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La pandémie a durement frappé nos équipes sur le terrain et considérablement compliqué la prise en charge des plus vulnérables, en particulier les personnes vivant avec le VIH/Sida. Le témoignage d'Ibrahima Diallo, médecin et coordonnateur des services de traitement ambulatoire de l’hôpital d'Ignace Deen à Conakry.

La pandémie de la COVID-19 a entraîné des bouleversements dans les services de santé en Afrique. Quel a été le service le plus touché par la pandémie chez-vous ? Dans notre centre, depuis mars, ce sont 430 malades qui ont été  signalés comme « perdus de vue ». Les patients font face à des obstacles accrus pour venir chercher leur traitement. Nous avons réussi à en retracer une centaine, mais cela reste l’un des effets majeurs de la pandémie: la prise en charge du VIH/Sida. Certains malades sont peut-être morts de la Covid-19 en raison de leur santé fragile ou ils ont tout simplement préféré se tourner vers leurs guérisseurs locaux plutôt que de venir au centre de santé…

 

Comment avez-vous fait, dans ce contexte, pour maintenir les soins ?  La pandémie a entraîné la réorganisation de nos services. Nous avons espacé les rendez-vous et, en accord avec les directives gouvernementales, donné aux patients des stocks plus importants de médicaments, pour limiter leurs déplacements et diminuer les risques de contamination. Et on a gardé avec eux un lien par téléphone, en leur laissant notre numéro et en leur disant d’appeler au moindre problème. La pandémie nous a contraints à interrompre les groupes de parole qui permettaient de répondre aux préoccupations des patients sur des sujets comme l’alimentation, l’intimité, la procréation… Ils ou elles se sont retrouvé·e·s d’autant plus isolé·e·s.

 

Pensez-vous que la pandémie ait entraîné un retour en arrière dans la prise en charge du VIH/Sida en Guinée ? Je suis tout à fait d’accord pour dire qu’il y a eu un vrai retour en arrière. Si vous saviez l’engouement qu’il y a eu autour de la prise en charge des PVVIH au moment de son introduction en Guinée ? On sentait un réel espoir. Mais après la COVID-19, on constate une forme de léthargie, liée au fait que certain·e·s patient·e·s ont abandonné le Centre. On a tendance à oublier le VIH dans le contexte de cette crise sanitaire, mais le VIH tue également. Les prochains mois devront être consacrés à rattraper ce retard.

 

 

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