Le « faim zéro »doit rester un axe fort du quinquennat

Le « faim zéro »doit rester un axe fort du quinquennat

Sept millions de personnes sont aujourd’hui menacées par la famine au Sahel. Des crises alimentaires alarmantes au Yémen, au Nigéria, au Sud-Soudan et en Somalie avaient déjà secoué l’année 2017. Depuis 10 ans, les catastrophes récurrentes soulignent l’importance des investissements publics dans l’agriculture des pays du Sud. La contribution française en la matière est-elle à la hauteur des enjeux de développement ?

par Carline Mainenti (AVSF), cheffe de file de la commission Agriculture et alimentation de Coordination SUD

Les émeutes de la faim de 2007-2008 ont remis la question de l’agriculture et de la sécurité́ alimentaire en haut de l’agenda international. Depuis, les annonces d’investissement se sont multipliées dans l’agriculture au Sud, en particulier en Afrique. Non seulement de la communauté internationale mais aussi de la part des acteurs privés, qui voient dans l’agriculture des placements financiers rentables.

Ces annonces restent sans effets. Ainsi, entre 2002 et 2009, les décalages entre engagements et décaissements ont pu atteindre 1 milliard de dollars par an sur l’ensemble de l’aide au développement agricole. Certaines initiatives de développement lancées ces dernières années ont, en outre, peu contribué à la sécurité alimentaire des populations du Sud. Les modèles agricoles soutenus et leurs financements basés sur des partenariats publics/privés posent question.

La contribution de la France en matière de lutte contre la faim

A l’instar des institutions internationales, la France a annoncé en 2008 sa volonté de réinvestir le secteur de l’agriculture. Elle s’est engagée à consacrer 2,1 milliards de dollars à la sécurité́ alimentaire mondiale entre 2009 et 2011. Puis le Comité interministériel pour la coopération internationale et le développement (Cicid) a réaffirmé en 2013 la priorité de soutenir les petit·e·s agriculteurs·rices pour lutter contre l’insécurité alimentaire et la pauvreté. En 2014, la loi d’orientation et de programmation sur le développement et la solidarité internationale confirme la sécurité alimentaire et nutritionnelle parmi les priorités françaises.

Pourtant, la sécurité alimentaire ne semble plus aujourd’hui être une priorité. Si elle est rapidement évoquée dans les conclusions du Cicid de 2018, elle n’apparaît plus dans les secteurs prioritaires comme précédemment. La référence au Fonds international de développement agricole et à la FAO donne à penser que c’est à ces institutions que l’on délèguerait la plus grande part de responsabilité́. Pis encore, elle laisse planer un doute sur l’importance accordée par la France à ce domaine.

Autre signal, l’Agence française de développement n’envisage pas de nouveau cadre d’intervention stratégique (CIS) spécifique sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Coordination SUD avait pourtant souligné, lors du bilan du précédent CIS, l’importance d’un cadre opérationnel et transparent. Un cadre avec des indicateurs de suivi et d’impacts, un périmètre clair en matière de sécurité alimentaire et nutritionnelle, rapprochant ainsi la France de l’objectif « faim zéro » d’ici 2030.

Cet article a été publié dans le dernier numéro des NDS (automne 2018 pdf). Retrouvez les principaux articles en html :

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