Renforcement des systèmes de santé : les usagers et usagères au centre du dispositif

Renforcement des systèmes de santé : les usagers et usagères au centre du dispositif

Comment usagers et usagères, sociétés civiles, peuvent-ils aider à renforcer les systèmes de santé dans les pays en développement ? Quelle analyse porter sur les différentes gouvernances des systèmes de santé  dans cette optique ? Comment dégager alors  les bonnes pratiques ? Voici bien un ensemble de questions qui tiennent à cœur Coordination SUD et ses membres depuis longtemps et qui viennent de donner lieu à une rencontre sur le sujet le 15 janvier dernier, une conférence co-organisée avec le MEAE.

Depuis plusieurs décennies et notamment dans le domaine des maladies chroniques dont le VIH/sida ou d’autres pathologies chroniques, sont apparues des dynamiques militantes, au Nord comme au Sud, celles de différents acteurs associatifs, d’associations de patients ou communautaires visant à favoriser l’accès aux soins et à influer sur les politiques publiques de santé des pays. La conférence du 15 janvier visait donc à faire le point, en donnant la parole à une large diversité de personnes impliquées, qu’elles soient militantes, chercheuses ou institutionnelles. Avec comme objectif la mobilisation d’un réseau d’acteurs et d’actrices d’horizons divers sur les enjeux de renforcement des systèmes de santé au sein de l’espace francophone. La rencontre donnait suite à de nombreux échanges enclenchés depuis 2016 dans le cadre de  l’élaboration et du suivi de la « stratégie de la France en santé mondiale 2017-2021 », une manière d’acter et d’aller plus en avant dans cette dynamique, via la collaboration de plusieurs structures, celles déjà  citées, auxquelles il faut ajouter le Ministère des Solidarités et de la Santé,  l’AFD, Expertise France et l’IRD.

 

Des intentions  à l’implication réelle des OSC

De la déclaration d’Alma Alta de 1978 où était affirmé que « tout être humain a le droit et le devoir de participer individuellement et collectivement à la planification et à la mise en œuvre des soins de santé qui lui sont destinés » à la situation actuelle, quelles ont été les avancées, par exemple dans le domaine de l’implication de la société civile dans les réformes sanitaires et leur mise en œuvre ? Pour ce faire,  plusieurs questions se posent, notamment sur le renforcement des capacités et le pouvoir d’agir des organisations de la société civile (OSC), leur représentativité et les effets réels constatés dans les pays. Plusieurs facteurs de réussite ont été présentés durant la conférence : la société civile doit être diverse, l’expertise des OSC, elle, se doit d’être pointue et  associée à une organisation en coalition permettant de mixer les différents domaines d’expertise. Il est nécessaire que l’implication des OSC se fasse à tous les stades du processus. Dans le même ordre d’idée et afin de refléter les besoins locaux, il est intéressant de favoriser les approches ascendantes venant du terrain.  A contrario, il reste plusieurs défis à affronter, par exemple celui que pose la mesure de l’impact de l’implication de la société civile au moment même où les politiques soutiennent des interventions centrées sur les effets qu’elles déclenchent. La concurrence entre les différents acteurs  composant les sociétés civiles pose aussi des difficultés, tout autant que celles liées à la mobilisation et l’insuffisance de ressources pour assurer la participation des OSC. La réticence des autorités sanitaires à reconnaître le rôle des OSC, leur place dans les instances a été largement discutée.

Cette idée d’une implication de différents acteurs dans la co-construction et la gouvernance a été largement saluée par l’ensemble des  participants et participants de la journée et des différentes personnes intervenantes dont Philippe Jahshan président de Coordination SUD, Jean-Paul  Moatti, président de l’IRD,  Stéphanie Seydoux, ambassadrice pour la santé mondiale ou encore Emmanuel Puisais-Jauvin, directeur général adjoint de la mondialisation du MEAE. Les associations étaient présentes en nombre, dont celles  membres du groupe Renforcement des systèmes de santé de Coordination SUD, pour qui la pérennité des interventions visant au renforcement des systèmes de santé est un élément important.

L’expérience des observatoires citoyens d’accès aux soins de santé, la transparence et la redevabilité ont été aussi abordées. Certes le contexte politique pose de vrais problèmes, mais il est possible d’avancer tout en veillant à la nécessité d’établir des rapports de confiance entre autorités et citoyennes et citoyens. Les défis sont variés : la difficulté d’établir un rapport de force ou celle d’amener les usagers usagères à revendiquer leurs droits, le problème de ressources. Mais plusieurs pistes et opportunités ont été très concrètement évoquées dans les discussions, comme le fait de « pratiquer pour soi-même ce que l’on prêche pour les autres », le travail avec des groupes et organisations qui ont la base militante aptes à créer une masse critique suffisante pour soutenir  le plaidoyer et l’action. Le travail sur la législation est aussi une piste intéressante à approfondir pour établir un environnement plus favorable.

 

Une année charnière pour la France

L’Organisation mondiale de la santé a rappelé de son côté qu’elle est active sur le sujet et prépare l’établissement de lignes directrices, d’indications sur l’implication de la société civile. Profitant de l’occasion, l’OMS a clairement indiqué son souhait que la France s’implique fortement pour soutenir cette démarche.

2019 est une année charnière pour la santé dans le monde et l’implication de la France, notamment du fait de la prochaine tenue du G7 à Biarritz en août prochain, puis de la conférence de reconstitution des ressources financières du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme quand, parallèlement, la France assurera la présidence de l’initiative « Diplomatie et santé » de l’ONU, en faveur d’une attention accrue aux enjeux de santé mondiale dans le domaine de la politique étrangère. C’est donc le moment pour les ONG de poursuivre la mobilisation pour obtenir de fortes avancées.

Les conclusions de cette journée devront permettre de nourrir la stratégie française sur la santé mondiale et sa mise en œuvre. Une synthèse des échanges sera prochainement disponible. Rendez-vous l’année prochaine pour une deuxième édition !