Le Gret pose trois questions à Ibrahima Coulibaly

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Le réseau des organisations paysannes et des producteurs de l’Afrique de l’Ouest (Roppa) regroupe 12 plates-formes d’organisations paysannes (OP) pour défendre une agriculture familiale efficace et durable. Ibrahima Coulibaly, vice-président du Roppa et président de la coordination nationale des organisations paysannes du Mali (CNOP), explique les actions et perspectives du réseau.

 

Gret : Quelles sont les clés pour sortir de la crise  alimentaire au Sahel ?

Ibrahima Coulibaly : La crise alimentaire est un   phénomène récurrent depuis plus de 30 ans. Bien que ces épisodes soient prévisibles, car liés aux sécheresses cycliques et souvent  à des  inondations, l’absence d’accompagnement public aux agricultures familiales, socle de la production alimentaire et de l’économie locale (75% de l’emploi), ne permet pas d’assurer la sécurité alimentaire. L’intervention des Etats est indispensable pour lutter contre la volatilité des prix et utiliser l’aide budgétaire directe pour l’agriculture familiale. Sur le terrain, des solutions existent : équiper les paysans (au Mali, 55% des agriculteurs n’ont pas l’équipement de base : une charrette et deux bœufs) rationaliser l’usage de l’eau (micro-barrages, irrigation goute à goute etc.), former les jeunes à l’agro-écologie et leur redonner espoir en l’agriculture, etc.

 

Gret: Quel est l’impact des politiques agricoles et foncières sur la sécurité alimentaire?

I.C. : Ces politiques sont désastreuses. Les Etats ont certes fait de l’agriculture un secteur prioritaire, mais ont tourné le dos à l’agriculture familiale pour vendre des productions agricoles  d’exportation sur le marché mondial et importer du   riz d’Asie, au détriment de la sécurité alimentaire.  La question foncière est centrale: les futures guerres pourraient être dues aux accaparements de terres qui engendrent violence et corruption. Au Mali, il y a trois ans, dans les villages de Sanamadougou et de Saou, un homme d’affaires s’est accaparé par la violence les terres de ces communautés millénaires et  dont  les terres  n’appartenaient  même pas  à celles dont l’Etat dit posséder  la propriété foncière t. La CNOP a soutenu ces communautés à porter  plainte e contre l’Etat malien et nous sommes décidés à aller e jusqu’à la commission des Droits de l’homme  de l’ONU si cela s’avère nécessaire.

 

E.L. : En avril, le Roppa et le Gret ont formé les OP du réseau  sur les politiques agricoles et économiques régionales. Quel était l’objectif ?

I.C. : Cette formation a permis aux cadres de mettre à jour leurs connaissances en matière de processus des politiques agricoles et d’outils pour défendre leurs intérêts  au niveau national et régional. Nous sommes très satisfaits de la collaboration avec le Gret, avec qui nous souhaitons continuer à travailler sur la sécurité foncière, l’agriculture familiale et la volatilité des prix. La sécurité du paysan est le sens du combat du Roppa, les pays développés doivent comprendre que la sécurité alimentaire mondiale dépend des agricultures paysannes  familiales en  Afrique  et veiller à ce que les subventions soient utilisées en conséquence.