Les Women 7 veulent un G7 féministe !

Les Women 7 veulent un G7 féministe !

Aurélie Gal-Régniez est directrice exécutive d’Équipop. Elle représentait avec Hadja Idrissa Bah le groupe Women 7 lors de la rencontre avec les sherpas du G7 à Lyon le 5 février 2019. Leur but : avoir un G7 féministe qui place les enjeux d’égalité entre les sexes et les intérêts des femmes et des jeunes filles au cœur des engagements. Interview !

Aurélie, quel est l’enjeu majeur de ce G7 pour le W7 ?

La France a identifié la question de l’égalité femmes-hommes pour ce G7 et pour nous, l’enjeu majeur c’est de s’assurer que nous soyons sur un G7 féministe et pas un G7 qui ne communiquerait que sur quelques enjeux liés au genre et ne seraient pas spécialement transformatif. Nous savons qu’il y a un certain nombre de sujets qui peuvent être consensuels autour du genre et qui sont certes très importants, comme l’éducation ou l’empouvoirement économique des femmes. Ce seront sans doute des sujets qui permettront de fédérer l’ensemble des pays du G7 mais nous avons comme ambition que le G7 se positionne de manière plus progressiste et clairement comme un G7 féministe, donc avec des mesures transformatives pour les politiques mondiales.

 

Le groupe d’engagement sur les droits des femmes, le Women 7, a été créé en 2017.  Il réunit des représentantes et des représentants d’ONG et d’associations féministes. En 2018,  le W7 avait présenté des recommandations au Conseil consultatif sur l’égalité des genres, une instance créé lors de la présidence canadienne afin de transversaliser le genre dans l’ensemble du processus G7. Pour la présidence française, le W7 s’est structuré bien en amont et a pu commencer à s’exprimer dès la première rencontre avec les sherpas.

Le Women 7 est l’un des 7 groupes d’engagements au sein du processus de construction du G7. Chacun exerce un travail de plaidoyer et remet des recommandations auprès des dirigeants et dirigeantes du G7 et institutions associées. Ceux-ci sont : B7 (business), C7 (civil), L7 (labor), S7 (science), T7 (think tanks), W7 (women), Y7 (Youth).

 

Il y a aussi une difficulté avec certains pays ayant des positions plus rétives sur les questions liées au genre, notamment les Etats-Unis…

Absolument ! Nous savons qu’il y a des sujets clivants, pas la peine de nommer les droits et la santé sexuels et de la reproduction, qui déjà font débat. Certains pays du G7 se sont positionnés de manière conservatrice sur cette thématique. Mais de manière générale, au-delà d’une approche thématique, l’enjeu est vraiment d’ancrer ce G7 dans une dynamique féministe. En tant que W7, nous sommes persuadées que la lecture féministe des enjeux de société peut vraiment apporter des alternatives à la manière de concevoir les politiques. Et c’est pour cela que lors de cette rencontre avec les sherpas ce matin à Lyon, j’ai porté deux demandes structurantes.

La première c’est le fait qu’en termes de gouvernance, les discussions au G7, et notamment les ministérielles, soient ouvertes aux membres du Conseil sur  l’égalité hommes-femmes, mais également à des délégations du W7. Il est important pour nous que lors de toutes les ministérielles qui traitent de tous les sujets, les voix des leaders féministes puissent être entendues et puissent contribuer aux échanges et à ce qui va ressortir du G7 français.

La deuxième demande nous parait autant fondamentale. Car au-delà des engagements financiers qui peuvent être thématiques, il faut un vrai engagement pour le financement des mouvements féministes, qu’ils soient dans les pays en développement, où ces mouvements font énormément de choses et ont très peu accès aux financements, mais aussi dans les pays développés, en l’occurrence en France. Nous savons très bien que les mouvements féministes se battent ici aussi pour avoir des financements et qu’ils gèrent la pénurie. Donc pour nous, il serait extrêmement structurant que ce G7 accouche d’engagements financiers pour soutenir les mouvements féministes de par le monde.

 

 

 

Le W7, c’est aussi une coalition en France ?

Pour l’instant, le W7, c’est une coalition d’ONG et d’associations très largement françaises, donc des organisations de solidarité internationale mais aussi des associations féministes françaises. Nous tenons beaucoup à cette diversité des voix et des sensibilités au sein de cette coalition. Aujourd’hui elle comprend une cinquantaine de membres, et nous souhaitons qu’elle grossisse pour faire mouvement. Sa base est française puisque nous nous sommes organisés dès l’année dernière pour rassembler les voix françaises. Mais encore une fois, l’idée est de faire mouvement et de réunir des mouvements féministes venant des différents pays du G7 et au-delà. C’est pourquoi Equilibres & Populations a consulté des jeunes féministes en Afrique de l’Ouest pour savoir quels étaient leurs messages et positionnements pour le G7, pour la conférence de reconstitution des ressources  financières du Fonds mondial, et pour les principaux événements en termes de plaidoyer de cette année. Notre ambition est de faire le lien.

Nous nous sommes fortement battues pour que dès cette première réunion avec les sherpas la voix des jeunes africaines puisse être entendu. C’est une question de gouvernance. Nous ne pouvons pas traiter de ces questions si la voix de ces jeunes et notamment les féministes, ne soient pas entendues.

Lire aussi : Pour un G7 féministe, les recommandations du C7 aux sherpas du G7

 

ZOOM

« J’ai porté la parole collective des jeunes filles dans le processus du G7 ».

A l’invitation du W7, Hadja Idrissa Bah, 19 ans, est venue à Lyon pour participer à la rencontre avec les sherpas du G7 le 5 février 2019. Elle est présidente du parlement des enfants guinéens et présidente fondatrice du club des jeunes filles leaders de Guinée. Elle porte la voix des sans-voix, des jeunes filles pour qui elle se bat, mais elle porte aussi celle des jeunes féministes africaines.

 

Hadja Idrissa est très engagée sur la cause des mutilations sexuelles féminines et des mariages précoces. Le club dont elle est présidente intervient sur ces deux sujets pour protéger et très concrètement pour sauver des vies. « La lutte contre le mariage des enfants est une lutte qui me tient particulièrement à cœur. Le mariage des enfants est un maillon clé des inégalités femmes-hommes. Une fille mariée alors qu’elle est enfant, sera en situation de déscolarisation. Elle ne sera pas épanouie. Elle ne bénéficiera pas d’une éducation à la sexualité. Elle ne connaîtra pas ses droits ni ceux de ses enfants. Sans éducation, elle ne pourra pas protéger ses enfants du mariage ou de l’excision. Elle aussi sera complice à son tour, perpétuant les pratiques néfastes. » [1]

 

C’est à la suite d’un atelier organisé par Équilibres & Populations au Burkina Fasso et qui a réuni une trentaine de jeunes féministes africaines sur 150 mouvements de jeunes féministes identifiés, qu’Hadja Idrissa a été invitée pour témoigner au nom du W7 face aux sherpas du G7. Ce fut l’un des moments forts de la rencontre. Sa venue était donc importante pour témoigner de la part des sociétés civiles d’Afrique de l’Ouest et incarner la réalité du vécu des jeunes filles africaines. Sa demande ? Octroyer les financements qu’il faut aux organisations féministes afin de faire des droits des jeunes filles une réalité en Afrique de l’Ouest francophone.

 

Lire aussi le portrait réalisé par le Monde : Hadja Idrissa Bah, une jeunesse contre les violences faites aux femmes