11 décembre 2018 : un Gender day à la COP24 !

11 décembre 2018 : un Gender day à la COP24 !

Membre des commissions climat, genre et humanitaire de Coordination SUD, CARE France co-organisait avec le gouvernement, WECF France et Adéquations ce 11 décembre 2018 dans le cadre de la COP24 une rencontre-débat intitulée « Genre et finance climat : quelles avancées, quelles ambitions ? » avec la plateforme française Genre & Développement.

 

Brigitte Collet, l’ambassadrice française pour le climat, est revenue à cette occasion sur le rôle de la France dans la promotion du genre dans les négociations internationales sur le climat notamment dans le cadre de la COP21, et a rappelé que le dernier rapport du GIEC avait démontré comment les changements climatiques aggravaient les inégalités de genre et augmentaient la vulnérabilité des femmes. L’ambassadrice a également rappelé le rôle clef des femmes en tant qu’actrices du changement contribuant à la résilience de leurs familles et communautés. Luttes contre les inégalités de genre et le changement climatique figurent parmi les priorités de la présidence française du G7 en 2019, dans la continuité avec les impulsions déjà lancées par l’actuelle présidence canadienne.

Tanzanie

 

Le besoin d’objectifs chiffrés

Pour rappel, un plan d’action de la convention-cadre des Nations unies sur le changement climatique spécifique au genre a été adopté fin 2017 lors de la COP23. Son principal objectif est de pousser les Etats à renforcer leurs politiques climatiques favorisant l’égalité des sexes, en matière d’adaptation, d’atténuation mais aussi en termes de financement et de renforcement de capacités et à favoriser un processus inclusif dans la prise de décision et la mise en œuvre des politiques climatiques. Cependant, ce plan ne contient aucun objectif chiffré en termes d’intégration du genre dans les financements climat. C’est pourtant un levier essentiel pour répondre à la double injustice que subissent les femmes des pays en développement et les appuyer car elles apportent des solutions concrètes aux changements climatiques. En 2015, seulement 0,01% des financements mondiaux soutenait ces deux impératifs. Il est nécessaire que les Etats cessent de considérer d’un côté les financements climat et de l’autre les financements genre, et s’attaquent simultanément aux deux problématiques, comme préconisé par l’Accord de Paris sur le climat et les objectifs de développement durable. A la veille de la première édition du One Planet Summit en décembre 2017, Coordination SUD s’est alors associée à un plaidoyer, aux côtés de soixante-dix organisations de la société civile française et internationale, afin d’augmenter ce taux à 20% (cf les recommandations émises).

Une position peu flatteuse pour le France

 CARE International La France se classe dernière des pays accordant une attention à l’égalité entre les sexes dans le cadre de ses financements pour l’adaptation. C’est ce qu’a montré en septembre 2018 CARE International dans un rapport analysant pour la première fois les financements des pays membres du G7 de 2013 à 2016 en matière de soutien spécifique à l’adaptation des pays pauvres et de l’attention qu’ils accordent à l’autonomisation des femmes et des filles. Sur cette période, ce sont les États-Unis (74%), le Canada (71%) et l’Allemagne (61%) qui ont accordé le plus d’attention à l’égalité entre les sexes. Le Japon (29%) et la France (24%) se classent aux derniers rangs.

 

Des inquiétudes à clarifier

Outre les avancées acquises lors de la COP21 en matière d’objectifs chiffrés de limite du réchauffement global, l’Accord de Paris est le premier traité international sur l’environnement incluant des droits fondamentaux, notamment les droits humains, l’égalité des sexes et les droits des peuples autochtones. Le succès de l’actuelle COP24 dépend de l’adoption du manuel d’application de l’accord de Paris (rulebook), visant à concrétiser ces engagements, d’une hausse de l’ambition des contributions déterminées au niveau national en matière de réduction des émissions et de mesures d’adaptation, ainsi que de la hausse des financements climat vers une plus grande solidarité climatique.

 

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Or, à l’issue du segment technique de la conférence, le texte des négociations présente encore beaucoup trop « d’options » qui devront être tranchées par les ministres présents pendant la deuxième semaine. Alors que la communauté internationale célébrait le 10 décembre, le 70e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’Homme, la société civile en a profité pour rappeler aux Etats les engagements pris à la COP21 d’assurer le respect et la promotion des droits humains, de l’égalité femmes-hommes, la sécurité alimentaires et d’autres principes fondamentaux dans l’action climatique. Pourquoi ? Car les références aux droits humains ont été retirées des textes en cours de négociation sur le manuel d’application en fin de semaine dernière… Affaire à suivre sur le site de Coordination SUD qui dressera prochainement un bilan de la COP24.

 

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