Les crépitements des flashs ont ouvert le sommet du G8 qui réunissait les grands de ce monde sur les planches de Deauville. Échanges de sourires, poignées de mains et autres accolades ont rythmé ce sommet. Au-delà de cette mise en scène théâtrale et terriblement coûteuse, le bilan de cette rencontre est très contrasté.
Des mesures inadéquates et des promesses non tenues
Le printemps arabe a bouleversé l’agenda et les priorités du G8, et les membres se sont engagés à défendre et à soutenir la démocratisation de la Tunisie et de Égypte[1]. Les dirigeants ont déclaré vouloir fournir 20 milliard de dollars[2] sur la période 2011-2013 pour appuyer ces pays[3] dans leur transition démocratique ainsi que pour faciliter les réformes économiques et sociales. Cependant, l’aide que propose le G8 semble relever de recettes et méthodologies d’approches « traditionnelles » qui peuvent s’avérer dangereuses. Le « partenariat de Deauville » s’appuie en effet essentiellement sur des prêts: comment des pays dont l’économie est exsangue pourront-ils faire face à leurs futures échéances de remboursement ? De plus, les structures de la société civile issues de la révolution n’ont pas étés associées à cette décision et le partenariat n’aborde pas la question du modèle de développement que les nouvelles autorités de transition pourraient souhaiter mettre en place.
S’agissant de l’aide publique au développement (APD), les membres du G8 ont acté de la nécessité de rendre l’aide plus transparente et plus efficace pour qu’elle puisse être un des leviers principaux pour l’atteinte des Objectifs millénaires du développement (OMD). Pour autant, pour la première fois ils reconnaissent aussi que les engagements précédemment contractés n’ont pas été respectés[4], comme en témoigne la déclaration finale : « Il s’avère qu’il reste un écart de 19 milliards de dollars constants ou de 1,27 milliards de dollars courants, par rapport à l’estimation qui à été faite par l’OCDE pour 2010[5] ». Si les dirigeants ont fait savoir qu’ils ne souscriraient pas à de nouvelles promesses concernant l’APD, l’AMCP (Action mondiale contre la pauvreté) et Coordination SUD souhaitent avant tout que les engagements déjà contractés soient respectés.
La société civile participe à l’inauguration des chrysanthèmes
Depuis la création du G8 par Valéry Giscard d’Estaing en 1975, la société civile s’est efforcée d’ouvrir ce club fermé aux préoccupations des citoyens et des pays en développement. C’est dans cette perspective que les membres et le secrétariat de Coordination SUD ainsi que ses partenaires français et étrangers[6] ont étés présents au centre des médias du sommet, au plus proche des lieux de débats. La démarche collective a été un succès, puisque la société civile a pu se coordonner et porter un même message. En revanche, bien qu’un échange constructif ait pu être établi avec les institutions compétentes en amont et que dans les discours officiels, la concertation avec Coordination SUD et l’AMCP soit clairement revendiquée[7], un climat d’indifférence s’est installé à notre encontre durant le sommet même. Signe de cette méfiance, une douzaine d’accréditations ont été refusées sur la liste présentée par nos soins.
Nouveau sommet, nouveaux modes d’action
Le plaidoyer de l’AMCP et de Coordination SUD se concentre désormais sur le sommet du G20 de Cannes qui aura lieu en novembre. Ayant pris acte de la faiblesse de l’impact du plaidoyer durant le déroulement du sommet de Deauville et pour que la voix de la société civile porte lors des prochaines échéances, Coordination SUD s’associera plus étroitement avec les mobilisations qui auront lieu en marge du sommet[8].
Voir le communiqué de presse de Coordination SUD et l’AMCP
[1]Déclaration du G8 sur le printemps arabe : http://www.g20-g8.com/g8-g20/g8/francais/en-direct/actualites/declaration-du-g8-sur-les-printemps-arabes.1315.html
[2]Les 20 milliards proviendraient de banques de développement internationales. La BEI assurerait pour sa part 3,5 milliard du volume total de cette aide.
[3] Le partenariat s’adresse « à tous les pays de la région qui amorcent une transition vers une société libre, démocratique et tolérante (« les Pays du Partenariat »), en commençant par l’Égypte et la Tunisie, en association avec les pays qui souhaitent soutenir la transition dans la région. »
[4] Le premier engagement étant celui de consacrer 0,7% du RNB des pays industrialisés pour l’APD. Cette promesse à été entérinée lors du sommet de Gleneagles, mais date en fait d’une promesse plus ancienne, contractée en 1971 auprès de la CNUCED.
[5] Chapitre VI de la déclaration du G8 : « Suivi des engagements en matière de développement », paragraphe 59.
[6] Le « G8-G20 working group » est un groupe de travail informel axé sur le G8-G20. Il regroupe 300 organisations de la société civile. Cette organisation permet d’harmoniser et d’échanger sur les positions à adopter durant ces sommets internationaux.
[7] Le président de la république Française, M. Sarkozy s’était engagé le 7 avril 2011 à donner plus de poids à la société civile.
