à l’intégration du genre dans les projets.
•      Novembre 2020 •      réception des dossiers – instruction
•      Janvier 2021 •      Signature des conventions
•      1er trimestre 2021 •      Démarrage des projets

Plus d’informations 

Créer une alerte

Recevez tous les 15 jours, le bulletin d'actualité des financements et ressources.

En vous inscrivant, vous confirmez avoir lu et accepté notre politique de vie privée.

A lire aussi

Publication|22/06/2020

Catastrophes au temps du covid-19

Publication|19/06/2020

NEW HI report : COVID-19 in humanitarian contexts: no excuses to leave persons with disabilities…

Publication|12/06/2020

Le Magazine d’Aide et Action : COVID-19, la réponse d’Aide et Action face à la crise

Tout chaud

03/07/2020|ODD

Coordination SUD présente au forum des Nations unies sur le développement durable

26/06/2020

A revoir | Webinaire Comprendre la désertification et lutter contre ses causes

24/06/2020

A continuer de comptabiliser les allègements de dettes comme de l’aide publique au développement,…