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Séisme Haïti : Aide et Action achemine du matériel de première nécessité à Port-au-Prince

Une heure après le passage de la frontière, nous arrivons dans les faubourgs de Port-au-Prince. Quelques bâtiments se sont écroulés. Nous passons devant l’ambassade américaine, a priori intacte. Quelques centaines de mètres plus loin, nous tournons sur la gauche pour entrer dans le « Camp Aide et Action ».

C’est une zone de chantier situé à côté de l’ambassade des États-Unis, près de l’ONU, ce qui en garantit la sécurité. Le mur d’enceinte est détruit mais des ouvriers sont déjà à pied d’œuvre pour en reconstruire un autre. Les premiers bénévoles haïtiens nous attendent et s’attèlent au déchargement avant que la nuit ne tombe.

Passage à l’hôpital Nous partons ensuite vers l’hôpital pour déposer deux bouteilles d’oxygène, du coton et un appareillage complet pour faire des anesthésies. La veille, une équipe de médecins dominicains est arrivée par hélicoptère avec une partie des médicaments que nous avions déjà collectés. Dès notre arrivée, nous déchargeons le matériel. Les médecins sont en plein rush, dégoulinants de sueur. Dans la cour de l’hôpital, les blessés attendent. Assis ou couchés, sur des matelas ou même directement dans l’herbe. Le plus terrible, ce sont les pleurs et les cris des enfants. A l’intérieur, le moindre espace est réquisitionné et sert de salle d’attente pour les blessés.

Nous repartons pour aller dormir. Dans le noir, il est difficile de distinguer beaucoup de choses. Nous nous arrêtons devant une caserne de police. Nesmy Manigat, Directeur Amérique Latine Caraïbes, m’indique qu’ici tout s’est écroulé, faisant un grand nombre de morts. Un groupe de médecins s’approche de nous et nous demande de les emmener un peu plus loin. Ils s’installent dans la benne du camion et nous repartons.

Je note tout ce que je vois le long du trajet. Des scènes de désastre défilent devant mes yeux : il ne reste plus que des tas de gravats. Les carcasses de dizaines de voitures, qui étaient garées là au moment du séisme, s’entassent ici et là. Les stations services sont vides, elles servent de parking. Au détour d’un carrefour, j’aperçois un bâtiment de plusieurs étages qui s’est écroulé comme un château de cartes. Dans une rue, des gens ont installé des sortes de table sur lesquelles ils cuisinent dans des marmites à la lueur des bougies ou de lampes à pétrole. Les rescapés vendent ou échangent des produits de première nécessité : du savon, des pâtes, de la farine de maïs, des bougies surtout. Devant une pharmacie « Je bois eau Miracle » une vingtaine de personnes font la queue. De temps en temps, je vois des panneaux peints à la main qui indiquent « Nou beswen ede » ou « We need food » (« Nous avons besoin de nourriture » en créole et en anglais). Nous passons devant un atroupement. Dans le noir, Luis, le chauffeur du camion arrive à discerner qu’ils sont en train de sortir des corps. L’odeur de décomposition est forte.

Deuxième déchargement à l’hôpital Le lendemain, de retour au camp de base d’Aide et Action, nous décidons de retourner à l’hôpital pour livrer les chargements d’Orange arrivés ce matin. Là-bas, les besoins sont énormes et le déchargement est sécurisé. Grâce à l’efficacité des équipes, les camions sont rapidement déchargés. Il y a toujours des blessés installés de partout sur des brancards, à même le sol et dans les jardins. L’activité est fébrile, les entrées se succèdent, beaucoup de victimes ont besoin d’opérations rapidement.

Nesmy Manigat, Directeur Amérique Latine Caraïbes d’Aide et Action, fait le point avec l’un des médecins-chefs dominicains, le docteur Saati. Ensemble, ils évaluent les besoins en eau, en vivres, en médicaments et en essence. Il est déjà temps de repartir. Sur la route l’heure est au premier bilan : il est urgent de continuer le travail de collecte en République dominicaine, de trouver des aliments, de l’eau… mais aussi de soutenir les efforts d’Aide et Action pour solliciter la générosité de tous à l’international. Sur place, le lieu de stockage est peu à peu opérationnel mais le principal défi reste d’organiser des équipes de volontaires pour la distribution. Ça, c’est pour l’urgence.

Mais Aide et Action, en tant qu’organisation de développement, sait qu’il ne faut pas s’arrêter là. Les Haïtiens ne peuvent pas rester dans cette phase d’assistance très longtemps. Des camps de réfugiés ne peuvent pas être installés indéfiniment sans planifier la reconstruction à long terme. Aide et Action, spécialiste de l’éducation, en lien avec les ministères de l’éducation, tant haïtien que dominicain, est déjà prête à agir en ce sens.

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05/11/2020|Rapport de capitalisation

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