Forêts et climat : deux témoignages du Sud

Forêts et climat : deux témoignages du Sud

La forêt joue et un rôle clef dans la mécanique climatique. Pour en assurer une contribution optimale, de nombreux enjeux doivent être pris en compte : préservation des conditions de vie des populations locales, préservation de la biodiversité etc. La gestion de cette complexité nécessite une participation étroite de la société civile. Or dans les pays forestiers tropicaux, espace géographique sur lequel se sont focalisés les débats, la gouvernance forestière fait face à de nombreux défis.

Témoignages de deux représentant·e·s d’associations du sud intervenus hier.

Coordination SUD et Fern organisaient, le lundi 1er octobre, un grand colloque sur le rôle des forêts dans les contributions déterminées au niveau national (CDN), c’est-à-dire dans le cadre des engagements des États à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour atteindre l’objectif de limitation du réchauffement climatique à 1,5°C, tel qu’inscrit dans l’Accord de Paris. Cet événement, accueilli par le ministère de la Transition écologique et solidaire, a réuni près de 100 personnes issues des ONG (françaises et internationales), d’établissement publics (AFD, Expertise France), d’entreprises et d’institutions publiques françaises et européennes.

« Il convient de s’attaquer au problème de la corruption, de la transparence et de la participation des communautés locales aux processus de décision. »

 

Christian Mounzeo est président de Rencontre pour la Paix et les Droits de l’Homme (RPDH) ainsi que Coordonnateur de la Campagne « Publiez ce que vous payez au Congo ». Il plaide pour plus de transparence, de responsabilité et d’intégrité que ce soit dans la gestion des ressources naturelles, les processus démocratiques et la défense des droits humains en République du Congo. Son engagement le conduit aujourd’hui à développer des programmes de lutte contre la corruption, notamment en lien avec la REDD et le secteur forestier.

« Il y a beaucoup d’engagements des États actuellement dans le domaine de la gouvernance forestière, notamment suite aux récents événements en Amazonie qui ont attiré l’attention de l’opinion publique internationale. Il y a une volonté de protéger les forêts au niveau du bassin du Congo, zone qui regorge de ressources mais où paradoxalement il existe des défis immenses en matière de gouvernance. Il y a un besoin d’appui de la communauté internationale, que ce soit en termes d’expertise, de renforcement de capacité et de financement. Pour cela il convient de passer des engagements à l’action, car à ce jour beaucoup de promesses tardent à se matérialiser. Pour régler les questions de gouvernance forestière, il convient de s’attaquer au problème de la corruption, de la transparence et de la participation des communautés locales aux processus de décision. A ce titre la sécurité de l’espace civique pour permettre la participation des ONG locales s’avère centrale. »

 

 « Au Vietnam, la gestion forestière ne rentre pas dans les standards de bonne gouvernance »

Madame Vu Thi Bich Hop est présidente du Centre rural de développement durable (SRD). Elle compte plus de 20 ans d’expérience en ONG et a été élue Présidente du réseau des ONG vietnamiennes sur la législation forestière, la Gouvernance et le commerce (VNGO-FLEGT) en 2012. Elle est aussi représentante de la société civile au conseil d’administration d’UNREDD Vietnam et Présidente du réseau des ONG vietnamiennes sur le changement climatique (VNGO&CC).

« Au Vietnam, la gestion forestière ne rentre pas dans les standards de bonne gouvernance ce qui limite son rôle dans la lutte contre les changements climatiques. Que ce soit dans l’élaboration des politiques publiques que dans leur mise en œuvre, il existe encore de grands manques d’efficacité, de transparence, de participation des communautés locales ou encore de respect du cadre légal. Une implication plus forte de la société civile est indispensable alors qu’elles sont, au contraire, étroitement surveillées et peu consultées. Leur rôle est pourtant indispensable pour faire face aux déforestations illégales ainsi qu’aux importations de bois issu de pays à risque. D’autre part, grâce aux projets agricoles et forestiers qu’elles mènent, les organisations de la société civile (OSC) ont été mentionnées comme des partenaires d’élaboration et de mise en œuvre de la CDN du pays. Mais seules quelques grandes ONG internationales ont été consultées et le rôle des OSC dans l’évaluation de la mise en œuvre de la CDN reste flou. Il est temps de faire confiance à la société civile pour assurer un contrôle indépendant et transparent de ce processus NDC ainsi qu’une meilleure représentation des communautés locales. »