TRIBUNE : Débat parlementaire sur l’immigration, le FORIM dit stop aux idées reçues sur les migrant e.s

TRIBUNE : Débat parlementaire sur l’immigration, le FORIM dit stop aux idées reçues sur les migrant e.s

Le débat parlementaire qui s’ouvre lundi 7 octobre sur la politique migratoire est un moment important, tant les enjeux liés aux migrations semblent cristalliser aujourd’hui des tensions au sein de notre société.

Le FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations) est inquiet de la propagation d’idées reçues sur les personnes migrantes, en particulier les personnes réfugiées et des demandeuses et demandeurs d’asile.

Contre ces préjugés et en amont de ce débat nous souhaitons réaffirmer certaines vérités :

  • Non, les personnes qui fuient les violences, la déstabilisation d’une partie du monde, le dérèglement climatique et le désespoir de leur pays d’origine ne détournent pas le regroupement familial et ne font pas du « shopping » de l’asile.
  • Non, l’obsession des reconduites aux frontières (entre 15 et 20 000 par an) et de la politique sécuritaire de l’Europe ne permet pas de réduire le nombre d’arrivées sur notre territoire, mais elle tue chaque année des milliers de femmes et d’hommes (près de 20 000 depuis 2014 selon l’Organisation Internationale pour les Migrations).
  • Non, l’Aide Médicale d’Etat (AME) et l’Allocation aux Demandeurs d’Asile (ADA) ne créent pas d’appel d’air. Elles sont des dispositifs qui permettent l’accès aux soins et à des conditions de vie décentes à des êtres humains.
  • Non, les ONG de sauvetage en Méditerranée ne sont ni des criminelles, ni des complices des passeurs. Elles sont une conséquence de la crise de l’Europe et des politiques migratoires restrictives. Ces ONG sauvent des vies que les politiques européennes ignorent.

Tous ces commentaires et propositions contribuent à créer un climat de suspicion générale des populations migrantes, qui viendraient envahir la France et l’Europe et remplacer les populations.

A contrario, nous, migrant.e.s, défendons notre double identité et une citoyenneté active en France comme dans nos pays d’origine. Les migrations sont une source de richesse et de liens entre les territoires, permettant d’agir et de générer d’énormes bénéfices en termes de développement humain et d’aide au développement. Pleinement ancrées ici, nous sommes également tourné.e.s vers nos pays d’origine, dans lesquels les enjeux liés au changement climatique, au développement économique et sociale, aux droits humains, à l’égalité entre les femmes et les hommes, appellent des réponses d’envergure, de dignité humaine, de justice sociale et d’égalité.

Nous n’opposons pas les personnes migrantes entre elles. Les parcours migratoires dans leur pluralité sont autant de richesses à valoriser par la France. Les tentatives actuelles de découpages entre les « bon.ne.s » demandeuses et demandeurs d’asile et les mauvais.e.s « migrant.e.s économiques » ne pourront jamais masquer les phénomènes naturels de mobilité des personnes, sur lesquels la France s’est construite.

Nous craignons que le débat proposé soit incontrôlable et conforte les idées reçues. Nous appréhendons le fait qu’il se déroule dans un climat de crise sociale (et non de « crise des migrants ») et qu’il soit plus un défouloir anti-immigré.e.s, avec des risques de dérapages verbaux et de stigmatisation de tout un pan de la population.

Ce débat parlementaire doit contribuer à la déconstruction des idées reçues sur les migrations, et apporter des réponses convaincantes aux enjeux réels : l’accès aux droits, à la santé, au logement, au travail dans des conditions dignes pour tou.te.s.

Signataire de la Tribune 

FORIM (Forum des Organisations de Solidarité Internationale issues des Migrations)