L’invité des NDS : Henri Lefebvre, chargé de mission migrations au Crid

L’invité des NDS : Henri Lefebvre, chargé de mission migrations au Crid

Depuis six mois, 1 500 organisations ont tenu 106 assemblées locales, où plus de 10 000 citoyen.ne.s construisent ensemble une autre politique migratoire. C’est le sujet de l’invité des NDS d’été 2018, Henri Lefebvre du Crid.

Les politiques européennes vont aujourd’hui vers une fermeture des frontières et des restrictions du droit d’asile. En France, le Conseil constitutionnel pointe du doigt les délais extrêmement courts imposés aux demandeurs.euses d’asile dans le projet de loi Asile-immigration, alors que le défenseur des droits évoque les violations par l’administration de droits fondamentaux. Pour les personnes étrangères sur le territoire français, cela se matérialise par une suspicion généralisée pouvant aller jusqu’à la maltraitance, selon un rapport officiel du contrôleur général des lieux de privation de liberté, des routes migratoires de plus en plus mortelles ou encore des conditions de vie indignes.

exergue-invite470 organisations d’accueil des exilé.e.s et de soutien aux sans-papiers, qui doivent pallier cette inefficacité choisie, ont signé une tribune, dès juin 2017, pour demander au président fraichement élu un changement radical de politique et la mise en place d’un cadre de concertation. Face à l’absence de réponse concrète, un processus citoyen a été lancé en novembre dernier : les États généraux des migrations. Son objectif : dénoncer les situations inacceptables tout en montrant qu’une autre politique migratoire est possible, afin de contribuer à un mouvement d’opinion de long terme.

Cette dynamique inédite rassemble associations et collectifs informels dans 76 départements, qui travaillent dans l’accueil, l’accompagnement juridique, la santé, la formation, le plaidoyer, l’interprétariat, le sauvetage, etc. Ce sont des dizaines de milliers de citoyen.ne.s témoins de dénis de droits et engagé.e.s dans la mise en place d’alternatives concrètes. La centaine de concertations initiées localement a permis l’émergence d’une expression citoyenne et populaire qui, à l’inverse des discours dominants sur la « crise migratoire », fait la preuve d’une France accueillante et mobilisée aux côtés des migrant.e.s.

Henri Lefebvre (Crid)

 

Les 26 et 27 mai, ces assemblées, réunies en session nationale à Montreuil, ont adopté un Manifeste commun. Représentatif de la diversité des situations locales, il rassemble quarante revendications en six chapitres : accueil digne, respect du droit d’asile, égalité des droits entre Français.e.s et personnes étrangères, reconnaissance des initiatives citoyennes, modification des règles d’accès au territoire, conditions de mise en œuvre d’une politique alternative.

Loin d’être un aboutissement, ce texte se veut l’antithèse d’un projet de loi dont les aspects répressifs et dégradants risquent d’être renforcés au Sénat. Il sera au cœur des mobilisation portées sur tous les territoires (voir la cartographie du Sursaut citoyen), qui se poursuivent autour du parcours législatif d’Asile-immigration, de la Marche solidaire, à Paris le 17 juin, avant d’atteindre Calais, puis Londres, des revendications de justice migratoire autour des négociations de l’Accord de Dublin ou encore, du Forum social mondial des migrations en novembre à Mexico.

Cet article a été publié dans le dernier numéro des Nouvelles de SUD (été 2018)

 

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Commission Jeunesse Dossier débat NDS été 2018
L'invité des NDS été 2018 La tribune des NDS été 2018