A lire aussi

17/07/2020

Terre des Hommes France alerte sur la situations des autochtones en Amazonie

Alors que la crise sanitaire semble sous contrôle en Europe, le sort des peuples indigènes de l’Amazonie est très préoccupant.

covid-19|Augmenter massivement l’APD française pour faire face aux conséquences de la pandémie

Les pays en développement, notamment africains, sont particulièrement ébranlés par la crise covid. C'est pourquoi il faut augmenter massivement l'aide publique au développement pour faire face aux conséquences de la pandémie.

Afin de contribuer à financer la nécessaire réponse aux multiples conséquences néfastes de la crise sur les pays en développement, la France ne peut plus se contenter des objectifs préalablement établis. A l’issue de leur réunion du 16 mars, les États membres du G7 déclaraient souhaiter « concevoir et mettre en œuvre promptement l’assistance internationale nécessaire pour permettre aux pays, notamment aux pays émergents et en développement, de faire face au choc sanitaire et économique que représente le COVID-19 » [1].

La France se doit d’être à la hauteur des enjeux

Le système onusien a estimé les besoins financiers requis par cette situation au travers de trois plans complémentaires à destination des pays en développement :

  • Le « Plan global de préparation et réponse au nouveau Coronavirus » de l’OMS pour 675 millions de dollars ;
  • Le « Plan global de réponse humanitaire » d’OCHA pour 6,71 milliards de dollars ;
  • Le « Plan Marshall pour un rétablissement de la santé » de la CNUCED pour 500 milliards de dollars.

Les pays en développement, notamment africains, sont en effet particulièrement ébranlés par cette crise. De plus, les besoins préexistants se conjuguent à ceux de la crise actuelle, menaçant ainsi les progrès accomplis dans le cadre des Objectifs de développement durable. En Afrique de l’Ouest par exemple, le niveau de pauvreté pourrait revenir à ce qu’il était il y a trente ans.

L’ampleur de cette crise a bousculé les ordres de grandeur budgétaires. Le G20 a décidé d’injecter la somme inédite de 5000 milliards de dollars pour relancer l’économie mondiale, tandis que la France consacre pour l’instant plus de 500 milliards d’euros à la relance de son économie et de ses entreprises.

Au regard du poids de son économie, la contribution française aux plans onusiens devrait s’élever à au moins 14,5 milliards d’euros supplémentaires[2]. Or, pour l’instant, les annonces de la France en matière de solidarité internationale sont non seulement très loin de la réalité des besoins sur le terrain mais ne correspondent qu’à des réallocations de budgets existants.

La taxe sur les transactions financières, une manne financière complémentaire à mobiliser

Des ressources financières additionnelles sont plus que jamais nécessaires pour atteindre ces objectifs. La mobilisation plus importante des financements innovants, symboles politiques de la lutte contre les inégalités mondiales, offrent d’importantes possibilités. L’augmentation du taux de la taxe sur les transactions financières (TTF) et du plafond de son affectation à l’APD doit notamment être impérativement considérée comme un levier extrabudgétaire conséquent et indolore pour les finances publiques.

Le coût de l’inaction

Cette pandémie est par ailleurs un rappel brutal du coût de l’inaction. La France ne respecte toujours pas l’objectif international, pourtant vieux de 50 ans cette année, de consacrer 0,7 % de son RNB à l’APD. Ce faisant, sur les 10 dernières années ce sont plus de 60 milliards d’euros qui n’ont pas été investis dans le développement durable et la construction de systèmes sanitaires, sociaux et économiques plus résilients dans les pays en développement. Un tel montant représente davantage que 10 années des budgets santé, agriculture et éducation cumulés pour l’ensemble des Etats du Sahel[3]. Investie dans la santé, cette somme aurait aussi pu permettre la vaccination complète d’1,43 milliard d’enfants, la distribution d’au moins 1,5 milliard de traitements préventifs contre la tuberculose et à plus de 300 millions de personnes de bénéficier d’un traitement antirétroviral pour un an.

Dès lors, compte tenu des circonstances, il est plus que jamais urgent que la France honore enfin cet engagement en atteignant et en pérennisant le financement de l’APD à hauteur de 0,7 % de sa richesse nationale. Cela devra être fait dès les correctifs budgétaires pour l’année 2020, renouvelé dans la loi de finances pour 2021 et intégré au sein de la loi d’orientation et de programmation à venir afin de pérenniser cet engagement.

Une hausse à accompagner d’un renforcement qualitatif

Conformément aux orientations répétées à plusieurs reprises depuis le début du quinquennat, cette augmentation devra majoritairement prendre la forme de dons. Les subventions, contrairement aux prêts, ont en effet l’avantage de ne pas nourrir la charge de la dette pesant sur les pays du Sud. Surtout, ce sont des instruments nettement plus adaptés pour soutenir les secteurs et Etats prioritaires de la stratégie française pour le développement. Là où les prêts, qui représentent une part très importante de l’aide française, favorisent en général les activités de production, les dons sont plus à même de financer le développement des secteurs sociaux essentiels, tels que l’éducation ou la santé, dans les pays les plus pauvres. Afin de renforcer l’efficacité de ses contributions financières, cette augmentation devra être accompagnée par un renforcement de la complémentarité des canaux bilatéraux et multilatéraux de son APD.

De plus, les financements mobilisés pour la réponse à la crise devront nécessairement l’être de manière additionnelle. Les réallocations jusqu’ici mises en place risquent en effet de menacer les progrès accomplis et les actions à mettre en œuvre en direction des objectifs du développement durable. La réponse à l’urgence ne doit pas venir grever les budgets d’APD dédiés à d’autres secteurs ou à un renforcement des systèmes de santé sur le plus long terme comme cela a pu être le cas par le passé. Suite à Ebola par exemple, l’APD pour l’agriculture avait diminué de 40% dans le monde. Or, aujourd’hui ce sont 250 millions de personnes qui sont menacées de crise alimentaire d’ici à la fin de l’année. La crise sanitaire ne doit pas non plus venir éclipser la réponse à la crise climatique dont l’urgence nous est rappelée chaque jour un peu plus. Faire face à la situation actuelle nécessite la mobilisation de crédits supplémentaires à ceux votés avant l’apparition du virus.

Enfin, pour mieux respecter les principes d’efficacité de l’aide, la France devra renforcer la transparence dans l’utilisation de ces fonds et davantage associer les sociétés civiles, notamment locales, dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes de solidarité internationale.

Ainsi, Coordination SUD demande à la France :

  • D’atteindre au plus vite et, au plus tard en 2022, l’objectif international d’allouer 0,7 % de son RNB à l’APD et de le pérenniser en l’inscrivant dans la loi ;
  • De contribuer, à sa juste part, aux plans de réponses onusiens, en consacrant au minimum 14,5 milliards d’euros supplémentaires en soutien aux pays en développement ;
  • De permettre aux pays en développement d’avoir accès à des liquidités de manière rapide pour répondre à la crise sanitaire :
    • En mobilisant le G20, les banques multilatérales de développement et les créanciers privés pour alléger la dette des pays les plus pauvres au moins pour l’année 2020 et 2021
    • En poursuivant le plaidoyer en faveur d’un transfert de liquidité à hauteur d’au moins 500 milliards de dollars en direction des pays en développement par la création d’une nouvelle allocation de droits de tirage spéciaux du FMI et à la réaffectation des droits de tirage spéciaux existants.

[1] Coronavirus : déclaration des chefs d’État et de gouvernement du G7, 16 mars 2020, https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/16/coronavirus-declaration-des-chefs-detat-et-de-gouvernement-du-g7

[2] En 2018, le RNB français représentait 3,3 % du RNB mondial. Taux de change au 31 décembre 2018 : 1$ = 0,87 € ; Les 14,5 milliards d’euros représentent la juste part de la France à l’ensemble des trois plans onusiens : (675 M + 500 Md + 6,71 Md) x 3,3 % x 0,87 = 14,5 Md

[3] Calculs Oxfam à partir de l’analyse des lois de finances des Etats du Sahel ; https://www.oxfamfrance.org/rapports/sahel-lutter-contre-les-inegalites/

 

Newsletter

Notre regard sur l'actualité de la solidarité internationale avec la newsletter Point info

En vous inscrivant, vous confirmez avoir lu et accepté notre politique de vie privée.

Agenda

13/08/2020

Webinaire sur la mise en œuvre de l’Initiative de la Grande muraille verte

Association CARI

Publications & documents

Consultez les publications en ligne.

Publications

24/07/2020

Droits et santé des femmes à l’épreuve du Covid-19

Equipop
03/07/2020

Note d’analyse – Les effets de la pandémie COVID-19 et des mesures de contrôle à Madagascar

Groupe Initiatives

A lire aussi

Communiqué de presse|21/07/2020

Budget européen : la solidarité internationale victime du compromis final

Actualité|09/07/2020

Comment le coronavirus sème la faim dans un monde affamé

Communiqué de presse|08/07/2020

Après le remaniement gouvernemental, l’impératif de renforcer la solidarité internationale

Tout chaud

fond noir
10/08/2020

La solidarité internationale endeuillée

21/07/2020|Agenda 2030

Où en est-on ? Questions à Marc Darras (Association 4D)

13/07/2020

Les ODD en temps de covid-19 : question à Jan Robert Suesser (Coordination SUD)