La Charte éthique de Coordination SUD fait peau neuve

La Charte éthique de Coordination SUD fait peau neuve

Le 20 juin dernier, après plus d’un an de travail et de consultation, les organisations membres de Coordination SUD ont adopté leur nouvelle Charte « Une éthique partagée ». L’occasion de réaffirmer et de renforcer les valeurs et les principes qui les rassemblent.

La Charte éthique de Coordination SUD est un document de référence, constitutif de tout dossier de demande d’adhésion et d’animation de la vie associative. Elle guide l’action, inspire les choix et fait vivre des principes éthiques qui rassemblent toutes ses organisations membres. Elle fédère au service d’une vision commune : agir pour un monde où la participation de tous et de toutes est mobilisée pour promouvoir une humanité sans pauvreté, sans inégalités et sans injustice. Un monde de solidarité et d’égalité où les droits humains et l’environnement sont respectés. Elle constitue le fondement des rapports de confiance entre Coordination SUD et ses membres ainsi que leurs parties prenantes.

Depuis 1997, toutes les ONG françaises adhérentes à Coordination SUD sont signataires de la Charte « Une Ethique partagée ». Une évolution du texte s’avérait cependant nécessaire pour s’adapter et intégrer au mieux les évolutions du secteur de la solidarité internationale, tout en renforçant la cohérence avec les autres documents constitutifs de Coordination SUD.

Dès le lancement du chantier de révision, la nouvelle Charte éthique de Coordination SUD s’est construite selon un mode collectif et participatif. Mandaté par le Conseil d’administration et animé par le Secrétariat exécutif, un groupe de travail ad hoc a été constitué de façon à intégrer : des représentants et représentantes des différents collectifs membres et de toute organisation souhaitant y participer, les administrateurs et les administratrices référentes de commissions (Genre – Qualité, transparence et efficacité – Adhésions). Une première consultation des membres a été lancée à l’occasion d’un atelier dédié, lors de l’Assemblée générale de Coordination SUD en juin 2018. Les échanges avaient alors mené à un constat : le texte de 1997 révisé avait besoin d’une transformation plus profonde. Le groupe de travail a ainsi recentré la charte autour de huit grands principes éthiques partagés, proposant ainsi un texte court et engagé sur : la gouvernance et la vie associative, l’engagement citoyen, le respect des personnes, l’indépendance, les financements, le partenariat équitable, l’amélioration continue de même que la transparence et la redevabilité.

 

Une démarche en lien avec la lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Inscrite comme l’une de ses priorités stratégiques, Coordination SUD est engagée depuis plus d’une dizaine d’années dans la promotion de l’approche genre en son sein et auprès de ses membres.

Cette question est au cœur du travail de la commission Genre et développement, qui porte un plaidoyer résolu pour l’intégration du genre dans la politique de développement française et facilite l’échange de pratiques et d’expériences dans le domaine. Elle a ainsi porté avec le F3E un projet de transversalisation au sein des organisations de solidarité internationale entre 2016 et 2018.

Mais au-delà de ces premières initiatives, les révélations par les médias de cas de violences sexuelles et sexistes perpétrées dans le cadre d’actions de solidarité internationale ont toutefois fait ressortir les besoins de renforcement du réseau en matière de prévention et de traitement des violences basées sur le genre.

Pour faire face aux interrogations et aux interpellations des médias comme de l’opinion publique, Coordination SUD a d’abord voulu réaffirmer son attachement au respect des personnes et son engagement dans la lutte « contre toutes les formes de domination et de discrimination, ici et là-bas, en [son] sein et à l’extérieur » à travers sa Charte éthique.

En tant qu’organisations sociales, les associations reflètent et reproduisent à leur échelle les normes sociales de genre de leur environnement. Elles sont donc tout aussi susceptibles d’être le lieu de violences sexuelles et sexistes que n’importe quelle autre organisation. Il est donc important que les membres de Coordination SUD se saisissent pleinement de cette question.

Pour accompagner ses membres dans la mise en place de procédures spécifiques de prévention et du traitement des violences sexistes et sexuelles, Coordination SUD a également lancé un cycle d’ateliers visant à les informer, les sensibiliser et les renforcer sur ce sujet. Pour cela, elle s’est appuyée sur des expertises externes, comme l’Alliance des Avocats pour les Droits de l’Homme (AADH) sur les responsabilités des organisations de solidarité Internationale en tant qu’employeur et les dispositifs d’alerte, ou l’association Stop aux Violences Sexuelles sur le polytraumatisme corporel, psychique et sensoriel que provoque ce type de violences. Un sujet primordial à comprendre pour accompagner au mieux les personnes qui ont subi de telles violences.

D’autres ateliers seront organisés en fonction des besoins identifiés et des fiches Pratiques & outils seront publiées.

Lors de l’AG du 20 juin 2019, les membres de Coordination SUD évaluent leurs pratiques au regard des huit principes éthiques de la charte nouvellement adoptée.

Pour une charte dynamique

Désormais, toute nouvelle adhésion vaudra adhésion à la nouvelle charte. Mais un texte n’a de valeur que si ses signataires se l’approprient et si son application est régulièrement interrogée. Aussi Coordination SUD propose-t-elle de s’auto-évaluer régulièrement sur chaque principe selon son niveau de mise en œuvre. Une grille d’analyse a été proposée et un test grandeur nature a été réalisé lors de l’Assemblée générale du 20 juin 2019. Proposé sous une forme conviviale et ludique, l’exercice d’autoévaluation encourageait l’appropriation des articles de la charte éthique à travers un questionnement sur les modes d’organisation actuels des membres. Il a également contribué à favoriser les échanges sur les modalités de mise en œuvre possibles, les succès rencontrés, les difficultés constatées ou anticipées. Enfin, il a permis de dédramatiser l’autoévaluation, stimuler l’envie et l’intérêt à contribuer aux prochaines auto-évaluations sur la charte éthique.

Il s’agit en effet désormais de poursuivre et de déployer la démarche éthique réaffirmée, de façon volontaire et proactive, en tenant compte de la diversité des membres.

A travers l’auto-évaluation volontaire, Coordination SUD entend faire de sa charte un outil vivant, permettant d’identifier les besoins en renforcement des organisations de solidarité internationale. Elle est à appréhender comme un levier de l’intelligence collective favorisant le partage d’expériences et la mutualisation de pratiques. Il s’agira également de consolider l’organisation interne dédiée au suivi de la mise en œuvre de la charte, afin d’inscrire l’éthique dans la réalité quotidienne. La diffusion d’une culture du dialogue et de la transparence soutiendra le déploiement de la nouvelle charte éthique de Coordination SUD.

Par Leslie Sobaga, Agathe Lo Presti (Coordination SUD) et Aurélie Cerisot (Groupe Initiatives)

Cet article a été publiée dans le numéro 175 d’été 2019 de Nouvelles de SUD.