Les ONG de développement et d’urgence, rassemblées au sein de Coordination SUD, se mobilisent pour donner à la Présidence française de l’Union européenne une dimension solidaire. En partenariat avec CONCORD, la confédération européenne des ONG, Coordination SUD a mis au point un programme de rencontres traitant des points majeurs de l’agenda européen et international de cette année 2008. Ce programme contribuera par ailleurs à préparer les débats pour les prochaines élections européennes de 2009.
Le récent rejet du traité de Lisbonne par l’Irlande démontre à nouveau les risques présentés par la construction d’une Union européenne sans garantie d’implication des citoyens à tous les niveaux du processus de décision. Ce vote relance pleinement les discussions sur l’avenir de l’Europe. Coordination SUD et ses partenaires participeront activement à ces débats sous Présidence française en donnant la parole aux citoyens, et en particulier aux citoyens du reste du monde.
Dans sa relation au monde, l’Union européenne poursuit deux objectifs différents : celui d’être une « Europe compétitive dans une économie mondialisée » et celui de maintenir sa première place en matière de solidarité internationale. Si les citoyens de l’Union européenne peuvent adhérer à l’idée d’une Europe compétitive, ils sont toutefois de plus en plus nombreux à réclamer le respect de principes fondateurs, comme les droits humains, économiques et sociaux et la dimension durable du développement. En cela, ils rappellent que la mondialisation n’est pas qu’économique et que l’Europe doit plaider pour une compétition respectueuse des droits et de l’avenir de la planète. Une Europe compétitive et responsable devrait être plus cohérente pour que ses ambitions économiques et commerciales ne viennent contredire ses réels efforts de solidarité. Ceci conduit à porter une attention particulière aux politiques publiques et aux négociations internationales, notamment dans les domaines commerciaux, agricoles et migratoires.
L’Union européenne, avec ses États membres, est le premier contributeur au monde pour l’aide publique au développement. La société civile européenne -et en particulier les ONG- manifeste sa satisfaction sur ce point et plaide pour que l’Union européenne soit porteuse d’une grande ambition pour la solidarité internationale. D’abord, celle d’inciter les pays riches à atteindre les 0.7 % du revenu national brut pour leur contribution à l’aide publique au développement et, pour ce faire, d’établir des calendriers contraignants de progression d’ici 2015. Ensuite, celle de jouer un rôle moteur pour insuffler un nouvel élan lors des grands rendez-vous prévus en 2008. « Plus d’aide et mieux d’aide », tel est le message global pour les conférences qui vont se succéder sur les questions de financement du développement et d’efficacité de l’aide.
Dans le vocabulaire européen, le terme de partenariat est trop peu employé ou de façon insatisfaisante, par exemple pour les accords de partenariat économique. Le partenariat devrait pourtant être un axe clé de la politique extérieure européenne. Dans une économie mondialisée, les régions du monde ont un besoin impérieux de formaliser leurs partenariats, fondés sur des principes clairs et respectueux des contextes et intérêts des différentes parties. Mais ce sont aussi les forces sociales et civiles qui façonnent le monde. Dans cette optique, les institutions européennes et, particulièrement la Commission européenne, doivent accorder à la coopération non-gouvernementale une place majeure. Les ONG ont acquis aujourd’hui un pouvoir d’influence dans le débat public et la négociation internationale. Ce pouvoir appelle en contrepartie une responsabilité d’user de ce pouvoir à bon escient. Elles ont lancé un processus autonome de réflexion sur l’efficacité de leurs actions de développement qui se déroulera entre 2008 et 2010. Au-delà, c’est au quotidien que les ONG européennes s’engagent auprès de leurs homologues des pays du Sud et leur apportent un soutien dans leurs actions de veille sur les politiques publiques de leurs gouvernements et sur les politiques d’aide au développement. Ce débat entre acteurs non gouvernementaux et partenaires gouvernementaux est un premier pas indispensable pour rapprocher les citoyens des prises de décisions européennes et les convaincre que ces décisions n’ont pas le caractère désincarné qu’on leur prête trop souvent.
L’Union européenne a une ambition dans le monde. Mais cette ambition ne saurait se construire sans que le monde lui dise ce qu’il attend d’elle. Nous souhaitons contribuer, à notre modeste place, à cette compréhension indispensable. C’est pourquoi nous réunirons en octobre à Paris nos homologues de plus de 80 pays, pour leur demander d’exprimer leurs vues sur l’Europe. Au terme de cette rencontre importante, nous avons l’espoir de relayer toutes ces paroles pour que l’Europe, dans ses relations internationales, joue pleinement la carte de l’écoute et de la solidarité.
Henri Rouillé d’Orfeuil Président de Coordination SUD
Jean-Louis Vielajus Vice-président de Coordination SUD
