Volontariat en zones à risques

Trois questions à Dante Monferrer, délégué général de France volontaires le 04 mars 2011

En cette année européenne du bénévolat et du volontariat, l’actualité pose la question de la sécurité des volontaires sur le terrain. France volontaires envoie 150 volontaires par an, y compris dans des zones à risques.

Trois questions à Dante Monferrer, délégué général de France volontaires
Interview réalisée pour les Nouvelles de SUD du printemps 2011

NDS. Comment expliquez-vous les récents enlèvements d’humanitaires sur le terrain ?

DM. La nationalité, en l’occurrence française, semble plus déterminante que le fait d’être un humanitaire. Les otages d’Arlit travaillaient pour le privé et en Mauritanie des touristes ont été assassinés. La nationalité parait être le critère premier des terroristes. En cela les humanitaires, les volontaires ne nous paraissent ni plus, ni moins en danger que l’ensemble des Français résidant dans ces pays.

Les raisons de cette situation sont connues ; contexte géopolitique régional et mondial, fragilités de certains pays instrumentalisés par un islamisme radical, connexions avec des rebellions locales, moyens générés par des trafics divers…

« Vider » ces pays est le but recherché, les quitter c’est se préparer à partir d’autres pays de la sous région. Les populations sahéliennes, qui nous accueillent depuis des dizaines d’années, sont les premières impactées par cette situation. Il est important de continuer à leur exprimer notre solidarité.

Pour autant la gravité de la menace nous impose de réévaluer l’ensemble de nos dispositifs à la lumière des questions de sécurité et de renforcer fortement la prévention et la gestion des risques.

NDS. Comment France volontaires assure-t-elle la sécurité de ses volontaires ?

DM.S’agissant du Sahel, France Volontaires n’a plus de volontaires dans les zones rouges. Nous sommes recentrés sur les capitales et les régions moins exposées, ce qui va se traduire par une diminution de notre activité.

Des mesures visant à prévenir et à gérer les risques ont été prises :

  • Intégration à la formation des volontaires d’un module prévention et gestion des risques,
  • Inscription des volontaires aux Consulats, présentation aux Autorités locales, aux forces de sécurité, aux acteurs locaux,
  • Mise en réseau, échanges et actualisation permanente des informations,
  • Examen des conditions d’habitation et de travail et de leur environnement, sécurisation des logements, cohabitation privilégiée,
  • Limitation et gestion des déplacements professionnels et personnels,
  • Mise à disposition de moyens de communication,
  • Implication de nos cadres locaux et de nos partenaires…

Faire le choix de rester suppose, pour chacun, d’intégrer et d’assumer au plus haut point les dimensions gestion et prévention des risques dans les attitudes de vie et de travail.

NDS. La France demande aux ONG de se retirer du Mali et du Niger, qu’en pensez-vous ?

DM. Notre position est largement partagée par de nombreuses associations de volontariat et est portée par nos collectifs associatifs.

Ainsi nous souhaitons rencontrer dans les meilleurs délais les plus hautes autorités du MAEE pour :

  • faire valoir notre souci permanent quand à la sécurité de nos volontaires et mettre en avant les mesures prises en la matière,
  • réaffirmer notre devoir de solidarité vis-à-vis des populations du Sahel,
  • exprimer nos questionnements quand aux arguments utilisés pour décider du retrait de tous les volontaires,
  • partager nos arguments et proposer que ces mesures de retrait ne soient pas systématiques et soient modulées en fonction des différentes situations.

Notre présence au Mali et au Niger remonte à plusieurs décennies, des centaines de volontaires ont été accueillis dans ces deux pays et y ont tissés de multiples liens. Nous nous mobilisons pour utiliser au mieux les marges de manœuvre qui sont les nôtres afin d’infléchir la position des pouvoirs publics.