Les OSI françaises et le renforcement de capacités des partenaires du Sud

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Lorsqu’on aborde la question du renforcement de capacités chez les OSI françaises, la plupart n’envisage cette question que sous l’angle du partenariat. Coordination SUD et le réseau Britannique INTRAC ont cherché à analyser de plus près leurs pratiques en organisant un séminaire sur le renforcement de capacités dans une perspective francophone, qui a réuni une vingtaine de praticiens du Nord et du Sud du 14 au 16 septembre dernier à Paris.

Les pratiques du renforcement de capacités chez les OSI françaises Si pour la grande majorité des OSI françaises, le renforcement de capacités est très lié au partenariat, leur approche varie beaucoup selon le contexte du pays dans lequel elles interviennent, le type d’organisation partenaire, sa maturité et le niveaux de ses capacités. Dans le cadre de la mise en œuvre d’un projet tourné vers les bénéficiaires, le projet est prioritaire et le renforcement de capacités du partenaire apparaît comme un objectif secondaire, au service du premier, voire est absent du projet. Les activités de renforcement de capacités représentent alors un outil pour améliorer la qualité des opérations sur le terrain, par exemple dans le domaine de la gestion de projet ou dans le domaine technique d’intervention. L’objectif est de développer les compétences pour améliorer la qualité des intervention et le professionnalisme des acteurs.

Lorsque l’OSI s’est donnée pour principale mission l’appui à une organisation locale, le renforcement de capacités s’inscrit dans une stratégie de développement et une transformation sociale à long terme. Il vise à la pérennité des organisations et de leurs activités, dans leurs dimensions institutionnelles, techniques et politiques. Dans cette perspective, des expériences intéressantes sont menées pour conduire à l’autonomie totale d’organisations partenaires, avec plus ou moins de succès.

L’analyse des pratiques montre que les OSI françaises apportent traditionnellement un appui plutôt technique, mis en œuvre de façon descendante et abordent peu les dimensions organisationnelles ou les questions de gouvernance des organisations partenaires. D’une manière générale, les programmes de renforcement de capacités se focalisent sur le développement des compétences, la formation technique et la professionnalisation des individus plutôt que le collectif et l’organisation.

Dans la mise en œuvre de leurs programmes d’appui, les OSI françaises collaborent avec différents types d’acteurs au Nord et au Sud (syndicats, collectivités locales, organismes de formation, etc.), en particulier dans une perspective de développement local ou dans le cadre de consortium ou de programme concertés pluri-acteurs. Au travers la mise en relations de partenaires du Sud et la création de réseaux, certaines encouragent le renforcement de capacités Sud-Sud basé sur la complémentarité des acteurs et les échanges réciproques. Enfin, il faut noter que certaines OSI françaises vont rechercher un appui chez leurs partenaires du SUD pour la définition de leurs stratégies ou pour la formation des volontaires. Les limites du renforcement de capacités dans le partenariat : Les pratiques sont très liées aux financements donc aux exigences des bailleurs. Ce qui explique en partie le fait que les objectifs des programmes de renforcement de capacités sont souvent tournés vers l’amélioration de la qualité des projets plutôt que l’amélioration de l’organisation, en particulier lorsqu’ils ne représentent qu’un volet d’un projet. En revanche les associations qui disposent d’importants fonds privés peuvent s’affranchir de ces contraintes et financer le renforcement structurel de leurs organisations partenaires sur le long terme.

Les OSI françaises mettent en avant leurs difficultés à mener conjointement un appui financier et un programme de renforcement de capacités car la position de bailleur de l’OSI du Nord influence l’équilibre des pouvoirs. Les objectifs de redevabilité/ efficacité du projet vis à vis des bailleurs rentrent parfois en conflit avec la baisse d’efficacité à court terme rencontrée dans les programmes de renforcement de capacités. Enfin, les associations françaises s’intéressent de plus en plus au renforcement organisationnel, traditionnellement peu pratiqués en France et pour lequel elles ont souvent recours à des méthodes ou des références anglo-saxonnes. Elles jugent cependant délicat dans la relation partenariale d’aborder les questions d’organisation, qui pourrait apparaître comme de l’ingérence.

Evolution des partenariats et du renforcement de capacités Depuis une dizaine d’années, les OSI françaises évoluent progressivement d’une approche par les besoins à une approche par les droits et appuient leurs partenaires dans la définition de politiques publiques et le plaidoyer. Avec le temps, elles transforment des alliances opérationnelles en des alliances stratégiques ou politiques, ce qui se traduit dans leurs activités par le développement de programmes d’appui à la structuration et l’institutionnalisation des organisations partenaires. Or les organisations françaises reconnaissent elles mêmes avoir besoin de se renforcer dans ces domaines. Elles s’interrogent plus globalement sur leur mission sociale. En se positionnant dans le champ des politiques publiques, les ONG du Nord risquent de s’éloigner peu à peu des réalités du terrain dont la connaissance fait actuellement leur force.

Plus largement, les conclusions du séminaire Coordination SUD/INTRAC de septembre dernier ont mis en évidence un certain nombre de besoins pour améliorer les pratiques dans le domaine du renforcement de capacités. Elles identifient en particulier le besoin d’un meilleur accès au savoir et aux outils de renforcement de capacités, pour identifier de bonnes pratiques, définir l’identité des organisations et favoriser l’auto-diagnostic. Pour mieux s’organiser dans le domaine du renforcement de capacités, elles recommandent de créer des espaces de concertation et d’échange ; de développer une vision « francophone » du renforcement de capacités et enfin d’organiser l’influence pour promouvoir ces visions.