Pour la liste emmenée par Ian Brossat, les migrants sont les boucs émissaires des politiques austéritaires

Pour la liste emmenée par Ian Brossat, les migrants sont les boucs émissaires des politiques austéritaires

Le 26 mai prochain aura lieu, en France, l’élection des membres du Parlement européen pour la période 2019-2024. Coordination SUD se mobilise dans le cadre de ces élections et appelle les futurs membres du Parlement européen à agir pour une Europe durable, juste et solidaire, où l’engagement citoyen et des organisations de la société civile est au cœur du projet européen.  

Nous avons donc interviewé chaque liste candidate à ces élections pour connaître ses positions et son programme sur ces sujets. L’analyse de l’ensemble des réponses sera prochainement diffusée sur notre site.

Développement durable et inclusif, politique migratoire européenne, soutien à la société civile, voici les sujets abordés par la liste L’Europe des gens (PCF) menée par Ian Brossat.

 

 

Participez au grand oral des candidat·e·s

Coordination SUD et le Mouvement associatif organisent un grand oral des candidates et candidats aux élections européennes pour discuter d’une « Europe que nous voulons démocratique, solidaire et durable ». D’ores et déjà, du beau monde est prévu. Où et quand ? A la Maison de l’Europe à Paris le 14 mai de 9h à 12h. Réservez vite votre place.
Plus d’infos et inscription

Pictrogramme Interview

 

Le traité de Lisbonne de 2009, qui régit actuellement le fonctionnement de l’Union européenne, précise que l’objectif principal de la politique de développement européenne est la réduction et, à terme, l’éradication de la pauvreté. Pourtant, la Commission européenne tend de plus en plus à concevoir l’aide publique au développement comme un levier pour défendre les intérêts de l’UE en matière de politique étrangère, tels que la gestion des migrations ou la sécurité.

 

Quelle vision de l’aide publique au développement portez-vous ?

 

Notre conception de l’aide publique au développement s’inscrit dans une vision et une volonté de transformation de la construction européenne. L’ambition que nous portons est de remettre l’humain et la planète au cœur de toute construction européenne ce qui suppose d’abroger le pacte budgétaire et de sortir des politiques d’austérité, et d’inscrire la politique internationale de l’UE dans la perspective de lutte pour la sécurité humaine collective telle que définie par le Programme des Nations unies pour le développement (économique, alimentaire, sanitaire, environnementale, sécurité personnelle, des groupes sociaux, et politique), avec pour objectif prioritaire la lutte contre la pauvreté et les inégalités, les enjeux d’un co-développement affranchi des logiques libérales,  de toute pratique néocoloniale et de dépendance envers les stratégies prédatrices des multinationales.

L’UE et ses Etats-membres doivent se donner pour orientations de politiques publiques de développement les réponses aux besoins de services publics, de création d’emplois, d’éducation et formation, d’infrastructures en matière d’énergie, de transports, de communication, de développement agricole visant la souveraineté alimentaire, et partout l’émergence d’un nouveau modèle de production respectueux des éco-systèmes et des droits humains et sociaux fondamentaux.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre l’aide publique au développement comme définie par le Traité de Lisbonne, et à prévenir toute instrumentalisation pour répondre à des enjeux migratoires et sécuritaires ? Comment comptez-vous promouvoir la cohérence des politiques européennes pour le développement durable ?

Nous sommes partisans de mettre immédiatement un terme au conditionnement des aides européennes aux clauses migratoires ; cette politique s’est révélée inhumaine, et n’a fait que renforcer des régimes autoritaires. Toute politique européenne pour le développement durable, pour être cohérente, implique d’une part la remise en cause des accords de libre-échange  par l’élaboration de traités de maîtrise des échanges avec les pays d’Afrique, du pourtour méditerranéen, Maghreb et Proche-Orient ou d’Asie et d’Amérique du Sud incluant le développement de biens communs universels ; et d’autre part, par le respect de l’objectif de consacrer au moins 0,7% des richesses produites à l’APD en particulier grâce à la baisse des crédits consacrés au surarmement. Le PNUD, l’Organisation internationale du travail, les différents opérateurs des Nations unies doivent être considérés par l’UE comme les garants et  instruments d’une politique de coopération internationale refondée.

 

L’Union européenne s’est engagée à dédier 0.7% de son revenu national brut à l’aide publique au développement, et à intégrer le genre comme un objectif principal ou secondaire dans 85% de cette aide. Aujourd’hui, ces engagements ne sont pas tenus, et ils sont pourtant indispensables pour réaliser les ambitions du Programme de développement durable à l’horizon 2030 des Nations Unies (Agenda 2030).

Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre l’objectif de 0.7% de RNB dédié à l’APD, et d’intégration transversale du genre dans 85% de cette aide ?  Quelles actions mettriez-vous en place pour défendre ces objectifs quantitatifs ?

Oui, nous nous engageons à défendre l’objectif d’au moins 0,7% du RNB avec l’intégration transversale du genre dans 85% de cette aide. La lutte pour l’égalité salariale, l’égalité des droits, la liberté de disposer de son corps, la lutte contre les violences sexuelles, les mariages forcés sont inséparables de toute vision de développement durable partagé.

 

L’Union européenne positionne le secteur privé marchand comme un acteur clé dans la politique de développement, et conçoit des dispositifs spécifiques pour lever des investissements en direction des pays tiers qui mobilisent l’aide publique au développement.

Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre l’inscription des conditionnements en matière de respect des standards sociaux, fiscaux et environnementaux et des droits humains pour l’APD qui transite par le secteur privé marchand ? Quels mécanismes comptez-vous promouvoir en cas de violation de ceux-ci ?

 

Le respect des droits sociaux, environnementaux et fiscaux (qu’il s’agirait de redéfinir afin de lutter contre l’optimisation et l’évasion fiscales) est de notre point de vue un passage obligé pour le secteur privé qu’il s’agisse d’investissements européens, étrangers ou en matière de coopération internationale. L’Union européenne, par l’intermédiaire du Parlement, doit avoir et exercer un droit de contrôle de l’utilisation des fonds européens.

Si les conditions ne sont pas respectées, l’Union européenne doit exiger et obtenir le remboursement de l’argent public.

 

L’Union européenne mène depuis plusieurs années une politique qui vise à maîtriser les « flux » migratoires et à prévenir les arrivées des personnes migrantes sur son territoire. Elle a démultiplié les barrières physiques, administratives ou déléguées à des pays tiers comme la Libye (à travers le soutien à ses garde-côtes) ou la Turquie (avec la Déclaration de mars 2016, mal nommée « accord UE-Turquie »), et peine à trouver un système commun pour assumer la responsabilité d’accueil et de protection des personnes migrantes présentes à l’intérieur de ses frontières.

Quelle vision de la politique migratoire européenne portez-vous ?

 

La politique migratoire européenne est totalement irresponsable et inhumaine. Aucune solidarité entre les différents pays n’a été mise en œuvre au moment où l’Italie et la Grèce, eux-mêmes dans des situations économiques précaires, recevaient des centaines de migrants. Chaque pays veut conserver la décision des conditions de distribution de visas et la maîtrise des frontières mais la réalité est que les migrants sont les boucs émissaires des politiques austéritaires. La politique migratoire de l’Europe se résume à la construction d’une Europe forteresse avec la sécurisation des frontières, la construction de murs, l’externalisation et l’inhumanité de laisser des milliers de migrants mourir dans la Méditerranée.

Tout cela est parfaitement opposé au droit à la circulation pour toutes et tous que nous souhaitons et ne respecte pas le droit international. Il est urgent de ne pas laisser l’extrême-droite instrumentaliser les enjeux migratoires et de remettre à l’ordre du jour la

Déclaration des droits de l’homme de 1948 qui a inspiré, en son temps, le conseil de l’Europe.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à combattre toute forme d’externalisation de la politique migratoire européenne à des États tiers, à commencer par les États qui ne respectent pas les droits fondamentaux des personnes migrantes ?

Sans hésiter, nous y sommes opposés car la politique migratoire est soumise aux différentes conventions de droit international et que l’UE doit s’engager à les respecter. Le soutien aux gardes-côtes libyens est un pur scandale, encore plus révoltant quand il est accompagné par une politique des ports fermés dictés par Salvini.

 

Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre la mise en place d’un système d’accueil des personnes migrantes sur le territoire de l’Union européenne ? Quelles actions proposez-vous pour renforcer la solidarité effective entre les Etats membres ?

Oui il faut mettre en place des systèmes d’accueil des personnes migrantes par l’ouverture de voies légales et sécurisées de migration, et en leur garantissant un accueil digne  ainsi que le respect de leurs droits fondamentaux : santé, hébergement, formation, travail…

L’UE en collaboration avec les États-membres, les collectivités territoriales, a les moyens de cette politique.

Les pays refusant l’accueil des personnes migrantes pourraient voir leur aide financière européenne diminuée, voire supprimée.

 

Afin de garantir le respect des droits fondamentaux des personnes migrantes, le « Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière » des Nations unies prévoit la mise en place des voies légales de migration, avec des dispositifs pour la migration de travail, le regroupement familial, la mobilité universitaire et l’accueil des migrations contraintes pour des motifs humanitaires ou liées aux conséquences du changement climatique.

Selon vous, les droits fondamentaux des personnes migrantes sont-ils en danger dans l’Union européenne ?

Oui, les droits fondamentaux des personnes migrantes sont aujourd’hui en danger dans l’Union européenne. En particulier, si on laisse ce sujet aux mains de celles et ceux qui manipulent la réalité, qui veulent utiliser les migrations à des fins politiques sécuritaires et nationalistes. Il suffit de voir ce qui se passe depuis plus de 4 ans à la frontière franco-italienne.

 

La politique des voies légales de migration vous semble-t-elle réaliste et souhaitable ? Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à la défendre ?

La politique des voies légales et sécurisées de migration est la seule réponse véritable à la question migratoire et doit devenir un objectif de l’Union européenne. Le non respect du droit à la circulation est une des premières inégalités du monde. Seulement un tiers de la population mondiale y a accès. Il faut le développer et le sécuriser par l’obtention de visas, uniformiser les conditions d’obtention de droits d’asiles dans les pays de l’Union européenne, réfléchir à l’extension du statut de réfugié aux conditions climatiques…

 

En 2018, ce sont plus de 2200 personnes qui sont mortes en Méditerranée en tentant de rejoindre l’Europe. Le débarquement des personnes rescapées sur le sol européen a été maintes fois entravé et l’action des garde-côtes libyens a été soutenue, le tout avec des conséquences graves pour le respect des droits fondamentaux, de la dignité et de la vie des personnes migrantes.

Pensez-vous que l’Union européenne doit promouvoir et renforcer les missions de sauvetage en mer, menées par les Etats-membres via des opérations dédiées et avec une approche basée sur les droits humains ? Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre ces missions ?

Il faut réorienter Frontex à des politiques de sauvetages en mer. Rappelons que, la convention des Nations unies sur le droit de la mer, datant de 1982, prévoit dans son article 98 l’obligation de prêter assistance en haute mer à toute personne en détresse.

 

Pensez-vous que l’Union européenne doit soutenir les ONG actives dans le sauvetage en mer ? Durant votre campagne et si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre ces organisations et leurs missions ?

L’Union Européenne a le devoir de soutenir les ONG, tout comme demander aux États d’abolir le délit de solidarité. Soutenir les ONG, c’est d’abord ouvrir les ports de la Méditerranée pour ce qui nous concerne en France !

 

Les organisations de la société civile sont victimes d’entraves multiples à leur action, à travers des restrictions sur l’accès aux financements et le périmètre des activités, ou bien un harcèlement administratif et judiciaire. La procédure disciplinaire déclenchée par le Parlement européen contre la Hongrie a alerté sur l’état de la liberté de la presse et des menaces qui pèsent sur les OSC dans ce pays. Des problématiques similaires sont identifiées des pays comme la Pologne ou la Roumanie, ainsi que dans des pays bénéficiaires de l’aide publique au développement, comme l’Egypte ou le Niger.

Quelle est votre vision du rôle des organisations de la société civile dans le développement des sociétés et dans la vie démocratique ?

Les organisations de la société civile, les lanceurs d’alerte sont un maillon essentiel de la vie démocratique. L’UE doit apprendre à les consulter et respecter leur liberté d’expression, créer les espaces qui permettent aux citoyen-ne-s d’être des acteurs politiques reconnus en tant que tels.

Les organisations de la société civile sont un élément vivant de la démocratie.

 

Si vous êtes élu, vous engagez-vous à défendre la place et le rôle des organisations de la société civile en Europe ? Vous engagez vous à multiplier les procédures disciplinaires comme celles à l’encontre de la Hongrie, et/ou d’autres initiatives visant à protéger l’espace de la société civile dans l’espace européen ? Si oui, lesquelles ?

La démocratie est en recul dans l’UE , c’est pourquoi nous sommes favorables à la création à l’échelle de l’UE  d’un observatoire des libertés et droits d’expression des organisations de la société civile qui aurait aussi pour vocation de protéger les droits des citoyens à l’heure où des partis d’ultradroite participent ou soutiennent de plus en plus de gouvernements en Europe et cherchent à les limiter.

 

Vous engagez-vous également à appuyer les organisations de la société civile dans les pays partenaires de l’Union européenne, et qui font parfois face à un rétrécissement de leur espace, voire à une criminalisation croissante, à travers des financements dédiés et une participation effective aux dialogues multi-acteurs sur les politiques européennes ainsi que sur la programmation de l’ensemble des instruments d’action extérieure ?

C’est la philosophie qui nous anime et la politique que nous mettons en œuvre partout où nous exerçons des responsabilités électives. Nos députés sortants ont tout au long de leurs mandats travaillé de concert avec les associations, les ONG, les forces citoyennes dans l’élaboration de propositions ; ils ont alerté chaque fois, les citoyens ont été écartés des débats et décisions, que l’espace démocratique aujourd’hui fragilisé a été réduit. C’est un combat de longue haleine, il ne saurait y avoir de construction européenne au service de la paix, du progrès et de la solidarité si elle n’est pas l’œuvre des citoyen-ne-s eux-mêmes.