La situation politique en Haïti au 15 janvier 2011

Actualité

Il y a déjà plus d`un mois que les résultats préliminaires (le 7 décembre 2010) des élections du 28 novembre 2010 ont été donnés et violemment contestés par la rue et ses « ascendants » : manifestations violentes dans la totalité du pays pendant 3 jours. Les trois jours de manifestations disaient ce « ras-le-bol » général et le refus d`accepter un autre mandat du même président à travers son dauphin.

Le président Préval et son appartenance à un « mouvement politique large » occupent la scène depuis 20 ans. Il y a eu beaucoup de fraudes, de tous genres et parfois grossières, surtout – mais pas exclusivement- en faveur du candidat du parti « Inité », dauphin du président Préval, qui est arrivé en deuxième position, après Mme Manigat, avant Michel Martelly. La population, toutes classes confondues, en a assez de ce président, accusé de mille maux, mais aussi de ne pas avoir su prendre la locomotive en marche après le 12 janvier 2010.

Certaines opportunités auraient pu être saisies pour commencer à remettre le pays sur d`autres rails que ceux où il semble parfois un peu « remisé ». M. Préval « se fiche pas mal du pays et de ses concitoyens, il est cynique et audacieux, il doit partir le 7 février » entend-t-on. Non pas que le candidat Michel Martelly, arrivé en troisième position, représente l`espoir du changement, mais peut-être un changement de groupe sociopolitique traditionnel. Cela a suffit à le rendre pseudo-populaire et des bandes de jeunes et moins jeunes scandaient « Ba nou tèt kale a ! » (« Donnez nous le chauve »…Michel Martelly a en effet la tête rasée), avec conviction.

Suite à ces revendications, et d`autres prises de positions nationales, le gouvernement a fait appel à l`expertise de l`OEA pour vérifier les résultats des présidentielles. De délais en délais, comme si on nous faisait attendre et patienter outre mesure, la commission OEA a rendu son rapport depuis 2 jours et rien ne filtre de la part du CEP ni du gouvernement. Ce qui veut dire que plus d`un mois après les premiers résultats, malgré les actions conjointes de l`internationale et du gouvernement, le CEP- après lecture du rapport des experts de l`OEA- n`a pas encore dévoilé sa décision de savoir qui ira au deuxième tour, quand aura lieu ce 2 ème tour, voir si le premier tour sera annulé…

Une attente difficile, parsemée de rumeurs et de scenarii divers, mettant en évidence la crédibilité et la moralité des institutions internationales en Haïti, la difficulté des partis politiques nationaux à faire des consensus et à avoir des propositions concrètes et soutenues par une majorité de la population, la faiblesse ou la fragilité de la société civile actuelle. Le président fait un peu la sourde oreille- ou se fait tirer l`oreille ?- pour quitter un pouvoir âgé de 20 ans (certes encore jeune et ambitieux !), écoulé à travers diverses fonctions politiques qu`il a occupé au sein des différents quinquennats. Il joue sur les dates : 7 février ou 14 mai 2011, répondant ainsi aux dits constitutionnels, ceux-ci toujours interprétables.

Les enjeux de ces élections

Ils sont importants, car le pays s`apprête à recevoir et devoir gérer d`énormes financements pour la reconstruction ; le changement de « pôle ou orientation politique » pourrait donner une autre allure ou direction au pays, d`autres décisions de la part des bailleurs de fonds étrangers. …. C`est aussi une dernière –ou avant dernière ?- chance d`échapper à la « perfusion humanitaire » qui immobilise le pays sur son lit d`hôpital…et le l`empêche de sortir plus loin que la cour, « sérum »au bras. Le malade ne peut pas voir à quoi ressemble le « vrai » monde et comment faire pour y trouver sa place de façon équitable. …..

Encore faut-il de l`énergie et de l`espoir pour aller plus loin que la cour rassurante, malgré ses contraintes ! Pourquoi utiliser tous ces parcours dilatoires et labyrinthiques pour continuer et achever le processus électoral, arrêté en pleine course ? Que veut-on nous faire « avaler » de si indigeste ? Au- delà de tout cela, le président Préval est au terme de son mandat (5 ans) ; les dates évoquées pour la passation de pouvoir oscillent entre 7 février et 14 mai (selon les différentes interprétations de la loi électorale au sein de la Constitution). La question des élections législatives et sénatoriales revêt aussi une importance : le Parlement, d`après les résultats du premier tour, sera à majorité « Inité », le parti de Préval : comment gouverner ?

Aperçu de la situation socio-économique un an après

Beaucoup d`émotion ce jour-là….Cela ressurgit spontanément et personne n`y a échappé. Le passé ne doit certes pas être un frein à l`avenir, ni une rengaine aux couleurs défraîchies et hors de la palette, mais « ce » passé est encore vivant dans tous les cœurs, les têtes de ceux qui sont présents ce 12 janvier 2011. Il est difficile de ne pas céder à l`émotion, lors de certaines commémorations, certains mots, certains gestes, ou certaines musiques, qui ramènent des images récentes, des sensations, des sentiments intenses. C`est humain, chacun le vit à sa façon. Des témoignages de toutes sortes ce jour-là : cérémonies religieuses de toutes les religions représentées dans le pays, mais pas œcuméniques ! Chacun croit et défend « son » Dieu, plus vrai et meilleur que celui des autres qui reste un imposteur ! Des cérémonies officielles, culturelles, ont marqué ce jour, rappel aussi de notre impuissance et légèreté de plume-duvet sur la terre malgré l`arrogance, l`orgueil et l`audace qui caractérisent parfois nos réparties ou nos actions.

Le pays un an après

Devant l`ampleur des destructions et ses conséquences, il est difficile d`être formel, de dire « rien n`a été fait, ou si peu ». Il est certains que des milliers de personnes vivent encore, un an après, sous des tentes et des prélats, dans des conditions sanitaires inacceptables, avec des problèmes familiaux aggravés par le manque d`espace, d`argent disponible. Malgré des initiatives de nombreuses ONG pour créer des emplois – ou ne pas laisser les gens inactifs- le « Cash for work » (qui consiste à payer quelqu`un 200 G/ jour pour balayer la rue, retirer des décombres à l`aide d`une pelle et d`une brouette), n`a pas donné de résultats extraordinaires !!

Il est certain que l`épidémie de choléra n`a fait que compliquer la situation et que le calendrier électoral a aussi fait plus de laissés pour compte : la campagne électorale et ses suites donnent lieu à un « brassage » d`argent qui aurait pu être utilisé autrement. Cependant on sait que dans tous les pays les élections représentent des enjeux importants.

La CIRH , formée après le 12 janvier 2010 et dont les deux directeurs sont Bill Clinton et le premier Ministre Jean-Marc Bellerive, n`a pas encore donné la preuve de son efficacité ; des projets ont certes été proposés, étudiés, par rapport à un plan global de reconstruction, que l`on espère viable mais qui n`a jamais été présenté à la population ! Le gouvernement reste un peu timide et effacé en ce qui concerne les grandes lignes de la reconstruction, les grands axes prioritaires ; les secousses du 12 janvier 2010 et leurs répliques ont ouvert des failles pas encore comblées. Les ONG et OI présentes sur le terrain ont certes contribué à améliorer la situation- dans certaines zones, et par certains de leurs différents projets. Mais on ne peut pas dire que leurs actions sont toujours bien adaptées au contexte ni bien coordonnées entre elles. Si, en effet, le gouvernement ne contrôle pas toutes les ONG par manque de rigueur parfois, ces dites ONG viennent toutes de pays organisés et savent la valeur de la loi, les principes qui régissent le fonctionnement des ONG ailleurs comme ici ; pourquoi s`y soustraire ici ??

Depuis quelques mois, il faut quand même remarquer quelques avancées…La rentrée scolaire – et pour certaines universités ou écoles supérieures d`enseignement -a eu lieu à la date prévue, des chantiers de construction s`ouvrent partout dans la capitale (maisons individuelles, commerces, banques etc..), beaucoup de rues sont maintenant libres pour la circulation (elles étaient auparavant encombrées par des décombres et des tentes).

Des programmes d`appui sociaux et économiques touchent une partie de la population, un pourcentage difficile à évaluer, peut-être minime…Des monuments et œuvres d`art touchés par le séisme ont été recensés et pris en charge pour être restaurés, comme le fameux « marché Hyppolite », au centre ville. Des efforts ont été faits aussi en terme d`approvisionnement de courant électrique, avec l`apport d`une autre usine électrique à la capitale. Des projets sont en cours, dans différents domaines mais toute l`information permettant d`avoir une vision d`ensemble et une évaluation des réalisations ne circule pas ; il n`ya pas vraiment de coordination.

Conclusion partielle et conjoncturelle

La lenteur, l`indécision, le peu de décision dont fait preuve le gouvernement pour accélérer et achever le processus électoral laissent à penser qu`il est encore plus urgent que M. Préval arrive rapidement au terme de son mandat et que le pays puisse se retrouver avec de nouveaux dirigeants et une autre dynamique pour pouvoir répondre aux grands défis et chantiers qui l`attendent.

Une nouvelle défraie la chronique et nous arrive avant de conclure cet épisode : le retour au pays de l`ancien dictateur Jean-Claude Duvalier. Il est arrivé le 16 janvier, en provenance de France et avec un passeport diplomatique. Personne ne semblait vraiment au courant de son arrivée..Est-ce croyable ? Les avis sont partagés, lui n`a fait qu`une courte déclaration « il souhaitait depuis longtemps « revoir son pays, inquiet des images horribles que l`on en a à l`étranger, et également aider la population s`il le peut »

Un humanisme en contradiction avec son départ précipité en 1986 avec –en poche- près de 800 millions de dollars détournés des caisses de l`état !