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3 questions aux… responsables de la surveillance des forêts à Sainte-Marie

Francine Botou et Didier Milia Raolisaon sont membres des Komity Mavingan, des comités de surveillance communautaire de la forêt de Kalalao mis en place sur l’Ile Sainte-Marie dans le cadre du Projet de préservation des forêts de l’île, avec le soutien de la Fondation Maisons du Monde et de l’Agence française de développement. Le projet vise à protéger les écosystèmes remarquables de l’île par une gouvernance et une implication de tous les acteurs locaux. Accompagnés de Désiré Rafanomezantsoa Rindra, ils répondent à nos questions.

En quoi consiste votre travail ?

Francine Botou : Nous effectuons des patrouilles en forêt pour constater les délits et produire des rapports de patrouille qui sont transmis ensuite au chef de circonscription de l’environnement et du développement durable, qui intervient en cas de besoin. Nous renseignons à chaque constat le type de délit, le lieu et l’heure sur des fiches selon la méthodologie SMART et à l’aide d’un GPS.

Didier Milia Raolisaon : Notre travail consiste surtout à informer les populations sur la loi et à sensibiliser les délinquant·e·s que nous rencontrons en forêt. Les pressions résident dans la coupe de bois commanditée par des personnes aisées et des étrangers vivant à Sainte-Marie, car la qualité des bois de forêt est très prisée. Certains défrichements sont engendrés par des gens qui n’ont pas de terres à cultiver et beaucoup de bouches à nourrir, d’autres parce que la culture sur brûlis en forêt est plus intéressante en termes de fertilisation des cultures rizicoles que dans les savoka (jachères anciennes).

Désiré Rafanomezantsoa Rindra : Les forêts de Sainte-Marie nécessitent des moyens forts dédiés à leur protection car elles renferment des espèces ligneuses endémiques. La forêt de Kalalao possède en plus une source qui approvisionne en eau toute la ville de Sainte-Marie. En général, nous le savons tous, protéger les forêts garantit le maintien de la pluviométrie, tandis que les arbres protègent le sol de l’érosion et purifient l’air. C’est ce que l’on diffuse dans les sensibilisations à la radio et à travers tous nos moyens de communication, ce qui fait que les enfants scolarisés connaissent maintenant l’importance de la protection des forêts.

Didier Milia Raolisaon, patrouilleur de la forêt de Kalalao

Pourquoi vous impliquez-vous dans les comités de surveillance de la forêt de Kalalao ?

DMR : Nos ancêtres ont connu une forêt beaucoup plus étendue qu’aujourd’hui. Le développement économique de l’île entraîne sa destruction progressive et nous voulons absolument éviter ce désastre. Nous avons reçu de petits soutiens techniques pour nous encourager, mais nos efforts reposent surtout sur notre volonté. Depuis la mise en place des patrouilles en 2019, les pressions ont reculé car des sanctions ont été appliquées. Pendant la crise du Covid-19, les consignes sanitaires ont fait que nous avons dû suspendre les patrouilles pendant deux mois, et les pressions ont beaucoup augmenté (NDLR : les délits enregistrés ont augmenté de 85 % dans la forêt de Kalalao entre janvier et août 2020), mais nous avons maintenant repris notre travail… avec des cache-bouches (NDLR : le surnom donné aux masques) !

FB : Les délits ont augmenté car la crise sanitaire a entraîné un chômage très important au sein de la population qui travaille normalement dans le tourisme (NDLR : Sainte-Marie est une destination très prisée à Madagascar). Les gens ont dû trouver des sources de revenus immédiats et faciles pour pouvoir nourrir leur famille. Je m’implique dans les Komity mavingan car je crains pour l’avenir de mes enfants si les forêts devaient disparaître.

Francine Botou, patrouilleuse de la forêt de Kalalao

En quoi le travail entre les Komity Mavingan et la circonscription est-il important et complémentaire ?

DRR : À chaque fois que les patrouilleurs et patrouilleuses constatent des délits dans la forêt, ils nous interpellent en nous transmettant un compte rendu point par point des infractions commises et des personnes impliquées. L’action des patrouilleur·euse·s nous est d’une grande aide car nous ne pouvons pas toujours savoir ce qui se passe sur le terrain. Cela nous permet de suivre l’évolution des pressions sur la forêt de Kalalao, et ainsi de mieux travailler à sa protection. Nous espérons maintenant élargir les patrouilles de surveillance aux deux autres blocs forestiers de l’île, les forêts d’Ampanihy et d’Ambohidena, pour une meilleure efficacité.

Désiré Rafanomezantsoa Rindra, chef de circonscription de l’environnement et du développement durable de Sainte-Marie

 

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