Gaza : un allègement du blocus est insuffisant !

« Quand bien même les changements dans la politique de blocus annoncés par le gouvernement israélien le 20 juin et le 5 juillet derniers représentent des avancées, ils ne concernent pas les biens nécessaires à la reconstruction de l’économie de Gaza ni ne répondent aux exigences du droit international », déclarent ces ONG dans une lettre adressée aux ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne ainsi qu’à sa haute représentante, alors que ces derniers sont sur le point de discuter des prochaines étapes concernant le blocus lors d’une réunion du Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne à Bruxelles le 26 juillet.

En vue d’obtenir des avancées concrètes vers la levée du blocus, ces ONG appellent l’Union européenne à peser sur les parties en présence pour qu’ils agissent dans 5 domaines clés* : • Mettre fin à l’interdiction des exportations depuis Gaza ; • Autoriser le mouvement des personnes entrant et sortant de Gaza ; • Assurer la capacité suffisante et l’efficacité des points de passage ; • Autoriser l’entrée de matériaux de construction pour le secteur privé ; • Assurer l’accès aux terres agricoles et aux zones de pêche de Gaza.

« Nous croyons que la priorité doit être de garantir des engagements clairs sur ces questions, plutôt que sur la seule mise en œuvre des changements annoncés » affirment les organisations dans leur appel. Elles ajoutent que l’Union européenne devrait également s’assurer que ces points constituent des éléments centraux dans la stratégie du Quartette pour le Moyen-Orient, dont elle fait partie, et de son envoyé Tony Blair.

Selon Kate Allen, directrice d’Amnesty International au Royaume-Uni : « Interdire les exportations et le mouvement des personnes a détruit l’économie de Gaza et condamné sa population à la pauvreté et à dépendre de l’aide pour survivre. Au lieu de punir collectivement l’ensemble de la population civile, Israël doit se conformer à ses obligations en tant que puissance occupante selon le droit international et procéder à une levée immédiate et entière du blocus. »

Ces organisations font valoir que même selon l’Accord sur le mouvement et l’accès (AMA) de 2005, signé par Israël, les exportations avaient été fixées à 400 camions par jour. Pour autant, seulement 259 camions au total ont quitté Gaza depuis le début du blocus il y a trois ans. Les annonces récentes ne prévoient aucune disposition pour les exportations ; pourtant, « il ne peut y avoir de redressement économique à Gaza sans exportations », affirment ces ONG. Avant le blocus, l’économie de Gaza était fortement dépendante des exportations dans des secteurs comme le mobilier, l’habillement et les textiles, les produits alimentaires et agricoles.

Ces organisations insistent également sur la nécessité de lever l’interdiction de mouvement des personnes afin de permettre aux Palestiniens de commercer, travailler, étudier, accéder à des traitements médicaux et visiter les membres de leurs familles. Les mouvements entre Gaza et la Cisjordanie sont essentiels pour un « fonctionnement sain de la société palestinienne et pour le développement de son économie » ajoutent les organisations.

L’Association des agences de développement international (AIDA)** , basée à Jérusalem et rassemblant plus de 80 organisations humanitaires et de développement actives dans le Territoire palestinien occupé, dont Gaza, a de son coté publié une déclaration insistant sur le caractère insuffisant d’un simple allègement du blocus. Ne pas pouvoir sortir de Gaza peut avoir des conséquences catastrophiques, affirme AIDA, qui rappelle que selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 63 personnes dont 22 enfants sont mortes en attendant de pouvoir bénéficier de soins médicaux hors de Gaza entre février 2008 et juin 2010***.

Les membres d’AIDA déplorent que les propositions en cours ne prévoient aucun changement concernant le régime d’autorisation extrêmement restrictif et sélectif régissant la possibilité pour les personnes d’entrer ou sortir de Gaza. En conséquence, le personnel des organisations humanitaires et de développement membres de AIDA continuera d’être confronté à des difficultés importantes pour se déplacer vers et hors de Gaza et mettre en œuvre leur travail humanitaire. Seul 39% des permis d’entrée ou de sorties pour Gaza ont été approuvés par les autorités israéliennes au cours des deux derniers mois.

« Garantir que les personnes peuvent se déplacer dans et hors de Gaza constitue un élément de la levée du blocus, au même titre que le mouvement des marchandises. Cela concerne en particulier les patients nécessitant un traitement, les étudiants pour poursuivre leurs études en dehors de Gaza, ou encore les travailleurs humanitaires qui ont besoin de se rendre dans Gaza pour mener à bien leur travail vital. Nous demandons à la communauté internationale, tandis qu’elle continue de travailler avec Israël pour résoudre la question du blocus, de faire de la liberté d’accès pour les civils palestiniens et les travailleurs humanitaires une priorité à son agenda avec toutes les parties », explique Martha Myers, présidente du Comité exécutif d’AIDA et chef de mission Cisjordanie et Gaza pour Care International.

CONTACT

Olivia Chouquet – Secours Islamique France
chouquet@secours-islamique.org
06 24 10 29 29

NOTES AUX REDACTIONS

  • L’intégralité du texte relatif aux cinq étapes prioritaires vers une levée complète du blocus et la reconstruction de l’économie de Gaza, tel que détaillé dans la lettre rédigée par les ONG, est comme suit :
  1. Autoriser les exportations depuis Gaza Il ne peut y avoir de redressement économique ni de développement sans exportations. Dans le passé, l’économie de Gaza reposait largement sur les exportations de biens tels que des meubles, des vêtements et de textiles, des produits agricoles et alimentaires, qui fournissaient de quoi vivre à des dizaines de milliers de travailleurs et leurs familles. Même l’Accord sur le mouvement et l’accès (AMA) signé en 2005 par Israël prévoit des exportations à hauteur de 400 camions par jour. Pour autant, au cours de trois années de blocus, seulement 259 camions d’exportation au total ont été autorisés à sortir de la bande de Gaza.
  2. Autoriser le mouvement des personnes entrant et sortant de Gaza L’interdiction de mouvement des personnes doit être levée afin de permettre aux Palestiniens de se déplacer librement, notamment pour commercer, travailler, étudier, accéder à des traitements médicaux, et visiter les membres de leurs familles. En particulier, les mouvements entre Gaza et la Cisjordanie, qui constituent une seule et unique unité territoriale reconnue par la communauté internationale, sont essentiels pour un fonctionnement sain de la société palestinienne et pour le développement de son économie.
  3. Assurer l’efficacité et une capacité suffisante des points de passage Israël a exprimé son intention d’augmenter la capacité du point de passage de Kerem Shalom. Si, tel qu’annoncé, la capacité d’importation à Kerem Shalom est étendue à 250 camions par jour, cela ne sera pourtant pas suffisant pour permettre le niveau d’importation et d’exportation requis. Il est essentiel de rouvrir le point de passage de Karni, construit et équipé à l’aide d’investissements de la communauté internationale, qui permet le passage de plus de 750 camions par jour vers et en dehors de Gaza, et implique des coûts de transport bien moindres que Kerem Shalom.
  4. Autoriser les importations de matériaux de construction pour le secteur privé La nouvelle « liste négative » d’Israël peut augmenter l’afflux de matériaux pour des projets autorisés par l’Autorité palestinienne et réalisés par la communauté internationale. Néanmoins, du fait des procédures approfondies de coordination et de surveillance, il est probable que des délais intenables continueront d’être appliqués. Par ailleurs, la liste négative continue d’empêcher le secteur privé et des civils de reconstruire leurs maisons, leurs commerces ou autres propriétés, les importations de matériaux comme le béton, le bitume ainsi que la plupart des produits en acier ou en bois étant interdits pour les projets du secteur privé. Ces produits ne font pas partie de la liste de biens à double usage établie par l’Arrangement de Wassenaar et reconnue internationalement, qui de plus est intégrée à la législation nationale israélienne.
  5. Assurer l’accès aux terres agricoles et aux zones de pêche de Gaza La zone tampon imposée par Israël couvre en effet près d’un tiers des terres arables de Gaza et vient entraver la production agricole. Les zones de pêche pour Gaza ont été successivement réduites par Israël de 20 à seulement trois miles nautiques ; cela engendre des rendements très faibles et participe à près de 90% du taux de pauvreté parmi les 4000 pêcheurs de Gaza. Les civils palestiniens pénétrant ou s’approchant de ces zones ont été la cible de tirs et, dans plusieurs cas, ont été tués. Il est urgent de résoudre ces deux questions – tout en assurant la sécurité d’Israël comme des civils palestiniens – pour reconstruire l’économie et permettre de vivre dignement à Gaza.
  • La déclaration d’AIDA est disponible sur demande. AIDA est un groupement de plus de 80 organisations humanitaires et de développement, actives sur le terrain dans le Territoire Palestinien occupé.
  • OMS, Referral abroad of patients from the Gaza Strip : Monthly report, Juin 2010, WHO West Bank and Gaza.

 

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