Echos de Rome – 46e session du CSA

Echos de Rome – 46e session du CSA

En résumé

La 46e session du Comité de la sécurité alimentaire mondiale (CSA) s’est tenue à Rome du 14 au 18 octobre, elle a été précédée du forum du Mécanisme de la société civile (MSC) les 12 et 13 octobre.

L’édition 2019 du rapport sur l’état de la sécurité alimentaire et de la nutrition dans le monde indique que la faim est repartie à la hausse depuis 2015 et qu’elle est revenue au niveau de 2010-2011, l’agenda du CSA de cette semaine s’est donc concentré sur l’accélération de la réalisation de l’ODD 2 pour atteindre tous les objectifs de développement durable.

A l’agenda également, un point sur l’avancée du processus d’élaboration des directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la nutrition, une discussion sur les conclusions du rapport du HLPE sur les approches agroécologiques et autres approches innovantes pour une agriculture durable et des systèmes alimentaires qui améliorent la sécurité alimentaire et la nutrition, et l’adoption du programme de travail pluriannuel du CSA 2020/23.

Une délégation de membres de la C2A a participé aux différentes sessions de ce sommet ainsi qu’aux échanges et positions du MSC.

Salle de conférence

Avancées du processus sur les systèmes alimentaires et la nutrition

La malnutrition sous toutes ses formes, est en augmentation dans toutes les régions du monde. C’est avec ce constat alarmant, que le CSA a débuté des travaux sur les systèmes alimentaires et la nutrition. Sur la base d’un rapport HLPE sorti en mars 2018, le CSA 45 a approuvé l’élaboration de directives volontaires sur le sujet, pour être adoptées en 2020 (CSA 47). Non contraignantes, de telles directives fourniront néanmoins d’importantes recommandations aux Etats, ainsi qu’aux autres acteurs intéressés, pour une transformation de systèmes alimentaires ver une meilleure prise en compte de la nutrition.

En mai 2019, la rapporteure de ce processus, Mme Ortega, a proposé un ‘draft 0’, qui explicite le contexte, les objectifs et la structure des futures directives volontaires, sans encore en proposer un contenu détaillé. En juillet 2019, un processus de consultations régionales a été engagé sur la base de ce texte, et doit s’achever fin octobre de la même année. Le Mécanisme de la Société Civile (MSC), engagé dans chacune de ces consultations, a rappelé l’importance de ce travail et le besoin d’un changement radical des systèmes alimentaires qui compromettent le fonctionnement d’autres systèmes. Le mécanisme a rappelé que l’ensemble des droits humains doivent servir de base aux futures guidelines et que la structure proposée (producteurs/transformateurs/consommateurs) donnait une vision partielle et morcelée des systèmes alimentaires, loin d’une nécessaire vision holistique pour une véritable transformation.

C’est dans ce contexte, et en parallèle des discussions sur le processus de convergence sur l’agroécologie, que des discussions ont été engagées lors du CSA 46, alors que les consultations régionales sont toujours en cours. La rapporteure a annoncé les premiers résultats des consultations, et notamment une structure élargie (éducation, gouvernance, durabilité économique sociale et environnementale dans un contexte de changement climatique, droits des femmes, sureté et perte alimentaire). La société civile est satisfaite de ce premier pas vers un changement essentiel qu’elle appelait de ses vœux. Pour autant, les discussions à venir sur le contenu même de cette nouvelle structure seront fondamentales pour donner corps à ces grandes thématiques avec de recommandations ambitieuses.

A ce stade, l’ensemble des Etats se sont exprimés en faveur de ce processus. Certains, à l’instar du Kenya, ont rappelé l’importance et la complémentarité des discussions parallèles sur l’agroécologie. Pour la société civile ce point est également fondamental : il n’y aura pas de véritable transformation de systèmes alimentaires sans agroécologie. Il est donc crucial que ces deux processus soient ambitieux et aboutissent en parallèle lors du prochain CSA en 2020.

Salle de conférence

Agroécologie

Mandaté depuis 2017, le rapport du HLPE « approches agroécologiques et autres approches innovantes pour une agriculture durable et des systèmes alimentaires qui améliorent la sécurité alimentaire et la nutrition » a été présenté et débattu au CSA la semaine dernière.

Si la première version du rapport, publié en septembre 2018, n’était pas à nos yeux satisfaisante, la version finale est clairement à saluer. Traitant à la fois d’agroécologie et d’innovations biotechnologiques, elle explore les meilleures options agricoles pour repenser nos systèmes alimentaires défaillants. Son constat est sans appel : de toutes les innovations étudiées (OGM, agriculture intelligente face au climat, etc.), seules les approches agroécologiques sont en mesure de transformer en profondeur nos systèmes alimentaires, les autres ne remettant ces derniers en cause qu’à la marge. Le rapport a par ailleurs le bon goût de s’intéresser aux facteurs de blocages dans le système agroalimentaire actuel et conclue notamment par un appel à plus de financements de recherche sur l’agroécologie.

Sans surprise, certains Etats ont essayé de faire dérailler les négociations sur ce rapport (les Etats-Unis avaient auparavant bloqués toute discussion sur le sujet pendant de long mois). Des arguments de façade, appelant à une harmonisation du rapport avec des processus existant à la FAO, ou invoquant une trop grosse charge de travail à venir au CSA ont notamment été évoqués, sans succès. La grande majorité des Etats ont reconnu, le mercredi 16 octobre, la qualité du rapport et ont accepté, le mardi 17, de transformer ses recommandations en cadre politique international sur le sujet.

Si l’ambition du cadre politique concerné est une des plus faibles possibles au sein du CSA (on parle d’une boite à outil à destination des décideuses et décideurs), il offre une reconnaissance politique à l’agroécologie et va donc permettre de la promouvoir de manière plus large au sein du CSA et de ses travaux. Cela va par exemple avoir un impact direct sur les travaux en cours pour la rédaction des directives volontaires sur les systèmes alimentaires et la nutrition.

Il convient toutefois de rester vigilant·e sur le sujet. Le début du processus d’écriture de ce cadre politique international sur l’agroécologie débutera en début d’année prochaine et de nombreux Etats ne souhaitent pas le voir aboutir.

Salle de conférence

Les messages clefs du mécanisme société civile pour ce CSA

Un panel de représentants du CSA a ouvert le forum du mécanisme société civile (MSC) qui s’est tenu en amont du CSA, le nouveau Directeur général de la FAO Qu Dongyu et le Président du CSA Mario Arvelo ont notamment évoqué le rôle du CSA dans la future architecture de la gouvernance alimentaire mondiale, 10 ans après sa réforme.

Les membres du MSC ont ensuite discutés des messages clefs portés par la société civile lors des prises de parole des représentants du MSC :

  • Pour réaliser l’ODD2, il ne suffit plus simplement d’accélérer, il faut changer de direction. Le CSA a élaboré et adopté des orientations politiques qui peuvent et doivent guider cette évolution vers des politiques publiques davantage centrées sur les populations et les communautés pour des systèmes alimentaires durables, axées sur le soutien de la petite production alimentaire et la réalisation du droit à l’alimentation pour tous.
  • La session plénière du CSA à l’occasion de la Journée internationale de la femme rurale est essentielle pour promouvoir les droits des femmes, leur autonomisation et l’égalité des genres en tant que priorité transversale pour le CSA et devra ouvrir la voie à l’élaboration de Directives volontaires sur le sujet.
  • Jeunes
  • Les membres du MSC applaudissent le processus de convergence des politiques qui fait suite au rapport HLPE sur l’Agroécologie et autres innovations qui doit aboutir à l’adoption de recommandations politiques lors du 47ème CSA. Ils rappellent que ce processus doit rester ouvert, inclusif, participatif, transparent et équitable, et que la vision holistique de l’agroécologie doit être prise en compte dans les discussions.
  • A propos du processus actuel d’élaboration de directives sur les systèmes alimentaires et la nutrition, le MSC espère que les directives, une fois adoptées en octobre 2020, fourniront une orientation claire pour la transformation systémique des systèmes alimentaires afin de les rendre véritablement sains, durables et justes. Notamment en matière de droits humains (en tenant pleinement compte de l’interdépendance et de l’indivisibilité des droits humains)  mais aussi en prenant en compte le rôle crucial que jouent les femmes dans les systèmes alimentaires et la nutrition, la nécessaire transition agroécologique.

 

PTTA Echos de rome

Adoption du Programme de travail pluri annuel 2020-23 du CSA

Le Programme de travail pluri annuel (PTPA) fournit des orientations sur les thèmes à aborder, les activités à entreprendre et les résultats attendus pour le CSA. Établie pour les 4 prochaines années, la proposition élaborée par le Bureau au cours de l’année a été soumise pour approbation par le Comité en session plénière. Les axes de travail prioritaire identifiés sont :

  • Systèmes alimentaires et Nutrition (Directives Volontaires pour 2020),
  • Approche Agroécologiques et autres innovations (recommandations politiques pour 2020),
  • Egalité entre les genres et autonomisation des femmes (directives volontaires)
  • Emploi et jeunes (recommandations politiques et mise en débat).

Les axes de travail autour des Outils de collecte et d’analyse de données et Inégalités sont identifiés mais non précisés et placés en fin de programme, soulevant l’inquiétude de la société civile sur un risque d’association de ces deux axes ou de suppression de l’axe Inégalités.

Le document a été approuvé sous réserve d’une mention de la position de le Fédération de Russie qui se dissocie du consensus, rejetant d’une part le traitement de l’axe de travail sur l’Egalité entre les genres et l’autonomisation des femmes par le CSA et questionnant d’autre part l’ambition du programme qui traiterait d’un trop grand nombre de sujet par rapport aux ressources disponibles. Si l’on peut se réjouir de l’approbation du PTPA, et en particulier du lancement du processus politique sur l’agroécologie, le questionnement sur le nombre de sujet à traiter par rapport aux ressources disponibles ouvre la porte à une remise en cause potentielle du travail parallèle sur les deux axes  Systèmes alimentaires et Nutrition, et Agroécologie et du report de l’axe sur les Inégalités. La société civile devrait rester attentive à la mise en œuvre de ce PTPA afin de s’assurer de l’aboutissement des processus dans les meilleures conditions.

 

Cet articlé a été rédigé par plusieurs membres de la commission Agriculture et alimentation de Coordination SUD : Valentin Brochard (CCFD), Carline Mainenti (C2A/AVSF), Premila Masse (GRET) et Pauline Verrière (ACF)

 

Crédit photo : Les photos de la séance du CSA : FAO/Giuseppe Carotenuto.