Lettre ouverte à François Hollande. Budget européen: la solidarité internationale menacée

Lettre ouverte à François Hollande. Budget européen: la solidarité internationale menacée

Alors que s’est tenu le 22 et 23 novembre à Bruxelles le sommet européen consacré au budget de l’Union pour la période 2014-2020, Patrick Bertrand (Avocats pour la santé dans le monde), Guillaume Grosso (ONE), Philippe Jahshan (Solidarité laïque et Délégué Europe de Coordination SUD), Luc Lamprière (Oxfam France) et Jean-Louis Vielajus (Coordination SUD), en appellent à François Hollande pour s’opposer aux coupes budgétaires prévues.

 

Monsieur le Président de la République,
Les 22 et 23 novembre, vous participerez au Sommet européen extraordinaire lors duquel les États membres de l’Union européenne devront se mettre d’accord sur le budget de l’Union pour la période 2014-2020.
L’enjeu est de taille : l’issue des négociations traduira les priorités de l’Europe pour les sept prochaines années et ce pour chaque politique communautaire.
Alors que le budget dédié à l’action extérieure et au développement représente déjà une faible part du budget total, le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a recommandé une coupe de 9% de cette enveloppe par rapport à la proposition de la Commission européenne. Encore plus préoccupant, il plaide pour une diminution de 11% du principal instrument de lutte contre la pauvreté des populations d’Afrique, Caraïbes et Pacifique, le Fonds européen de développement.
Investir dans la construction d’une politique commune de développement et d’aide humanitaire est essentiel dans un contexte de crise. La réalité du monde est celle d’une puissante interdépendance économique, sociale et environnementale. La stabilité repose sur l’amélioration des conditions de vie dans tous les pays émergents ou en développement. L’Union européenne, en tant que premier bailleur mondial et principal partenaire commercial de plusieurs de ces pays, a une grande responsabilité envers la mise en place d’un nouveau modèle de développement, plus juste et plus durable.
L’Europe doit être innovante, vous l’avez rappelé récemment au sujet de la taxe sur les transactions financières. Cette taxe européenne permettra, selon vos mots, de « faire face à la finance » mais aussi de « financer le développement », de manière additionnelle aux engagements existants. Au-delà des intentions, nous attendons donc de vous des actes forts, en ce sens, en France et dans les enceintes de négociations européennes à venir.
L’aide européenne fait preuve d’une vraie valeur ajoutée. Dans de nombreux pays, elle contribue à renforcer l’État de droit, notamment par la participation de la société civile au dialogue démocratique et par les systèmes judiciaires. L’aide européenne soutient également les missions régaliennes des États par le financement de politiques publiques essentielles pour les populations. Elle est indispensable au financement des services sociaux, comme la santé et l’éducation, ainsi qu’à la mise en place de systèmes de protection sociale dans les pays du Sud, comme l’a reconnu récemment le Conseil de l’UE. Ainsi, elle participe à améliorer considérablement les conditions de vie de millions de personnes dans les pays en développement.
Le rôle de l’aide européenne sur les dix dernières années a largement contribué à pérenniser les systèmes de santé par un investissement croissant (1). Elle a permis notamment de vacciner 5,5 millions d’enfants contre la rougeole, et de scolariser (à l’école primaire) plus de 9 millions d’enfants (2) à travers le monde. En outre, une étude indépendante (3) publiée cette année montre que les programmes de développement menés par l’UE sont parmi les plus transparents au monde. Par ailleurs, l’UE, au moyen de la mise en place d’un processus de programmation conjointe de son aide, contribue à une meilleure coordination des priorités des États membres et des projets financés. L’efficacité de l’aide n’en sera que renforcée.
Monsieur le Président, nous espérons que, lors du Sommet extraordinaire des 22 et 23 novembre, vous vous positionnerez en faveur d’un budget européen ambitieux pour la solidarité internationale. Le repli sur les intérêts nationaux n’a pas de sens dans la construction européenne et serait en contradiction avec la « mondialisation de la solidarité » (4) que vous appelez de vos vœux.

 

 

 

(1) Cour des comptes européenne, l’aide au développement fournie par là CE aux services de santé en Afrique subsaharienne, rapport spécial n°10, 2008.
(2) Étude couvrant la période 2004-2009
(3) Etude de Publish What you Fund
(4) 4 Extrait du discours de François Hollande à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre 2012.

Lettre publiée sur le site de Mediapart.

 

Photo sous licence Creative Commons par le Conseil européen