Pour la liste menée par Nathalie Arthaud, l’Union européenne est un instrument au service des grandes entreprises et des pays les plus puissants

Pour la liste menée par Nathalie Arthaud, l’Union européenne est un instrument au service des grandes entreprises et des pays les plus puissants

Le 26 mai prochain aura lieu, en France, l’élection des membres du Parlement européen pour la période 2019-2024. Coordination SUD se mobilise dans le cadre de ces élections et appelle les futurs membres du Parlement européen à agir pour une Europe durable, juste et solidaire, où l’engagement citoyen et des organisations de la société civile est au cœur du projet européen.  

Nous avons donc interviewé chaque liste candidate à ces élections pour connaître ses positions et son programme sur ces sujets. L’analyse de l’ensemble des réponses sera prochainement diffusée sur notre site.

Voici le texte adressé par Lutte ouvrière à nos questions. Interview !

 

Participez au grand oral des candidat·e·s

Coordination SUD et le Mouvement associatif organisent un grand oral des candidates et candidats aux élections européennes pour discuter d’une « Europe que nous voulons démocratique, solidaire et durable ». D’ores et déjà, du beau monde est prévu. Où et quand ? A la Maison de l’Europe à Paris le 14 mai de 9h à 12h. Réservez vite votre place.
Plus d’infos et inscription

 

Le traité de Lisbonne de 2009, qui régit actuellement le fonctionnement de l’Union européenne, précise que l’objectif principal de la politique de développement européenne est la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté. Pourtant, la Commission européenne tend de plus en plus à concevoir l’aide publique au développement comme un levier pour défendre les intérêts de l’UE en matière de politique étrangère, tels que la gestion des migrations ou la sécurité.

Quelle vision de l’aide publique au développement portez-vous ?

Vous citez le Traité de Lisbonne et sa perspective « d’éradication de la pauvreté ». Vous vous désolez que la Commission européenne utilise l’aide au développement comme un levier pour imposer les intérêts de l’UE et en particulier pour réguler les migrations. C’est évidemment regrettable. Mais pour notre part nous n’en sommes pas étonnés car derrière les déclarations humanistes, l’UE est un instrument au service des grandes entreprises européennes et des pays les plus puissants.

Pour preuve, quarante ans après la promesse historique, faite par un grand nombre de pays riches, de réserver au moins 0,7 % de son revenu national brut à la solidarité internationale, au financement de la lutte contre l’extrême pauvreté, un pays comme la France y a consacré 0,43 % en 2018 et se fixe l’objectif de 0,55 % en 2022 puis à 0,7 % en 2025 ! ? De plus la moitié de l’aide est du prêt, et non du don ce qui place la France parmi les pires pays de l’OCDE.

Il serait évidemment normal que la riche Europe, et en particulier les États membres les plus riches, augmentent considérablement leur budget d’aide au développement. Ce n’est d’ailleurs pas seulement une question d’aide au développement mais une révision profonde des relations économiques entre les pays riches et les pays pauvres. Les grandes firmes européennes pillent les ressources et la force de travail notamment de l’Afrique.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre l’aide publique au développement comme définie par le Traité de Lisbonne, et à prévenir toute instrumentalisation pour répondre à des enjeux migratoires et sécuritaires ? Comment comptez-vous promouvoir la cohérence des politiques européennes pour le développement durable ?

Il ne suffira pas de faire appliquer le Traité de Lisbonne. La Constitution française garantie le droit au logement et le droit à un emploi… Et pourtant ! L’État français prône, comme l’UE, la coopération avec les pays sous-développés. Et pourtant ! Cette aide sert avant tout aux Bolloré, Total et autres grands groupes qui réalisent des investissements en Afrique ou plutôt qui la pille. Quoi que décide l’UE, les États membres, particulièrement les Etats les plus riches, font ce qu’ils veulent et défendent avant tout les intérêts de leurs grandes firmes. Pour mettre en œuvre une politique de développement, il faut arracher le contrôle de l’économie à ces grands groupes pour les mettre sous le contrôle direct des salariés, de la population. 

 

L’Union européenne s’est engagée à dédier 0.7% de son revenu national brut à l’aide publique au développement, et à intégrer le genre comme un objectif principal ou secondaire dans 85% de cette aide. Aujourd’hui, ces engagements ne sont pas tenus, et ils sont pourtant indispensables pour réaliser les ambitions du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies (Agenda 2030).

Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre l’objectif de 0.7% de RNB dédié à l’APD, et d’intégration transversale du genre dans 85% de cette aide ?  Quelles actions mettriez-vous en place pour défendre ces objectifs quantitatifs ?

Nous sommes certes favorables à ce que l’objectif minimum soit respecté et qu’il contribue à la réduction des discriminations vis-à-vis des femmes, premières victimes du sous-développement et de l’inégalité.

Mais là encore, la mise en œuvre concrète de ces politiques d’aide n’est pas du ressort des parlementaires. En effet, 40 ans après les engagements pris cet objectif n’est toujours pas respecté. Pour vérifier le respect des critères et des objectifs, il faut solliciter et encourager le contrôle par en bas, par les salariés des entreprises qui participent à ces programmes, par les populations concernées par ces programmes.

 

L’Union européenne positionne le secteur privé marchand comme un acteur clé dans la politique de développement, et conçoit des dispositifs spécifiques pour lever des investissements en direction des pays tiers qui mobilisent l’aide publique au développement.

Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre l’inscription des conditionnements en matière de respect des standards sociaux, fiscaux et environnementaux et des droits humains pour l’APD qui transite par le secteur privé marchand ? Quels mécanismes comptez-vous promouvoir en cas de violation de ceux-ci.

L’immense majorité des entreprises privées qui mettent en œuvre, ou plutôt qui profitent, de l’aide publique au développement sont mus par le profit. La plupart de ces grandes sociétés pratiquent l’optimisation fiscale, le moins disant social et s’assoient sur les normes écologiques si cela peut leur faire gagner quelques milliers d’euros. Le scandale du diesel ou celui de la banque UBS avec ses démarchages pour réaliser de l’optimisation fiscale, l’ont illustré récemment. Toutes ces pratiques ne sont pas des déviances, des accidents de parcours, mais des pratiques courantes, permanentes.

La seule façon d’enrayer ces pratiques, c’est de permettre aux salariés de rendre publiques toutes les informations dont ils disposent sans risquer d’être licenciés, c’est de mettre en ligne, sur la place publique tous les documents, faits et agissements de ces sociétés. C’est d’autant plus normal pour des sociétés qui touchent de l’argent public et qui passent des contrats avec des collectivités ou avec l’UE. Mais toutes les entreprises touchent à un niveau ou un autre de l’argent public.

 

L’Union européenne mène depuis plusieurs années une politique qui vise à maîtriser les « flux » migratoires et à prévenir les arrivées des personnes migrantes sur son territoire. Elle a démultiplié les barrières physiques, administratives ou déléguées à des pays tiers comme la Libye (à travers le soutien à ses garde-côtes) ou la Turquie (avec la Déclaration de mars 2016, mal nommée « accord UE-Turquie »), et peine à trouver un système commun pour assumer la responsabilité d’accueil et de protection des personnes migrantes présentes à l’intérieur de ses frontières.

Quelle vision de la politique migratoire européenne portez-vous ?

Nous sommes pour la liberté complète de circulation et d’installation de tous les êtres humains là où ils estiment pouvoir trouver les moyens de faire vivre leur famille. Pour les riches, la planète est un village sans la moindre entrave. Pour ceux qui n’ont que leurs bras ou leur tête pour vivre, elle est hérissée de barrières et de barbelés mortels. Les migrants sont rendus responsables de la crise et du chômage alors qu’ils en sont d’abord des victimes. Ils servent de boucs émissaires à toute une brochette de politiciens démagogues et xénophobes. En la matière, la politique d’un Salvini en Italie, ouvertement hostile aux migrants, ou d’un Macron, qui joue les humanistes, ne diffère guère : les deux ferment les frontières et expulsent les migrants.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à combattre toute forme d’externalisation de la politique migratoire européenne à des Etats tiers, à commencer par les Etats qui ne respectent pas les droits fondamentaux des personnes migrantes ?

Évidemment oui. Mais même sans externaliser la politique migratoire à des dictatures, parfois des milices aussi barbares que rivales comme c’est le cas en Libye, les préfectures et les services de l’immigration européens ne se comportent pas de façon humaine.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre la mise en place d’un système d’accueil des personnes migrantes sur le territoire de l’Union européenne ? Quelles actions proposez-vous pour renforcer la solidarité effective entre les Etats membres ?

[Voir notre réponse plus haut] La libre circulation sur l’ensemble de l’UE, la suppression des dispositions dites de Dublin qui imposent que les demandes de régularisation soient faîtes sur le territoire d’arrivée. La délivrance immédiate d’un passeport européen avant d’envisager la suppression complète des frontières…

 

Afin de garantir le respect des droits fondamentaux des personnes migrantes, le « Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière » des Nations unies prévoit la mise en place des voies légales de migration, avec des dispositifs pour la migration de travail, le regroupement familial, la mobilité universitaire et l’accueil des migrations contraintes pour des motifs humanitaires ou liées aux conséquences du changement climatique.

Selon vous, les droits fondamentaux des personnes migrantes sont-ils en danger dans l’Union européenne ?

 

Actuellement, sur le sol européen, les droits fondamentaux des migrants sont bafoués et des milliers d’entre eux sont traités comme des animaux : traque permanente, pas de logements, pas d’accès aux soins, pas de scolarisation pour les enfants, camps de rétention, camps de fortunes, etc. L’« espace de liberté » que prétend être l’UE est en réalité un univers carcéral pour des dizaines de milliers de femmes et d’hommes dont le seul crime est de fuir la misère ou la guerre.

 

La politique des voies légales de migration vous semble-t-elle réaliste et souhaitable ? Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à la défendre ?

[Voir notre réponse plus haut] Il faut légaliser les migrations et les permettre dans des conditions dignes. Pour enrayer l’immigration illégale, dangereuse pour les migrants, il faut ouvrir les frontières, supprimer les droits rédhibitoires d’inscription à l’université instaurés par Macron, permettre à tous ceux qui ont de la famille, des points de chute ou qui le souhaitent, de venir s’installer en Europe, l’un des plus riches continents du monde. 500 millions d’habitants peuvent accueillir quelques millions de migrants sans difficulté.

 

En 2018, ce sont plus de 2200 personnes qui sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Le débarquement des personnes rescapées sur le sol européen a été maintes fois entravé et l’action des garde-côtes libyens a été soutenue, le tout avec des conséquences graves pour le respect des droits fondamentaux, de la dignité et de la vie des personnes migrantes.

Pensez-vous que l’Union européenne doit promouvoir et renforcer les missions de sauvetage en mer, menées par les Etats-membres via des opérations dédiées et avec une approche basée sur les droits humains ? Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre ces missions ?

Un tel sauvetage, systématique, massif, avec des moyens conséquents relève de la simple assistance à population en danger. La politique actuelle de l’UE avec l’interdiction aux bateaux de secours, comme l’Aquarius, de secourir puis de débarquer en Europe, est tout simplement criminelle.

 

Pensez-vous que l’Union européenne doit soutenir les ONG actives dans le sauvetage en mer ? Durant votre campagne et si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre ces organisations et leurs missions ?

Oui évidemment. Mais l’UE doit faire mieux : organiser avec ses moyens le sauvetage, suivi de l’accueil et de la régularisation, des migrants en détresse en Méditerranée.

 

Les organisations de la société civile sont victimes d’entraves multiples à leur action, à travers des restrictions sur l’accès aux financements et le périmètre des activités, ou bien un harcèlement administratif et judiciaire. La procédure disciplinaire déclenchée par le Parlement européen contre la Hongrie a alerté sur l’état de la liberté de la presse et des menaces qui pèsent sur les OSC dans ce pays. Des problématiques similaires sont identifiées des pays comme la Pologne ou la Roumanie, ainsi que dans des pays bénéficiaires de l’aide publique au développement, comme l’Egypte ou le Niger.

Quelle est votre vision du rôle des organisations de la société civile dans le développement des sociétés et dans la vie démocratique ?

Nous défendons la liberté d’association, d’organisation de tous et la liberté de presse. Après, la notion de « société civile » est vaste et un peu fourre-tout car elle masque les relations d’argent. Les libertés démocratiques ne sont pas identiques pour Vincent Bolloré qui peut se payer des chaînes de télévision ou des journaux ou pour des salariés, des consommateurs, des militants associatifs qui cherchent à s’exprimer, se réunir, etc. La démocratie est largement déformée et pervertie par ces profondes inégalités financières. La situation est très différente d’un pays à l’autre. Vous dénoncez à juste titre les entraves et les menaces à la liberté de presse en Hongrie et en Pologne. Mais en France, les durcissements successifs de la loi relative au droit de manifester sont aussi inquiétants. En France toujours, les conditions d’accès à la télévision des différents candidats aux élections européennes ne sont pas équitables comme Lutte ouvrière a pu le constater à ses dépens.

Fondamentalement, le droit de s’organiser et de s’exprimer reste un combat permanent et sans cesse remis en cause.

 

Si vous êtes élue, vous engagez-vous à défendre la place et le rôle des organisations de la société civile en Europe ? Vous engagez vous à multiplier les procédures disciplinaires comme celles à l’encontre de la Hongrie, et/ou d’autres initiatives visant à protéger l’espace de la société civile dans l’espace européen ? Si oui, lesquelles ?

Ce ne sont pas les procédures qui permettront d’assurer la liberté des organisations civiles, mais les mobilisations populaires, l’intervention massive de la population dans la vie sociale et économique.

 

Vous engagez-vous également à appuyer les organisations de la société civile dans les pays partenaires de l’Union européenne, et qui font parfois face à un rétrécissement de leur espace, voire à une criminalisation croissante, à travers des financements dédiés et une participation effective aux dialogues multi-acteurs sur les politiques européennes ainsi que sur la programmation de l’ensemble des instruments d’action extérieure ?

La meilleure solidarité est de mener des combats communs contre l’exploitation, la domination économique. Cela dit, financer des associations animées par des militants n’importe où dans le monde plutôt que des entreprises européennes qui pillent est exploitent, nous sommes pour.