Remaniement ministériel : Amalgame entre aide au développement et lutte contre l’immigration

le 02 décembre 2010

Paris, jeudi 2 décembre 2010. En 2010, la France ne se contente pas de remanier son gouvernement, elle remanie aussi son aide au développement. Le nouveau ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, s’occupe des « politiques de coopération et d’aide au développement qui concourent au contrôle des migrations ». La veille du débat au Sénat sur l’APD dans le projet de loi de finances 2011, Coordination SUD dénonce l’instrumentalisation de l’aide pour répondre aux objectifs d’une politique migratoire répressive. Désormais, pour avoir de l’APD plus facilement, il faudra récupérer ses migrants !

Le récent ministère de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des collectivités territoriales et de l’Immigration « est chargé de la politique de développement solidaire et, en liaison avec le ministre des Affaires étrangères et européennes et le ministre chargé de l’Économie, participe à la définition et à la mise en oeuvre des autres politiques de coopération et d’aide au développement qui concourent au contrôle des migrations. »

« Nous sommes très préoccupés par la confusion entretenue par la France entre politique de développement et politique d’immigration, s’inquiète Jean-Louis Vielajus, président de Coordination SUD. Le risque est que l’aide au développement soit une monnaie d’échange dans la négociation d’accords bilatéraux avec les pays du Sud. »

Depuis la création d’un programme « développement solidaire et migrations » au sein de la mission APD en 2008, les pays qui ont signé un accord de gestion concertée des flux migratoires avec la France bénéficient d’un traitement préférentiel en matière d’APD. Pour avoir un meilleur accès à l’aide, il faut donc oeuvrer pour la politique française de restriction de la migration, faciliter les expulsions et lutter contre l’immigration illégale. À l’inverse, des pays parmi les plus pauvres du monde, comme le Niger, et qui n’ont pas signé d’accord, devront-ils
compter sans cette aide pour lutter contre la faim et la pauvreté ?

Coordination SUD demande que, conformément aux positions adoptées par la France en novembre dernier, la politique française de coopération au développement, ainsi que son principal instrument, l’APD, soient confiés exclusivement au ministère des Affaires étrangères et européennes, et à l’Agence française de développement, chargée de cofinancer les initiatives de développement portées par les ONG. Coordination SUD demande aux sénateurs de se prononcer en ce sens dans leur débat sur l’APD dans le projet de loi de finances 2011, qui se tient demain, vendredi 3 décembre.

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Marie Bessières
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