Pandémie de COVID-19 – Interview de la Pr Marie-Paule Kieny

« La recherche contre la pandémie COVID-19 en Afrique doit en particulier prioriser une recherche d’implémentation des solutions de diagnostic et de traitement COVID-19 pour comprendre comment les déployer de manière efficace, mais aussi pour pouvoir évaluer leurs résultats. C’est ici que les ONGs comme Solthis doivent jouer un rôle. »

La Pr Marie-Paule Kieny est directrice de recherche à l’Inserm. Ancienne sous-directrice générale de l’OMS en charge des systèmes de santé et de l’innovation, elle est membre du Conseil d’Administration de Solthis.

 

Depuis le début de la COVID-19, plusieurs recherches ont été lancées au niveau mondial. Où en sommes-nous au niveau des pays africains ?

Au niveau des pays africains, je peux citer l’initiative qui est dans la continuation d’un développement de l’Institut Pasteur de Dakar, qui a mis en place une plateforme de production et de diagnostic (DiaTropix). En collaboration avec le laboratoire britannique Mologic, DiaTropix lancera prochainement un kit de dépistage rapide et abordable pour tous.  L’autre travail dont je suis bien au courant est la coalition (de recherche) initiée par DNDi (Drugs for Neglected Diseases initiative) qui, en particulier, a mis en place une plateforme d’essais cliniques pour tester des médicaments contre la COVID-19 chez les patients non-hospitalisés  et qui met en œuvre une collaboration entre 14 pays africains. Il y a aussi bien sûr toute une série de projets de recherche clinique qui ont été présentés à l’EDCTP et dont certains doivent être en phase de début de financement et de mise en œuvre.

Sur quelles priorités de recherche COVID-19, les pays africains doivent-ils se concentrer pour une réponse adaptée à leur contexte ?

 

« En Afrique, on a besoin aujourd’hui de diagnostics en grande quantité pour pouvoir tout de suite isoler et mettre en quarantaine les cas positifs »,  affirmait Marie-Paule Kieny dans une interview à Le Point.fr en mars dernier.

 

Les recherches sur le diagnostic de la COVID-19 doivent être une priorité. En effet, il faut pouvoir diagnostiquer le plus vite possible pour identifier les cas, les clusters et savoir où on en est avec la pandémie. Malheureusement, les tests de diagnostic qui existent aujourd’hui au niveau mondial sont trop cher pour des diagnostics en masse. De la même façon, les médicaments innovants – comme ceux à base d’anticorps monoclonaux – contre la COVID-19 seront chers. Il faut donc identifier des médicaments abordables pour les pays africains, qui pourraient être utilisés en phase précoce de l’infection pour en diminuer la sévérité de la maladie.

Après, il faut bien évidemment mettre en place une recherche d’implémentation, pour explorer les modalités de mise en œuvre des solutions (de diagnostic, de vaccination ou de traitement) de manière efficace, et aussi pour évaluer les résultats de cette mise en œuvre. C’est ici que les ONGs comme Solthis doivent jouer un rôle pour accompagner le déroulement du diagnostic des cas COVID-19, comme Solthis l’a fait pour l’autodépistage du VIH (en Afrique de l’Ouest).

Des ONGs comme Solthis participent à la riposte à la pandémie en Afrique. Quel doit-être leur rôle (ou contribution) pour renforcer la recherche contre le virus dans leurs pays d’intervention en collaboration avec les partenaires locaux ?

Les organisations comme Solthis ont une implantation nationale pérenne. Ceci leur confère un grand avantage pour intervenir auprès des populations au moment où la plupart des transports internationaux sont suspendus comme dans le contexte actuel. Je pense qu’elles doivent mettre leurs infrastructures à l’appui des populations avec lesquelles elles travaillent d’habitude pour accompagner le déploiement des solutions de diagnostic et de traitement pour la COVID-19, comprendre leurs limites et améliorer les modalités cette mise en œuvre.

Elles pourraient par ailleurs jouer un rôle d’accompagnement par la recherche pour trouver les meilleures solutions de mise en œuvre de soins palliatifs : que faudrait-il faire pour les personnes trop âgées qui n’arriveraient pas à supporter une intubation (beaucoup moins souvent disponible en Afrique qu’en France), comment prendre en charge des patients qui ont des formes très graves de la COVID-19, mais aussi au-delà de la COVID-19, pour des patients qui souffrent de maladies incurables ? Les ONGs de santé publique comme Solthis devraient soutenir le développement de ces recherches, non pas sur des aspects médicaux mais sur des aspects opérationnels de faisabilité.

Cette pandémie a bouleversé nos habitudes quotidiennes, mais aussi nos objectifs professionnels. Y a-t-il des priorités de recherche qui se dégagent en santé mondiale pour l’avenir ?

Aujourd’hui, le constat est que les pays soi-disant mieux préparés ne sont pas ceux qui ont le mieux réagi à la pandémie. Il faudra qu’à la fin de la pandémie, nous puissions évaluer quels sont les pays qui ont mieux fait face au virus et où l’accès aux soins de base a été le mieux maintenu. Par ailleurs, il faudra comprendre si, dans certains pays, les initiatives de mise en place de couverture universelle, au moins pour les enfants, ont joué un rôle.  Ces prémices de couverture sociale ont-elles eu un impact sur les conséquences de la COVID-19, notamment au niveau de la disponibilité des soins de santé primaires pour la population générale ?

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