RDC : la situation est toujours aussi grave pour Oxfam international

Selon les chiffres des Nations unies, environ 250 000 personnes dans les provinces du Nord et du Sud Kivu ont été déplacées depuis la mi-janvier à la suite d’opérations militaires ciblant le groupe rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ce nombre est équivalent à celui des populations déplacées l’automne dernier alors que des combats intenses éclataient.

Il a également été rapporté que des hommes armés tuaient des civils en représailles, bloquant les routes et dans certains cas, brûlant les maisons et chassant les habitants. Dans certaines parties du Lubero, où la plupart des habitants vivent d’agriculture vivrière, les civils arrivent à peine à accéder à leurs champs pour la récolte en raison de l’insécurité qui règne et du pillage généralisé.

Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam Grande Bretagne en République démocratique du Congo a déclaré : « La guerre est loin d’être terminée pour les civils congolais. Ces terribles tragédies humaines se produisent dans des régions éloignées, loin des caméras de télévision, mais la souffrance n’en est pas moins réelle pour ceux et celles qui la subissent. « Les maisons et les commerces sont pillés et saccagés, les femmes et les fillettes sont violées et les civils ont dû fuir, souvent pour la troisième ou la quatrième fois. »

Alors qu’il est prévu d’étendre les opérations contre les FDLR jusqu’au Sud Kivu, l’inquiétude est de plus en plus grande parmi les habitants, dont des dizaines de milliers ont déjà été forcés de quitter leurs maisons. Selon l’ONU, près de 300 000 personnes ont pu retourner dans leurs foyers dans certaines parties du Nord Kivu. Cependant, le calme revenu dans certaines régions, comme dans le territoire de Rutshuru, s’est accompagné d’une montée de l’insécurité dans d’autres, comme dans les territoires de Lubero et de Walikale.

« Toutes les parties impliquées dans le conflit, tant les forces armées gouvernementales que les groupes paramilitaires, doivent prendre leurs responsabilités en vertu du droit international humanitaire afin de protéger les civils et fournir aux organisations humanitaires un accès sûr aux civils dans le besoin » ajoute Marcel Stoessel.

La France avait pris l’initiative du renforcement de la MONUC par le Conseil de Sécurité en novembre dernier ainsi que de la clarification de son mandat, notamment à l’Est du pays. Elle s’est également fortement impliquée dans la réforme de l’armée et de la police en RDC, mais les efforts de la communauté internationale restent très en deçà des besoins.

A l’occasion du déplacement de Nicolas Sarkozy en République démocratique du Congo il y a quelques semaines, Oxfam France – Agir ici avait appelé la France à peser de tout son poids pour que l’Union européenne et les Nations unies contribuent davantage à la protection des populations civiles congolaises.

« Plus de quatre mois après la décision du Conseil de sécurité de l’ONU d’envoyer 3 000 casques bleus de plus, aucun soldat supplémentaire n’a jusqu’à présent été déployé. En attendant l’arrivée des renforts, la MONUC doit s’assurer que les troupes actuellement sur le terrain font tout ce qu’elles peuvent pour protéger les civils. Un plus grand nombre de patrouilles à pied est nécessaire dans les villes et le long des routes principales pour assurer la sécurité des civils » déclare Nicolas Vercken, d’Oxfam France – Agir ici.

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit discuter de la MONUC ce jeudi 9 avril. Oxfam appelle les dirigeants du monde à saisir cette occasion pour fournir rapidement les troupes supplémentaires nécessaires. Oxfam les exhorte également à garantir que les ressources existantes soient déployées dans les endroits les plus dangereux, de manière à protéger plus efficacement les populations civiles.

Notes

  1. Le 20 janvier dernier, les armées rwandaise et congolaise, , ont lancé conjointement avec la milice du CNDP une offensive pour désarmer par la force le groupe rebelle des FDLR. L’armée rwandaise a quitté l’ Est de la RDC à la fin du mois de février de cette année.
  2. D’autres régions du Congo Est, comme les provinces du Haut Uélé et d’Ituri, à l’extrême Nord-Est du Congo, sont également frappées par la violence. Les combats entre les forces gouvernementales et le groupe rebelle de la LRA ont forcé plus de 190 000 personnes à quitter la région depuis le mois de décembre, selon les chiffres de l’ONU. La LRA a tué plus de 700 personnes et en a kidnappé plus de 300, dont de nombreux enfants. Dans la province d’Ituri, des rapports préliminaires indiquent que les combats qui ont eu lieu la semaine dernière entre le FPJC, les rebelles du FRPI et l’armée du gouvernement ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes.
  3. En novembre 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU promettait d’envoyer 3 000 casques bleus supplémentaires en RDC. Le Bangladesh et l’Égypte se sont également engagés à envoyer des troupes, mais jusqu’à présent, aucun soldat supplémentaire n’a été envoyé sur le terrain.

Oxfam international vient en aide à un demi-million de personnes dans la région Est de la RDC, dont près de 200 000 civils au Nord Kivu ayant été touchés par les combats qui ont eu lieu à la fin de l’année dernière.

Oxfam international met en place une réponse adaptée à la nouvelle crise afin de fournir de l’eau et des services sanitaires et de promouvoir une hygiène élémentaire auprès de personnes en cours de déplacement ou qui ont trouvé refuge et se sont fixées sur des sites en particulier. Les combats et l’insécurité ont déjà compromis l’accès des travailleurs humanitaires cette année et une intervention plus rapide et plus légère est nécessaire pour atteindre les personnes dans le besoin pendant des périodes de répit.

Oxfam vient en aide à un demi-million de personnes dans la région Est de la RDC. Malgré les nombreuses contraintes, Oxfam prévoit d’aider par le biais d’interventions accrues un total de 650 000 personnes. A Lubero, Oxfam fournit déjà de l’eau potable et des services sanitaires élémentaires à 40 000 personnes déplacées en raison de la crise, notamment dans le but de prévenir les risques d’épidémies.

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