« Un enfant qui meurt de faim aujourd’hui est assassiné »*, car les moyens existent pour le sauver. Dans ce contexte, le CCFD-Terre Solidaire considère que les coupes sombres programmées dans le budget de l’aide publique au développement sont une honte pour la France. Il voit dans les démentis apportés par le Secrétaire d’Etat à la Coopération, Alain Joyandet, une manœuvre de diversion destinée à endormir les Français. Selon un récent sondage BVA-CCFD-La Croix**, 92% des Français désapprouvent une diminution de l’aide aux pays pauvres dans le contexte de crise financière actuelle.
En pleine crise financière et alors que le gouvernement parvient à mobiliser rapidement des milliards d’euros pour secourir les banques, l’aide française aux pays africains s’apprête à faire les frais des arbitrages budgétaires discutés ces jours-ci au parlement. Si les projets déjà engagés devraient se poursuivre, en revanche deux tiers des nouveaux projets prévus pour les pays pauvres, essentiellement en Afrique, seraient abandonnés, les autorisations de paiement passant de 320 à 134 millions d’euros dans le budget 2009. En jeu, notamment, des projets d’appui à la santé à Madagascar et au Togo, des programmes d’accès à l’eau au Mali, de l’électrification rurale en Mauritanie et de l’éducation au Tchad. En matière de coopération agricole, malgré le discours volontariste de Nicolas Sarkozy lors du Sommet de la FAO de juin dernier, la France a ramené à zéro son aide bilatérale en 2009.
Pour Antoine Malafosse, Délégué général du CCFD-Terre Solidaire, « le gouvernement ferait preuve d’une tragique absence de vision en sacrifiant la santé, l’éducation et l’alimentation des populations les plus pauvres sur l’autel de la crise financière. C’est exactement le contraire de ce qu’attendent les Français, qui demandent une augmentation du budget pour aider les pays pauvres à faire face à la crise ».
Ces appuis à la mise en place de services essentiels sont vitaux pour les populations les plus pauvres. Le CCFD-Terre Solidaire mène campagne depuis de nombreuses années pour que la France consacre 0,7% de son PIB à l’aide publique au développement, conformément à ses engagements internationaux. Notre association avait déjà regretté que la promesse faite par Jacques Chirac d’atteindre cet objectif en 2012 soit repoussée à 2015 par Nicolas Sarkozy. Avec l’annonce cet été d’une augmentation de 5% du volume d’APD entre 2009 et 2011, la France compense à peine l’inflation, et parviendra donc difficilement à maintenir son APD à 0,39% du PIB (chiffre 2007) sur cette période.
Pour Antoine Malafosse, Délégué général du CCFD-Terre Solidaire, « en réitérant sans cesse des promesses d’aide qu’il ne semble pas vouloir tenir, le gouvernement se moque non seulement des populations des pays pauvres, dont la vie est en jeu ; il méprise aussi les Français et leur aspiration à plus de solidarité ».
Le CCFD-Terre Solidaire attend la rencontre proposée par Alain Joyandet dans un esprit constructif et souhaite une meilleure prise en compte de l’impératif de solidarité dans ses choix budgétaires.
- Propos de Jean Ziegler, ex-rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation.
- Selon un sondage BVA-CCFD-La Croix réalisé les 10-11 octobre 2008, dans le contexte de crise financière actuelle, 58% des Français estiment que les pays riches doivent augmenter leurs aides financières aux pays pauvres ; 34% estiment qu’ils ne doivent ni l’augmenter ni la diminuer. Seuls 6% estiment que les pays riches doivent diminuer leurs aides. 2% ne se prononcent pas.
