Crise agricole et alimentaire : allons-nous sortir des thérapies désastreuses pour les agricultures familiales ?

Communiqué de presse

Les hautes autorités de la planète, chefs d’Etat et responsables d’organisations internationales, se réunissent à Rome les 3 et 4 juin pour proposer des solutions à la crise agricole et alimentaire qui s’est amplifiée ces derniers mois. Coordination SUD, la coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale, souhaite que cette réunion soit l’occasion d’un bilan sérieux des politiques passées.

La montée des prix des produits alimentaires a frappé les consommateurs, particulièrement les consommateurs urbains les plus pauvres. Des émeutes de la faim ont éclaté dans de nombreuses villes des pays du Sud. Aux 850 millions de personnes, souvent issues du milieu rural, qui ont faim chaque jour, risque de s’ajouter un nombre équivalent de personnes vivant dans la pauvreté urbaine.

L’actualité vient nous rappeler que la faim n’est pas une malédiction du passé, mais une question bien actuelle. La pauvreté grandissante d’une bonne moitié de l’humanité se traduit dans tous les domaines, et d’abord par l’incapacité d’acheter sa nourriture.

Nous nous félicitons de la réunion de Rome. Nous espérons que celle-ci permettra de poser les bonnes questions et de mettre en place des premiers éléments de réponse.

  • Comment aborder la question de l’insolvabilité d’une part grandissante de l’humanité ?
  • Qui, dans l’immédiat, doit payer l’alimentation des consommateurs les plus pauvres ?
  • Comment éviter une instabilité excessive des marchés agricoles internationaux et un surcroit de spéculation locale et internationale ?
  • Comment retrouver un minimum de prévisibilité des prix agricoles, indispensable si l’on souhaite que les producteurs, particulièrement les plus pauvres, investissent et innovent ?
  • Comment généraliser des politiques agricoles nationales et régionales permettant aux agricultures locales et nationales de retrouver un espace économique perdu avec la globalisation des marchés agricoles et le durcissement de la compétition internationale ?
  • Comment permettre aux trois milliards de personnes engagées dans la production agricole de vivre décemment de leur travail paysan et éviter à l’immense majorité de ceux-ci de devoir venir grossir dans les quinze prochaines années les rangs des déracinés et des exclus ?

Nous souhaitons que nos responsables, au-delà de remèdes apportés aux conséquences immédiates de la crise alimentaire chronique, et aujourd’hui spectaculaire, se penchent sur les causes de la pauvreté grandissante, de l’asphyxie des agricultures locales et nationales et de l’instabilité destructrice des marchés agricoles mondiaux.

Si quelques-uns de ces remèdes peuvent être trouvés à Rome (siège de la FAO, du FIDA et du PAM), nous demandons à nos responsables de regarder de manière plus approfondie les négociations qui se déroulent à Genève (Accord agricole, OMC), à Bruxelles (Accords de partenariats économiques Europe-Afrique et réforme de la PAC), ainsi que les politiques qui sont conçues à Washington (siège du FMI et de la Banque mondiale), négociations et politiques qui risquent de perpétuer des thérapies désastreuses pour les trois milliards de paysans.