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08/10/2020

25 ans de rassemblement pour la solidarité

25 années dédiées à la défense de la solidarité internationale pour un monde plus juste et plus durable.

Discours de Philippe Jahshan|AG 2020 : 25 ans de rassemblement pour la solidarité

L’année 2020 est celle du dernier mandat de Philippe Jahshan, un président que les membres présents à l’assemblée générale du 8 octobre ont salué pour son engagement et son implication en faveur de la solidarité internationale, ainsi que pour son travail de promotion et de défense des organisations du secteur. Il a aussi été remercié pour toute son implication dans la définition et la mise en œuvre d’une politique française de solidarité internationale ambitieuse et généreuse. Voici le discours qu’il a prononcé.

Chères et chers membres, merci de votre présence pour cette AG de Coordination SUD, qui se tient dans un cadre particulier et ce contexte particulier dans lequel nous sommes.

Pour démarrer mon rapport, je veux partager avec vous quelques mots rétrospectifs pour l’année (déjà loin) de 2019 dont notre assemblée fait le bilan aujourd’hui.

Coordination SUD a eu 25 ans en 2019 !  25 années dédiées à la défense de la solidarité internationale. Regroupement des principaux collectifs d’ONG au départ, notre Coordination est aujourd’hui le carrefour où se retrouvent toujours 6 collectifs et 173 organisations de toute taille et de tous horizons.

Faire unité dans la diversité, c’est cela qui a fondé notre action depuis ses origines, autour des causes qui mobilisent chacun et chacune parmi nous. Nos causes, ce sont celles de la défense des droits humains, du droit et des principes humanitaires, de l’égalité des genres, celles de la fin de la pauvreté et de la lutte contre les inégalités, celles d’un modèle de développement soutenable, redistributif et juste, où l’économie est à la fois écologique et sociale et répond à l’impératif de l’émancipation humaine. Ce sont celles de la paix, de la solidarité et du dialogue. C’est cela qui a fondé depuis 25 ans la raison de notre existence et de notre action.

Chacune de ces causes est un défi du quotidien et doit appeler à la poursuite de notre rassemblement, encore plus aujourd’hui face aux périls majeurs que la crise sanitaire a accentués encore : pauvreté en France et dans le monde qui explose, inégalités qui s’accroissent, climat et biodiversité en forte détérioration – cela fait 6 années consécutives que nous battons chaque année les plus forts records de chaleur jamais atteints – conflits et montée des autoritarismes et criminalisation de l’action de nos ONG. Je ne peux en ce sens ne pas penser avec vous à la semaine sanglante du début de l’été, et aux victimes de l’engagement solidaire de nos organisations, celles d’ACF, d’ACTED ou d’AVSF qui l’ont payé tragiquement au prix de leur vie.

Alors oui, face à cela, notre mobilisation doit être totale, et impérativement collective.

Parce que la force et la légitimité de notre parole collective, mise au service de ces causes, reposeront toujours, à la fois, sur notre capacité à rassembler l’ensemble de nos voix, et à valoriser chaque compétence et chaque voix. Enfin, notre force tire sa source de la force de l’engagement associatif pour la solidarité internationale, qui est grande en France et qui continue de s’accroitre. Elle s’appuie sur des centaines de milliers de personnes, bénévoles, volontaires et salariées, qui, dans notre pays comme dans les pays du Sud, font vivre une solidarité en actes constitutive d’une citoyenneté mondiale active. C’est sans doute là, le cœur de ce qui nous lie, par-delà les différences et par-delà nos organisations !

En 2019, notre coordination a poursuivi son action fidèlement à ces objectifs. Nous avons été actifs sur l’agenda politique du développement, de l’aide humanitaire, et des objectifs de développement durable (ODD), notamment à l’occasion du G7 en France, des discussions sur la loi de programmation pour le développement ou sur la feuille de route française pour les ODD. Sur tous ces dossiers, rien n’a été simple pour nos organisations. Il a fallu la ténacité de chacune et celle de Coordination SUD pour faire place à la voix des ONG à chaque séquence. Cela était essentiel parce que nous sommes toutes et tous convaincus que l’action publique, nationale ou internationale, ne peut plus se penser par des pouvoirs exécutifs seuls. Et dans un contexte mondial où le droit d’association et l’espace de la société civile se réduisent, il était encore plus essentiel que la France fasse exemple contraire. Sur tous ces dossiers, nous avons fait plein usage de nos lieux de représentation : Conseil national pour le développement et la solidarité internationale (CNDSI) ou Conseil économique social et environnemental (CESE), et des réseaux actifs de nos membres. Là aussi, notre force fut notre rassemblement.

En 2019, nous avons aussi adopté une nouvelle charte éthique. C’est une fierté collective. Notre précédente charte remontait à 1997 ! Il fallait la revoir, l’actualiser, et la remettre en haut de nos priorités pour réaffirmer qu’au-delà de nos causes, nous sommes aussi unis par des valeurs et des principes communs. Ceux-ci fondent l’exigence absolue d’exemplarité qui doit demeurer au cœur de nos préoccupations. Quand on agit pour la solidarité internationale et dans l’action associative d’intérêt général, l’exigence d’éthique et d’exemplarité doit être permanente. Nul n’est parfait et aucune organisation n’est à l’abri de quoi que ce soit, mais notre responsabilité est de ne jamais perdre de vue cette question et nos obligations à son égard. Aussi, nous l’avons fait et nous pouvons nous en féliciter. Les huit articles qui composent la Charte serviront désormais de boussole d’engagement et de progrès, pour chaque organisation et pour notre coordination réunie. Charge à nous de les faire vivre au quotidien.

En 2019, nous avons également engagé l’évaluation de notre programme triennal, à mi-parcours de notre stratégie 2017-2022. Ce travail s’achève et nous livre nombre de recommandations dont nos instances auront à cœur de faire le meilleur usage. Parce que l’évaluation est un temps essentiel d’apprentissage collectif et que cela l’est encore plus quand on est un réseau de 173 membres. Cet exercice nous a permis de retracer les chemins qui ont fait notre histoire récente et devra nous permettre de projeter les pistes d’amélioration afin de fixer les ambitions nouvelles à faire franchir à Coordination SUD dans les prochaines années. C’est le travail qui sera engagé en 2021.

En 2019 aussi, nous avons poursuivi le travail de réflexion sur la « régionalisation » de Coordination SUD, dont le plan stratégique avait ouvert la voie en 2017. Je forme le vœu que le nouveau triennal 2020-2022 permette le passage de ce nouveau cap dans le développement de notre réseau. Il est essentiel à la force et à la légitimité de Coordination SUD, afin de continuer à être cette actrice nationale, connectée à l’Europe et au monde via nos plateformes d’appartenance directe ou indirecte – Le Mouvement associatif, Concord, Voice ou Forus − mais aussi aux territoires, lieux essentiels d’engagement associatif et citoyen pour la solidarité internationale.

Ce sont là quelques points que je souhaitais mettre en valeur avant la présentation de notre rapport d’activité qui rendra compte de façon plus complète de l’étendue de notre action. Je veux ici finir en précisant que ni sa richesse ni sa densité, ne seraient possibles sans la mobilisation et la disponibilité de vos organisations. Je veux ici vous remercier de continuer à faire le pari toujours difficile de l’union. Rien non plus ne serait possible sans l’engagement permanent et sans faille de notre équipe salariée, dans des fonctions souvent difficiles. Je veux leur adresser au nom de tous et de toutes, mes plus sincères remerciements et leur dire l’attention régulière qui doit être la nôtre, à leur situation. A celles et ceux de l’équipe qui nous ont quitté·e·s en 2019 ou 2020 pour poursuivre l’aventure sous de nouveaux hospices, et à celles et ceux qui nous ont rejoint·e·s.

Je ne peux terminer mon propos enfin, sans rendre hommage à Olivier Mouzay, secrétaire exécutif de la Coordination Humanitaire et Développement, collectif membre de Coordination SUD, qui nous a quitté·e·s brutalement il y a quelques mois. Homme engagé et exigent, il fut un long compagnon de route de Coordination SUD. Je veux dédier aussi ce rapport et notre AG.

Enfin si vous le permettez, je souhaite dire un mot plus personnel pour finir. Cette AG est ma dernière AG. Et je ressens forcément une forte émotion au moment de son ouverture, et un peu de tristesse aussi que cela se fasse dans ces conditions. Je termine 10 ans d’engagement au CA de COORDINATION SUD et 6 ans de présidence. J’ai nourri et tenté je crois, de porter une ambition pour notre collectif. En entamant mon premier mandat par une projection prospective à 2030, accompagnée par d’excellents collaborateurs et dont j’invite encore à lire le rapport que nous en avions tiré. Je dois dire que, malheureusement, certains des scénarios les moins optimistes semblent se réaliser sous nos yeux depuis. J’ai engagé aussi Coordination SUD dans son environnement associatif et conquis sa place pour la première fois au CESE (il faudra la garder). Notre coordination a grandi. Nous avons gagé des combats pour une meilleure politique de développement et d’aide humanitaire. Toujours plus ambitieuse. Pour une place renforcée de la SC dans ce cadre. On a fait du chemin je pense et notre voix a été très utile pour rappeler toujours la nécessité de tout cela. Coordination SUD a accueilli beaucoup de nouveaux membres aussi – en direct et via le dynamisme de nos collectifs – et s’est renforcée je crois. Mon message ici c’est de continuer à en prendre soin. On en a besoin. Il faut prendre soin de nos collectifs. C’est Bernard Pinaud qui le disait. Je veux avoir une pensée pour lui aussi aujourd’hui au moment où je termine mon mandat à mon tour. Il a fait partie des personnes qui ont beaucoup compté dans mon propre parcours dans cette organisation. Oui, il faut prendre soin de nos collectifs, et plus que jamais en ces périodes de divisions et de fractures.

Pour tout cela, je veux rendre surtout hommage à tous ceux et celles qui m’ont accompagné durant ces 6 années, et qui sont partis vers d’autres missions. Les anciens membres du CA et du Bureau, ceux d’aujourd’hui. La beauté de notre vie associative, est que nos organisations dépassent les femmes et les hommes qui les servent, parce qu’elles sont attachées à des causes au service desquelles on met la force de notre engagement. C’est la raison d’être de nos associations, et c’est ce qui nous différencie, nous acteurs de l’économie associative, des entreprises classiques. Coordination SUD est notre propriété collective et elle ne vit que si le collectif en prend soin, par-delà les personnes. Je veux donc ici vous dire le plaisir immense d’avoir servi notre maison commune durant ces années. Vous dire combien j’ai appris, combien je suis reconnaissant à Coordination SUD et à tous les membres qui m’ont accordé leur confiance durant toutes ces années.

Alors très longue vie à Coordination SUD et à la cause fondamentale de la solidarité internationale.

Je vous remercie.

 

Philippe Jahshan, président de Coordination SUD.

 

 

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