Pour un G7 féministe

Pour un G7 féministe

Le 5 février 2019, la société civile présentait ses recommandations aux sherpas du G7. Le genre n’a pas été oublié dans les discussions. De l’autonomisation économique des femmes à l’établissement d’une diplomatie féministe, toutes les propositions ont intégré cette question. Le genre, un thème transversal donc et des demandes précises.

 

Dans les réunions de préparation d’un sommet international, la première prise de contact est toujours importante. Elle permet de commencer un dialogue, d’observer les réactions, l’écoute aux premières demandes, d’affiner ensuite. D’un côté l’équilibre pour les représentantes et représentants du C7 et du W7,  de l’autre les sherpas, 7 hommes, 1 femme. La Global Task force a présenté au nom du C7 ses recommandations sur le genre à la fois par le groupe de travail dédié au sujet mais aussi en intégrant dans chaque thématique une dimension relative à l’égalité femmes-hommes. Nous reviendrons dans un autre article sur les demandes du W7.

 

« Les femmes et les filles sont les premières touchées par la pauvreté, les conflits, les conséquences du réchauffement climatique, elles sont les premières victimes des violences sexistes et sexuelles qui les empêchent trop souvent de circuler librement, de travailler, de disposer de leur corps selon leur choix. Il est temps que notre monde cesse de faire des femmes des victimes et leur construise enfin la place qu’elles méritent, celle d’être aussi des leaders ! »

Par cette déclaration faite devant les Nations unies en septembre 2018, Emmanuel Macron a inscrit sa présidence sous l’angle de l’égalité femmes-hommes, grande cause du quinquennat.

 

Le Civil 7 (C7) a été officiellement créé en 2000 à l’occasion du Sommet d’Okinawa au Japon et entend donner une place à une expression des sociétés civiles des 7 Etats membres au sein des négociations du G7. Si la participation de la société civile dans le C7 est coordonnée par la Global Task force l’organisation du C7 en France est placée sous la responsabilité de Coordination SUD.

Outre le Civil 7, il y a 6 autres « groupes d’engagement ». Chaque groupe organise un sommet en amont et à l’instar du G7 : B7 (business), C7 (civil), L7 (labor), S7 (science), T7 (think tanks), W7 (women), Y7 (youth).

 

Groupe genre de la Task force mondiale : pour une diplomatie féministe et des droits réels

L’occasion est donc belle pour ce G7 français d’avancer et prendre à nouveau position sur la condition des femmes et l’égalité des sexes. « Pour nous, c’est une vraie opportunité de faire entendre la question des droits des femmes et de montrer qu’une diplomatie féministe doit s’accompagner d’engagements financiers et d’actions concrètes sur le terrain qui soient transformatives, c’est-à-dire qui vont vraiment avoir un impact durable sur la vie des femmes, des hommes aussi. Avec comme conséquence des rôles qui soient plus équitables et plus égalitaires entre femmes et hommes » indique Sophie Chassot, de CARE France, co-présidente avec Lyric Thompson de l’ICRW (États-Unis) du groupe de travail sur le genre de la task force. Aussi les plaideuses demandent à nouveau que tous les pays du G7 adoptent cette diplomatie féministe et que les financements en faveur de l’égalité de genre et consacrés au développement international soient fortement augmentés, mais aussi ceux pour les associations féministes.

Pour rendre effective la promotion de l’éducation des adolescentes et leur autonomisation dans les régions sous conflit, déclaration adoptée au G7 de 2018, les pays du G7 doivent mettre en place une politique solide incluant la protection des femmes et jeunes filles contre la violence, et notamment l’interdiction des mariages d’enfants et des mutilations génitales, une éducation inclusive, de l’information et des services en santé notamment sexuelle et reproductive et les droits associés.

Autre point, la question économique avec la nécessité d’un plan d’action sur l’autonomisation économique des femmes pour les prochaines années, avec comme perspective l’accès à un travail décent pour toutes, l’égalité salariale et le soutien aux services de santé.

 

Exploitation des femmes dans les plantations de thé en Inde. Crédit photo : Frank Bush

Des recommandations transversales à appliquer aux autres grands enjeux

Emmaillant les recommandations des autres groupes thématiques, climat, paix et sécurité, éducation, santé, alimentation, le genre était tout aussi présent.  Pour Léa Rambaud (Coalition éducation), co-présidente avec James Cox (Theirworld) du groupe Education de la Global Task force, « dans l’éducation, le genre est une priorité. Nous reconnaissons que la prise en compte du genre dans les politiques éducatives a un impact crucial sur l’égalité homme-femme et pour lutter contre les inégalités de genre ». D’où l’intérêt de la recommandation suivante : obtenir une éducation de qualité et inclusive qui passe par une approche holistique faisant évoluer favorablement les inégalités de genre en place. Les états partenaires doivent alors être aidés pour promouvoir l’égalité de genre au travers d’une assistance technique et financière et des environnements éducatifs protecteurs et qui favorisent l’égalité. Offrir aux filles un environnement accueillant et non discriminant permet de renforcer l’autonomisation des femmes dans la société.

Copie écran twitterLe secteur de la santé est lui aussi à la croisée des problématiques de genre. Parce que les femmes sont parmi les groupes les plus vulnérables mais aussi parce que dans beaucoup de pays, la sexualité est un sujet tabou. Et comme s’enflamme à juste titre Marvin Meier (Word Vision Germany), co-chair avec Thoko Elphick Pooley (United to Combat NTDs) du groupe Santé de la task force : « lors de la rencontre avec les sherpas, une jeune guinéenne a témoigné de sa lutte contre les mutilations sexuelles,  moi-même je l’ai subi nous a-t-elle dit. C’était très impressionnant. Donc pour nous,  parler d’empowerment, de travail, d’éducation, c’est certes important, mais si on n’a même pas le droit de garder son clitoris ! A 13 ans, on te donne un mari et c’est la sortie du système scolaire. » Aussi demande a été faite par la société civile de réaffirmer la priorité sur les droits et la santé sexuels et reproductifs, condition nécessaire à une réelle transformation de la condition des femmes.

Dans les nombreux pays en situation de conflits, la participation des femmes doit être accentuée dans la gouvernance des processus de paix et plus généralement dans tous les efforts de paix et de sécurité. « Très clairement, nous avons aussi discuté de l’entrée plus importante des femmes dans les processus de paix, même au niveau très local, et au niveau de la gouvernante très locale »  comme nous l’a indiqué  Bertrand Effantin (Mercy Corps) qui représentait avec Richard Morgan (Plan international UK) le groupe de travail Paix et sécurité de la Global Task force. Il est ainsi demandé de préciser comment l’initiative de partenariats du G7 pour les femmes, la paix et la sécurité lancée en 2018 se traduit concrètement en actions et financements.

Entre conflit et faim, il n’y a qu’un pas car les deux sont liés. Beaucoup de conflits ont lieu dans des pays souffrant de famine. Pour Valentin Brochard (Action contre la faim), co-président avec Francesco Aureli (Women Deliver) du groupe de travail sur la sécurité alimentaire au sein de la task force, « les femmes et les enfants, celles et ceux travaillant dans les contextes agricoles et pastoraux, par exemple au Sahel, sont parmi les populations les plus vulnérables ». L’insécurité alimentaire, à l’origine de conflits, mériterait d’être mieux combattue en favorisant l’agroécologie paysanne et en mettant fin au cercle vicieux entre faim et conflit. « Nous avons intégré la question du genre de manière transversale. Et nous espérons que le G7 en tienne compte tant dans ses exercices de redevabilité que dans ses exercices de priorisation. L’autonomisation des filles et femmes dans le contexte rural est essentiel pour aider 500 millions à sortir de la faim ».

 

Genre et G7 canadien de 2018

Lors de la déclaration finale, le G7 s’est engagé à «renforcer la mise en œuvre de l’agenda sur les femmes, la paix et la sécurité », en soulignant le lien entre égalité et paix, comme le préconisent le W7 et le Conseil consultatif sur l’égalité des sexes. Par ailleurs, un engagement financier important a été pris en faveur de l’éducation des femmes et des filles dans les contextes de crise.

 

Genre et G7 français de 2019

Le secrétariat chargé de l’Egalité entre les femmes et les hommes a par ailleurs précisé les priorités et les modalités d’organisation du G7 relatives au genre. La France organisera en mai une réunion ministérielle consacrée à l’égalité femmes-hommes, moment de rencontre entre ministres concernés et société civile, avec trois priorités : l’émancipation économique des femmes africaines, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et léducation des femmes. La France a par ailleurs décidé de maintenir le conseil consultatif sur l’égalité femmes-hommes créé par le Canada. Il se réunira en février avec deux missions : la création d’un agenda mondial sur ces trois priorités ainsi que la proposition aux pays du G7 d’un bouquet législatif de bonnes pratiques en faveur des femmes.

 

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