G7 : que demande la société civile ?

G7 : que demande la société civile ?

Première rencontre ce 5 février entre le C7 et les sherpas du G7. Au programme les recommandations de la société civile adressées aux chefs d’États. Ça se passait à Lyon. Explications.

Ce 5 février, une quinzaine de représentants et représentantes de la société civile ont rencontré les sherpas, conseillers diplomatiques, des chefs d’État membres du G7. A la préfecture du Rhône, cette première prise de contact s’est bien déroulée et l’écoute des sherpas attentive pour les recommandations portées par les deux représentantes du W7 et par la Task force mondiale représentant le C7. Ces recommandations s’inspiraient de celles formulées par Coordination SUD et son comité de pilotage ad’hoc sur le G7 et s’inscrivaient dans la cadre de la déclaration publiée par Coordination SUD au moment du lancement de la présidence française du  G7.

Le Civil 7 (C7) a été officiellement créé en 2000 à l’occasion du Sommet d’Okinawa au Japon et entend donner une place à une expression des sociétés civiles des 7 Etats membres au sein des négociations du G7. Si la participation de la société civile dans le C7 est coordonnée par la Task-force mondiale (Global Task Force), l’organisation du C7 en France est placée sous la responsabilité de Coordination SUD.

Ces recommandations couvrent un champ large de sujets, placées sous le signe des inégalités, comme le G7 lui-même à l’initiative d’Emmanuel Macron : lutte contre toute forme de pauvreté, contre le changement climatique ou encore dans la prévention des conflits. Cette lutte vise à ce que chacun et chacune aient accès aux mêmes services et opportunités, par exemple en santé, dans l’éducation ou tout simplement d’avoir la possibilité de se nourrir. Enfin, et c’est un point sur lequel nous reviendrons dans un article détaillé consacré spécifiquement aux recommandations sur le genre, cette question était prise en compte dans chaque thématique et en elle-même.

Les propositions faites par les membres de la Task force mondiale visent à la construction d’un développement durable et résilient ainsi que la promotion des droits et du développement humains

 

La Task-force mondiale est une coalition informelle réunissant environ 170 organisations, 400 personnes, issues de tous les pays du G7. Elle est ouverte à toute organisation souhaitant s’investir sur le G7 et intègre des organisations non-gouvernementales nationales ou internationales. Elle prend part aux réunions avec les sherpas du G7 et avec le Civil 7(C7). Outre le Civil 7, il y a 6 autres « groupes d’engagement ». Chaque groupe organise un sommet en amont et à l’instar du G7 : B7 (business), C7 (civil), L7 (labor), S7 (science), T7 (think tanks), W7 (women), Y7 (Youth).

 

Des initiatives mais pour quels effets ?

A quoi sert-il que le G7 prenne des initiatives si celles-ci ne sont pas suivies d’effets ? Pourquoi annoncer des financements pour des projets quand en fait, il ne s’agît que de réaffectations budgétaires ? Un exemple, l’éducation. Des engagements financiers lors du G7 canadien de 2018 ont été pris, soit 3,8 milliards de dollars canadiens.  « Mais la plupart des ressources annoncées étaient en fait des ressources recyclées, des engagements issus de donateurs qui ne font pas partie du G7 » fait remarquer Lea Rambaud de la Coalition éducation. De même, vouloir sortir 500 millions de personnes de la faim, une décision du G7 de 2015, implique d’avoir des précisions très concrètes sur les investissements, leur traçabilité. Bref nous l’aurons compris, la redevabilité est un sujet crucial au centre de toutes les préoccupations de la Task force. Pourrait-elle d’ailleurs participer à l’examen de ce qui a été réalisé ?

Désertification

Environnement, climat et énergie : un contexte difficile

Le climat est un sujet compliqué au niveau du G7 comme le rappelle Lucile Dufour (Réseau action climat), co-présidente avec Gillian Nelson (We Mean Businees) du groupe de travail climat au sein de la Task Force mondiale. Un contexte plus difficile encore depuis la décision des États-Unis de se retirer de l’Accord de Paris. « Et pourtant nous sommes dans une situation d’urgence climatique, selon Lucille, nous avons besoin que ces leaders, celles et ceux des plus grandes économies de la planète, prennent les devants sur la question de l’action climatique. »

Alors que le G7 se tiendra quelques semaines avant le sommet des Nations unies sur le changement climatique, les leaders du G7 ont l’opportunité d’envoyer un signal, d’avoir une vraie ambition climatique. Pour se faire, deux moyens sont envisagés explique Lucile : « nous avons absolument besoin que les pays du G7 non seulement s’engagent à relever leurs objectifs nationaux au travers des contributions qu’ils font dans le cadre de l’Accord de Paris, mais aussi qu’ils visent des stratégies de long terme, d’ici à 2050, pour réduire à zéro leurs émissions de gaz à effet de serre, pour atteindre ce qu’on appelle la neutralité carbone. Ce premier point important permet de donner une direction et de se remettre en ligne avec une trajectoire de limitation du réchauffement à 1,5 degré ».

La question des financements est alors essentielle. Les États du G7 doivent donc reconnaître l’importance de la finance publique en réaffirmant leur promesse de mobiliser 100 milliards de dollars d’ici 2020 dans les pays en développement et qu’ils abondent avec ambition le Fonds vert pour le climat. Nous devons donc changer nos économies et aller vers des économies bas-carbone. Le G7 doit définir une trajectoire pour atteindre cet objectif.

Dans la continuité du G7 canadien, celui de France doit réaffirmer un principe clé : la transition énergétique doit être juste, particulièrement lors de l’abandon des énergies fossiles. Les politiques climat doivent être acceptables d’un point de vue social.

Côté genre, comme l’explique Lucille : « Il s’agit de manière générale de faire en sorte que les politiques climatiques promeuvent l’égalité des genres et donc contribuent à l’égalité entre les femmes et les hommes. ». Il est important alors d’augmenter les financements climat ayant un co-bénéfice sur le genre.

 

Paix et sécurité : beaucoup de travail en perspective

Bertrand Effantin (Mercy Corps) représentait avec Richard Morgan (Plan international UK) le groupe de travail Paix et sécurité de la Task force mondiale. «  Nous avons voulu montrer aux gouvernements du G7 que les conflits sont imbriqués avec d’autres enjeux, comme ceux du climat et de l’environnement, mais aussi celui de la gouvernance, par exemple au regard de la place des femmes dans les processus de paix. » La participation des femmes doit être accentuée et la perspective genre intégrée à tous les efforts de paix et de sécurité.

L’accès humanitaire est de plus en plus contraint. Cela a été constaté à plusieurs reprises, notamment au Yémen. Il est donc nécessaire d’assurer un réel accès, sans entrave, aux personnels humanitaires. Leur protection doit être renforcée. De plus, le G7 doit mettre en œuvre la résolution onusienne pour casser le cercle vicieux entre faim et conflit et interdire l’usage de la famine comme arme de guerre. 60% des personnes souffrant de la faim vivent dans des régions affectées par des conflits.

Lire aussi : L’accès humanitaire ou l’agonie pour le Yémen

 

Côté financements, c’est le doublement des fonds alloués à la prévention et l’atténuation des conflits qui est demandé, notamment via la consolidation de la paix et l’empêchement du recrutement d’enfants soldats.

Il est par ailleurs demandé de préciser comment l’initiative de « partenariats du G7 pour les femmes, la paix et la sécurité » lancée en 2018 se traduit concrètement en actions et financements.

 

Magasin d'alimentation

Agriculture et sécurité alimentaire :

Pour Valentin Brochard (Action contre la faim), co-président avec Francesco Aureli (Women Deliver) du groupe de travail sur le sujet au sein de la Task force mondiale, « nous sommes à un moment un peu critique au niveau de la lutte contre la faim dans le monde. Pour la troisième année consécutive le nombre de personnes sous-alimentées au niveau mondial est en hausse avec 821 millions de personnes souffrant de faim actuellement. C’est à peu près le même chiffre qu’il y a 10 ans. » De quoi faire de la faim un impératif du G7.

Mais entre les intentions et la réalité, l’écart reste immense. Le G7 doit donc rendre compte des effets de ses décisions, ceci avec transparence. Actuellement, il n’est pas possible de mesurer l’impact des promesses précédentes. L’insécurité alimentaire, à l’origine de conflits, mériterait d’être mieux combattue en favorisant l’agroécologie paysanne d’autant plus qu’il faudrait reconnaître l’inefficacité des approches traditionnelles promouvant le secteur privé. A ce titre, le C7 demande que les pays du G7 reconnaissance l’inefficacité de la  Nouvelle alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition (Nafsan) et s’y retirent tous à l’instar de la France.

 

Santé : les sujets qui fâchent

La santé et les droits sexuels et reproductifs est un sujet de fâcheries récurrentes au sein des G7 successifs. « Il y a une lutte régulière au G7 et nous avons voulu continuer cette lutte parce que c’était un peu l’ambivalence du G7 Canada. D’un côté, cette question était importante pour les Canadiens et son Premier ministre, mais nous savions bien que la proximité avec les États-Unis posait problème pour le Canada. » explique Marvin Meier (Word Vision Germany), co-président avec Thoko Elphick Pooley (United to Combat NTDs) du groupe Santé de la Task force mondiale. « Dans beaucoup de cas, les femmes n’ont pas le droit de parler de sexualité, de dire non à la sexualité, ou de dire oui. Elles ne peuvent pas toujours contrôler leur fertilité. Nous savons bien que ça tue des femmes ».  Aussi demande a été faite de réaffirmer la priorité sur les droits et la santé sexuels et reproductifs.

Autre recommandation forte, la nécessité de promouvoir la santé primaire pour atteindre la couverture universelle de santé. De nouveaux financements sont nécessaires pour aider les pays partenaires, notamment en prévention et promotion de la santé.

 

Lire à ce sujet : Des soins de santé primaires à la couverture universelle – le rêve accessible

 

Cette année, la France accueillera la conférence de reconstitution du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et la malaria. Arriveront aussi d’autres moments clés pour les initiatives mondiales comme Gavi l’alliance vaccin et le fonds pour l’éradication de la polio. Les contributions des pays du G7 doivent être augmentées, de même, le soutien financier à l’OMS.

 

Ecoliers à Madagascar

Et l’éducation dans tout ça ?

Pour lutter contre les inégalités, promouvoir les droits, la liberté mais aussi la dignité, une éducation de qualité, inclusive, est indispensable. Aucune personne ne doit rester à la traine, quels que soient son genre, son âge, son  statut, son  lieu de vie ou encore ses capacités. « Nous nous apercevons au niveau français que l’aide à l’éducation dirigée vers les pays d’Afrique sub-saharienne et l’éducation de base, c’est-à-dire qui inclut le plus jeune âge jusqu’au secondaire, est insuffisante  » rapporte Léa Rambaud (Coalition éducation), co-présidente avec James Cox (Theirworld) du groupe Education de la Task force. La demande est claire : que les pays du G7 affectent 15% de leur aide publique au développement et au moins 4% de leur aide humanitaire à l’éducation.

L’atteinte d’une éducation de qualité et inclusive passe par une approche holistique faisant évoluer favorablement les inégalités de genre en place. Les états partenaires doivent être aidés pour promouvoir l’égalité de genre au travers d’une assistance technique et financière et des environnements éducatifs « gender-friendly »,  protecteurs.

D’où aussi la demande d’avoir un budget qui soit transparent, des directions précises et un agenda pour les 3,8 millions de dollars canadiens annoncés en 2018 en faveur de l’éducation des adolescentes dans les pays en développement.

 

Avec ces premières recommandations et propositions, la balle est, aujourd’hui, dans le camp des sherpas ; la suite lors des prochaines rencontres ministérielles et, surtout, conclusion lors du sommet G7 de Biarritz prévu fin août prochain.