Le street art au service du climat et des ODD

Le street art au service du climat et des ODD

Quand le street art rencontre les 17 objectifs de développement durable (ODD), cela donne une performance participative qu’il ne fallait pas manquer en plein cœur de Paris. Son nom, le projet Empreintes, visait à ce que chacun·e vienne et laisse son empreinte, à « taper le mur » et réaliser ainsi une fresque géante sur les quais de Seine, affirmant ainsi l’engagement individuel et collectif. Le projet vient juste de se terminer. Retour en images et avec les explications de Vaia Tuuhia, de l’association 4D.

Vaia Tuuhia est déléguée générale de l’association 4D depuis 2010. Elle coordonne des projets d’accompagnement de stratégies locales de développement durable ou de mobilisation multipartites, et intervient aussi à l’international pour des actions de plaidoyer. Elle est aussi vice-Présidente de Climate Chance, membre du conseil d’administration du RAC, coordinatrice des ONG pour la feuille de route nationale des ODD.

 

Pourquoi avoir lancé Empreintes ? Quel est l’enjeu vis-à-vis de grand public ?

Vaia Tuuhia : Déjà le projet Empreintes vient d’une rencontre. Quand vous avez des personnes qui ne sont pas du milieu ONG et qui vous disent que l’Agenda 2030 les inspire, vous savez que vous êtes arrivés à un moment charnière. Quand des artistes engagés sur des projets de solidarité, actifs dans des quartiers prioritaires pour transmettre le street-art aux enfants, conscients des problème de climat ou de biodiversité trouvent une façon d’exprimer avec leur art 17 ODD à la hauteur des personnes, alors on se dit : on y va ! On vit avec Empreintes un moment joyeux, dynamique, avec de nombreux échanges entre culture de la rue, des institutions, de l’art… et c’est essentiel pour les ODD.

Car en effet, depuis 4 ans, les ODD pêchent par leur faible notoriété (connus par 7 % des français selon le sondage IFOP/4D/WECF), alors qu’ils apportent un regard acéré sur notre histoire contemporaine. Il y a 4 ans, à leur adoption, voire 8 ans quand ils ont été posés sur la table c’est autour de principes de justice sociale et environnementales qu’ils ont été définis. J’interviens en conférence toujours en montrant que les ODD sont dans le quotidien des gens et permettent une lecture objective des arbitrages, des solutions… Donc un projet visible, permettant de mettre les ODD dans la rue, c’est leur donner plus de chance de passer à la mise en œuvre à la hauteur des enjeux.

Empreintes est une action autour de la notion de collectif. En quoi les ODD reposent sur une approche collective ?

En effet, un de nos messages qui a motivé le grand public à “taper” le mur est : révélons au monde notre engagement collectif. Il y a des multitudes d’engagements, les ODD nous donnent une voie à suivre, pour être à la hauteur des enjeux. Ils s’appuient sur tous les diagnostics qui mettent les gens dans la rue aujourd’hui : les objectifs de réduction de gaz à effet de serre, la déforestation, les hausses des inégalités, les violences faites aux femmes, l’accès à la justice et une autre idée démocratique.

Les ODD sont multidimensionnels et à toute les échelles : ils enjoignent à traiter les interactions entre les questions de justice sociale et celles de gestion des communs, car la perspective d’un monde fini oblige à penser la protection de l’environnement comme un souci collectif de justice sociale, et non plus de considérer la nature comme une ressource remplaçable et substituable. Cette convergence des enjeux comme des acteurs, publics, privés est essentielle pour réussir les ODD. Le projet Empreintes symbolise cette communauté de destin, avec des ODD formés de mains, ils deviennent très humains.

Empreintes vise des contributions tous azimuts. Comment les ODD font le lien entre des choses aussi différentes que le climat, les inégalités, la pauvreté, etc ?

L’approche systémique des ODD colle aux pouls de notre monde actuel : globalisée, rapide, connectée. S’il y a persistance d’un désaccord entre les différents thèmes, elle provient en réalité à la fois d’un quiproquo et d’une dispute sur la priorité hiérarchique. “Cette tension entre « le râteau et la bêche » est stupide. Il faut la dépasser disons nous souvent à 4D. Si on prend les enjeux climat-énergie qui occupent la scène médiatique alors qu’en même temps s’est tenu le 1er Sommet des ODD, ces 2 objectifs (13 et 7) et les 15 autres ODD constituent un ensemble indivisible, une dynamique globale. Le rapport 1,5°C du GIEC apporte cet éclairage en amorçant une analyse croisée par ODD. A l’échelle macro : dans une approche en silo, chacun avance péniblement. Dans un tout négocié et outillé comme les ODD, on peut aussi regarder les arbitrages et les incohérences, les causes structurelles : le découplage croissance / ressources, les systèmes de redistribution versus accès aux services essentiels… A l’échelle des citoyens, cela permet de respecter la personne dans ce qu’elle est, ce qui fait valeur pour elle : la planète, la solidarité, la santé, ses consommations… et de tirer un fil qui se prolonge dans son mode de vie.

 

Comment 4D a travaillé au sein de Coordination SUD sur les ODD ?

D’abord au sein du groupe de travail Prospective [voir note], les ODD ont été la boussole que j’ai utilisée dans les scénarios, ou dans nos échanges au sein du groupe. Ensuite dans l’idée d’animer conjointement des réseaux ONG pour Coordination SUD et des réseaux associatifs environnementaux / collectivités / organismes de recherche pour 4D. Nous avons été les rédacteurs de la 1ere tribune en 2016 et Coordination SUD a mobilisé ses membres. Aujourd’hui Marc Darras contribue pour 4D à la commission ODD de Coordination SUD. Nous avons besoin d’accélérer la mise en œuvre et l’intérêt d’abord pour les ODD, donc les complémentarités de nos approches, outils et  alliances sont intéressantes.

 

Note : Le groupe Prospective de Coordination SUD a mené une série d’analyse et de projections visant à présenter un état des lieux des grandes lignes de transformations actuelles du monde mais aussi des projections hypothétiques d’évolution du contexte de la coopération à 15/20 ans, entrainant des bouleversements pour les acteurs de la solidarité internationale. Ses analyses ont été publiées et sont disponibles sous le titre « Prospective Coordination SUD 2030 »   sur le site de Coordination SUD.