Abus sexuels et harcèlement en ONG : tolérance zéro pour l’inaction

Abus sexuels et harcèlement en ONG : tolérance zéro pour l’inaction

Un sommet s’est tenu à Londres le 18 octobre après les derniers scandales liés à l’inconduite sexuelle de membres d’ONG. Des engagements ont été pris par les différents acteurs du secteur. Si des mesures vont dans le bon sens, d’autres posent question.

Ce sujet n’est pas nouveau. D’autres révélations ont suivi, ébranlant la confiance du public et la réputation des organisations. Rassemblant 500 acteurs gouvernementaux, de la société civile, des agences onusiennes et du secteur privé, le sommet de Londres s’est ouvert de façon chaotique. Des activistes l’ont boycotté, d’autres ont dénoncé un évènement « élitiste et dominé par les Blancs » ne donnant que peu d’espace aux voix des victimes.

Le temps le plus fort fut pourtant le témoignage de victimes, des populations civiles comme des employées d’ONG. Insistant sur la souffrance que ne sauraient effacer des réponses technologiques, elles ont réclamé écoute et justice. Plusieurs voix se sont élevées contre les situations répétées d’abus de pouvoir et appeler à un changement profond au sein du secteur.  

Les institutions et les gouvernements s’engagent…

Signé par vingt-deux pays dont la France, un document élaboré par l’agence britannique de développement DFID, appelle à une action mondiale coordonnée basée sur quatre axes : la prévention des abus, l’écoute des victimes, la réactivité des réponses et la nécessité d’améliorer les mécanismes existants. D’autres acteurs dont le secteur privé britannique, le Fonds mondial et GAVI, les agences onusiennes, les institutions financières internationales et les centres de recherche ont exposé leurs propres engagements.Certaines mesures posent question comme l’initiative phare du gouvernement britannique, le projet Soteria, élaboré avec Interpol permettant de vérifier le casier judiciaire des personnels humanitaires. Le projet de « Passeport humanitaire » en phase de test n’a pas non plus rallié tous les suffrages. Il donnerait un identifiant unique à chaque humanitaire, listant l’historique des emplois mais aussi des incidents. Un projet de mécanisme inter-agences de partage d’informations sur les mauvais comportements est également à l’étude avec l’aide de juristes, soulevant des questions réglementaires, notamment dans le cadre du RGPD.

Toutefois, certaines mesures envisagées par les bailleurs vont dans le bon sens dont celle d’inclure activement les bénéficiaires dans la conception et le suivi des programmes et de supprimer au mieux les obstacles au signalement d’incidents. Des financements ont été annoncés pour la prévention des abus sexuels et pour des projets de recherche sur la protection des personnes vulnérables. L’accès à certains financements sera désormais conditionné aux mécanismes mis en place par les organisations pour prévenir, alerter et judiciariser les actes de harcèlement et d’abus sexuel.

…mais aussi les ONG

Le secteur n’a pas attendu le Sommet de Londres pour élaborer des réponses pour soutenir les victimes et mettre en place des mécanismes de plainte respectant la confidentialité, la sécurité, la protection des victimes et des lanceurs d’alerte. Les ONG appellent à un vrai changement culturel pour améliorer les pratiques de recrutement et partager les cadres juridiques. Le renforcement de la capacité organisationnelle interne et partenariale au travers de formations sur les terrains, comme dans les quartiers généraux, est crucial. Cette transformation ne peut cependant s’opérer sans une remise en cause collective des déséquilibres de pouvoir qui règnent au sein de nos organisations.

Honorer la confiance et entendre les voix des populations avec lesquelles nous interagissons et travaillons constituent la plus grande priorité. Les abus de pourvoir, les inégalités de genre et le système patriarcal ne sauraient perdurer. De même, l’enjeu de restaurer la dignité de toutes et tous et mettre la justice au cœur de nos préoccupations guident notre engagement militant.

Dr Françoise Sivignon, vice-présidente de Coordination SUD 

Cet tribune a été publiée dans le numéro d’hiver 2018 des Nouvelles de SUD.