Transition écologique et justice sociale sont-elles inconciliables ?

Transition écologique et justice sociale sont-elles inconciliables ? Manifestation pour le climat à Paris - Mars 2019

L’actualité récente a mis sur le devant de la scène les enjeux d’inégalités. Le lien solidarités et inégalités était au cœur d’un débat proposé par Coordination SUD, dans le cadre de son Assemblée générale le 20 juin. La réflexion, loin d’être nouvelle au sein du collectif mérite une attention renouvelée pour sortir des évidences.

Le sujet n’est pas nouveau. Coordination SUD s’est déjà saisie du sujet des inégalités en 2015 en engageant une réflexion prospective débouchant sur dix défis à l’horizon 2030. Mais aussi dans le cadre d’un « dialogue politique » conduit avec l’Agence française de développement (AFD) en novembre 2017 sur le thème « Vaincre les inégalités » avec le souci de se parler franchement quant aux difficultés rencontrées par les un·e·s et les autres pour mettre en œuvre dans nos projets et nos programmes cette réduction des inégalités.

Le débat qui s’est tenu lors de l’AG du 20 juin entre Guillaume Duval, journaliste, et Lucas Chancel, économiste, portait sur l’intérêt de conjuguer développement durable et lutte contre les inégalités. Voici quelques pistes qui se sont dessinées.

Des pays comme l’Indonésie et l’Iran ont mieux réussi que des pays du Nord – la France en particulier – à conjuguer justice sociale et politique environnementale à travers des dispositifs fiscaux acceptés même par les plus démunis. Redonnant ainsi tout son sens à la coopération internationale qui doit opérer le virage qu’impose la nouvelle géopolitique mondiale, de la logique de l’aide vers celle des enjeux partagés, comme invite à le faire la dimension universelle des objectifs de développement durable (ODD).

Les pratiques d’optimisation fiscale de certaines grandes entreprises, mais également à la faible pression fiscale sur les élites en général et celles des pays en développement, en particulier, représente un manque à gagner. Elles limitent considérablement la capacité des États à assumer leur rôle de régulation pour conjuguer transition écologique et justice sociale.

Disposer des données nécessaires à cette conjugaison est un enjeu crucial. En précisant, d’une part, le besoin d’une disponibilité publique et d’autre part, la nécessité de pouvoir travailler, non pas de façon globale, mais en fonction des catégories de revenus. La mesure de la croissance par le PIB est une chose, mais la distribution de cette croissance entre les différentes parties d’une population en est une autre.

La régulation internationale favorisant la conjugaison entre transition écologique et justice sociale a besoin de pouvoir recourir à des sanctions. La négociation des accords commerciaux est le bon terrain pour introduire de telles exigences.

Enfin, l’universalité des ODD et en particulier de l’objectif n°10 sur les inégalités est une affirmation déclarative puissante mais qui demande à être démontrée dans les façons d’agir. Il faut donc opérer un rapprochement entre les pratiques de solidarité internationale et celles mises en œuvre dans notre pays. Faisons la démonstration que la réduction des inégalités est un enjeu partagé entre le Nord et le Sud !

Le fait que le président Macron ait mis la réduction des inégalités à l’agenda du prochain G7, comme le fait qu’elle figure dans le titre même de la future loi d’orientation et de programmation sur la politique de développement et de solidarité internationale sont des signes encourageants.

Coordination SUD a toute légitimité pour contribuer à cette démonstration. Puissent les pistes issues du débat constituer une vraie incitation à renforcer la capacité de Coordination SUD à s’affirmer comme un acteur collectif puissant de cette logique des « enjeux partagés » et de la possible cohérence entre transition écologique et justice sociale.

Par Marc Lévy, ancien directeur de la prospective du Gret, administrateur de l’ANSA et co-animateur du FabLab des Solidarités.

Cette tribune a été publiée dans le numéro 175 d’été 2019 des Nouvelles de SUD.