Violences sexistes et sexuelles en ONG : prise de conscience collective, impacts multiformes et réponses plurielles

Violences sexistes et sexuelles en ONG : prise de conscience collective, impacts multiformes et réponses plurielles

Coordination SUD a proposé l’atelier « Violences sexistes et sexuelles : entre difficultés d’appropriation sur les terrains et conséquences multiples pour les ONG », le 19 juin dernier dans les locaux de Médecins du Monde. Cet atelier a rassemblé 26 personnes (responsables ou chargées RH, partenariats, financements institutionnels, communication ou projet), représentant seize ONG, dont Action contre la Faim, Médecins du Monde, Aides, CARE France, le CCFD-Terre Solidaire, Bibliothèque Sans Frontières, Plan International France, le Secours Catholique-Caritas France, le Secours Islamique France, Solthis, etc.


Les ONG déploient depuis une quinzaine d’années d’importants efforts pour adopter des « démarches qualité » notamment en termes de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Les révélations médiatiques sur le sujet témoignent des difficultés de déploiement et d’appropriation de ces mesures. Défi pour le secteur des ONG et enjeu stratégique pour Coordination SUD qui a lancé en 2018 un cycle d’ateliers spécifiques à destination de ses ONG membres afin de renforcer la prévention et la réponse aux abus et aux violences sexistes et sexuelles.

Consacré à l’analyse des perceptions des personnels de terrain sur le déploiement et l’appropriation des mesures liées à la prévention des abus et de l’exploitation sexuelle, un premier temps de cet atelier fut dédié à la présentation des résultats d’une enquête menée par Humanitalents, entreprise d’expertise RH et de recrutement au service du secteur humanitaire. De ce rapport, présentant un état des lieux des préoccupations du personnel humanitaire en la matière, il ressort que les thématiques préoccupant le plus les personnes sondées sont l’accompagnement humain, la prévention, la prise en charge et les politiques et outils mis en place par les ONG sur le terrain. Le rapport émet deux principales recommandations : « une tolérance zéro » et une transparence totale tout en énonçant des pistes d’actions pour les ONG : consulter les personnels employés, organiser des discussions au sein des organisations et partager le résumé de l’enquête ainsi que le plan d’actions qui en découle.

Les participants et participantes à l’atelier ont, par ailleurs, eu la possibilité de tester un outil de réalité virtuelle permettant de sensibiliser au sexisme et au harcèlement sexuel à travers l’utilisation de technologies immersives qui développent l’empathie. Ces vidéos de sensibilisation, accompagnées de modules d’autoformation facilitant analyse et décryptage, démontrent la persistance des systèmes de domination basés sur le sexe mais également sur la hiérarchie.

Atelier PSEA (lutte contre l’exploitation sexiste et sexuelle)

L’atelier s’est clôturé avec les témoignages de Thomas Ribémont, président d’honneur d’Action contre la Faim, et de Mathilde Casteran, secrétaire générale d’Oxfam France ; témoignages ayant permis de mettre en lumière les multiples conséquences des cas de violences sexistes et sexuelles, en premier pour les victimes, mais aussi pour les ONG qui y sont confrontées. Non seulement un impact sur le travail des équipes au quotidien, sur le climat social, sur la gouvernance et le management, mais a fortiori une détérioration de l’image de la structure et plus largement du secteur dans son ensemble, sans oublier un impact au niveau institutionnel et financier, d’où l’importance de développer une approche plurielle de prévention et de lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

 

C’est ainsi qu’une formation spécifique axée sur le traitement des plaintes et la gestion des enquêtes sera dispensée par Coordination SUD à destination des organisations de solidarité internationale pour renforcer le secteur sur ces aspects dans les prochains mois. Par ailleurs, Coordination SUD et ses membres ont renouvelé, par un vote à l’unanimité à l’assemblée générale de juin dernier, leur charte éthique. Au cœur de cette charte réaffirmés les principes intangibles du respect de la dignité et de l’intégrité de la personne humaine, fondant l’action des organisations de solidarité internationale. Cette charte engage Coordination SUD et ses membres  à « (lutter) contre toutes les formes de domination et discrimination, ici et là-bas, en leur sein et à l’extérieur, (à mettre) en place des procédures spécifiques pour prévenir et traiter les cas d’atteinte à l’intégrité physique et psychique des personnes, en particulier les violences sexistes et sexuelles. Ces procédures incluent la transparence sur les cas avérés, des mesures internes de sanction et le signalement à la justice ». Fort de ce code de conduite, Coordination SUD et les ONG membres font ainsi part de leur volonté et de leur détermination à combattre ce fléau des violences sexistes et sexuelles.