3 questions à Bruno Rivalan sur la politique de développement de l’UE

3 questions à  Bruno Rivalan sur la politique de développement de l’UE

Bruno Rivalan (Action santé mondiale) est administrateur de Concord et de Coordination SUD. Il a été interviewé dans le dernier numéro des NDS.

 

Quelles sont les priorités actuelles de la politique de développement de l’UE ?

Bruno Rivalan : Cette politique refondée lors du sommet de La Valette de novembre 2015 vise à répondre à plusieurs enjeux : les présumées crises migratoire et sécuritaire et la nécessité d’un retour sur investissement pour l’Union européenne. Elle s’accompagne d’un nouveau discours : une croissance inclusive permettrait de traiter les causes profondes des migrations et la coopération dans la gestion des flux migratoires aux frontières extérieures de l’UE serait prioritaire, via l’aide publique au développement. Enfin, cette approche défend la mobilisation des investissements privés comme seule option réaliste au financement des objectifs du développement durable.

 

Quelles en sont les applications concrètes ?

On observe notamment une multiplication de nouveaux cadres politiques, de stratégies et d’instruments : cadre de partenariat avec les pays tiers, plan d’investissement extérieur, fonds fiduciaire d’urgence UE-Afrique, proposition de budget de l’UE au titre de l’action extérieure pour 2021-2027… La Commission européenne et les États membres placent ainsi progressivement les intérêts géo-stratégiques de politique intérieure et ceux des acteurs privés au cœur de leur stratégie avec les pays du Sud.

 

Quels en sont les risques ?

Tout d’abord, la contradiction avec les dispositions du Traité de l’UE, le plus important dans la hiérarchie des normes communautaires. Il stipule que la politique de développement doit servir à l’éradication de la pauvreté et des inégalités. La perte d’un contrôle démocratique est également à craindre. Les parlementaires sont peu associé·e·s aux structures de gouvernance de ces nouvelles approches. De même, l’efficacité de ces mesures est questionnée car elles sont basées uniquement sur une opinion, une obsession sans réelle analyse d’impact. Plus largement, les principes d’efficacité de l’aide semblent remis en cause, les pays partenaires étant peu associés à l’élaboration, la gestion et à la mise en œuvre des projets.

Cet article a été publié dans le dernier numéro des NDS (automne 2018 pdf). Retrouvez les principaux articles en html :

NDS Edito Abus sexuels
NDS 2018 Rapport Berville Les risque-projets
L'invité des NDS objectif Faim Zéro