[Décryptage] Le G7 des ministres de l’intérieur : une obsession sécuritaire face aux migrations

[Décryptage] Le G7 des ministres de l’intérieur : une obsession sécuritaire face aux migrations

La déclaration issue de la réunion des ministres de l’Intérieur des pays du G7, qui a eu lieu le 4 et 5 avril à Paris, est particulièrement dangereuse à l’égard des droits humains et des libertés des personnes migrantes.

Le texte s’ouvre avec un chapitre sur la « lutte contre le trafic de migrants et les réseaux de traite des êtres humains ». Il contient 14 mesures ciblées sur le contexte européen et sur les migrations en provenance notamment de la région du Sahel.

Les mesures présentées sont à caractère répressif, à deux exceptions près. Sur ce point, mention est faite à propos du respect des droits humains pour l’ensemble des personnes et d’une facilitation des procédures d’asile, mais tout de suite complétée par une volonté de renforcer le retour des personnes qui ne sont pas éligibles à une protection.  Puis, un engagement à promouvoir la mobilisation des ressources dans le but de  favoriser le développement, la résilience des populations et l’accès aux services de base dans les pays d’origine. C’est là une volonté claire de fixer les populations.

Le reste des mesures vise à neutraliser les déplacements par un renforcement des cadres législatifs nationaux, des capacités de contrôle et de répression, une coopération policière et judiciaire, des campagnes de dissuasion des personnes susceptibles de migrer, des initiatives pour « bloquer » les passeurs.

L’ensemble des propositions qui structurent l’approche des dirigeants du G7 vers les pays d’origine et de transit des personnes migrantes s’inscrit dans la continuité de la stratégie de l’UE d’externalisation des frontières. Il s’agit d’imposer une préoccupation européenne de gestion des « flux » migratoires aux pays tiers, sans que leurs propres intérêts et besoins soient pris en compte. De surcroît, l’intérêt et les besoins des populations migrantes elles-mêmes sont largement ignorés.

La focale mise sur la neutralisation des passeurs fait oublier que ce sont les politiques européennes de fermeture et de répression qui rendent quasi indispensable le recours à ces acteurs. Il est  particulièrement affligeant de constater que les Ministres de l’Intérieur citent les chiffres des personnes mortes ou disparues en 2016, sans reconnaître leur responsabilité en la matière et en l’attribuant aux « réseaux des passeurs ».

Les naufrages en mer font également parti des réalités que les ministres de l’Intérieur semblent vouloir éviter, mais à nouveau sans prendre leurs responsabilités. Les dirigeants proposent de soutenir les garde-côtes libyens pour qu’ils puissent intercepter les embarcations et mener les sauvetages. Or, la Libye n’est pas signataire de la Convention de Genève sur les réfugié·e·s. Les violations des droits humains des personnes migrantes par ce pays ont été largement documentées par les ONG : détention arbitraire, viols, torture, travail forcé, privation de nourriture, extorsion, homicides, etc. Renforcer les garde-côtes libyens équivaut à cautionner le refoulement des personnes vers des centres de détention où les pires violations des droits fondamentaux sont commises.

➡️ Le communiqué de presse G7 des ministres de l’Intérieur du 5 avril 2019