G8 : Lettre ouverte aux chefs d'Etat - Coordination nationale des ONG françaises de solidarité internationale - Coordination SUD
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Date de cet article : 13 juillet 2006

G8 : Lettre ouverte aux chefs d’Etat

Lettre ouverte aux chefs d’Etat du G8

Développement durable et droits humains... des questions sans réponse



En tant que représentants des plus importantes coalitions nationales d’ONG d’appui au développement et d’action humanitaire d’urgence des pays du G8, nous nous exprimons à ce jour au nom des 1500 ONG membres de nos réseaux, elles-mêmes soutenues par des millions de citoyens dans nos pays respectifs, pour vous faire part de nos préoccupations envers les personnes dont le sort dépend en grande partie des décisions que vous prendrez cette année en Russie, et l’année prochaine en Allemagne, et qui ne sont malheureusement pas en mesure de vous solliciter directement.

 

Notre travail sur le terrain, dans tous les pays en développement de notre planète, nous offre l’opportunité unique de saisir les défis quotidiens auxquels sont confrontés les citoyens de ces pays. Concrètement, nos organisations membres soutiennent les 2,7 milliards de personnes qui vivent avec moins de deux dollars par jour, les 800 millions de personnes qui souffrent de la faim, les 771 millions de personnes analphabètes, et les 1400 femmes qui meurent chaque jour parce qu’elles n’ont pas accès aux soins les plus élémentaires durant leur grossesse et la naissance de leurs enfants.

 

A Saint-Pétersbourg, vous débattrez des stratégies à mettre en œuvre en matière de sécurité énergétique, d’éducation et de lutte contre les maladies infectieuses. Nos organisations craignent que les représentants des pays les plus riches ne manquent à nouveau une occasion historique de lancer des initiatives concrètes pour combattre la pauvreté et promouvoir les droits humains.

 

Remémorez-vous la belle impression qu’un grand nombre d’entre vous avait provoquée l’an dernier à Gleneagles, en affichant votre intention d’augmenter de 50 milliards de dollars l’Aide publique au développement (APD) d’ici 2010, dont la moitié serait attribuée à l’Afrique.

Force est de constater qu’aujourd’hui, les budgets consacrés aux politiques de développement au sein de nos pays ne reflètent pas ces engagements. Pourtant, s’ils se concrétisaient, ils permettraient d’atteindre les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD), dont la réalisation est souhaitée pour 2015. Aussi, bien loin des 0,7% promis aux Nations Unies en 1970, seulement 0,33% du produit national brut des pays de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) seront consacrés cette année à l’APD. Nos organisations sont d’autant plus préoccupées que plus de 30% de cette aide est considérée comme « virtuelle », c’est-à-dire sans aucun impact immédiat dans les pays en développement, comme il en va des annulations de la dette.

 

Nous nous rappelons également qu’à Gleneagles, les pays du G8 ont soutenu l’idée de mettre en oeuvre des sources innovantes de financement du développement. Au travers de nouveaux mécanismes, leur objectif consisterait en l’achat de médicaments génériques à un coût moindre que celui du marché actuel, pour en faciliter l’accès aux 6,5 millions de personnes qui n’ont pas encore la capacité de se les procurer. Las, un an plus tard, nos organisations constatent avec regret que seulement deux pays du G8 soutiennent cette initiative, intitulée UNITAID, et qu’aucun engagement financier n’est prévu à l’issu de la réunion de Saint-Pétersbourg pour alimenter les futurs budgets du Fonds mondial contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

 

En ce qui concerne les questions commerciales, nos gouvernements ont dépassé la date butoir au-delà de laquelle le cycle de Doha pour le développement à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) risque d’échouer. Au regard des négociations en cours, nous regrettons donc profondément que les intérêts des pays et des populations les plus pauvres soient toujours absents des possibles résultats d’un accord. A ce stade, de nombreuses puissances du G8 demandent aux pays du Sud des ouvertures de marché conséquentes dans les secteurs de l’industrie et des services, en ne promettant en retour que des évolutions en matière agricole insuffisantes et contre-productives pour favoriser leur développement. En l’état actuel, un tel accord, s’il était signé, pourrait avoir des conséquences dramatiques pour la vie des populations pauvres et marginalisées, et particulièrement pour les femmes de pays concernés, pour les populations autochtones et pour le milliard de petits paysans que compte notre planète et qui font vivre près de trois milliards de personnes.

Nous demandons que les règles commerciales autorisent les gouvernements à disposer d’un espace politique qui leur permette de poursuivre des politiques commerciales et de croissance répondant aux attentes des plus marginalisés : le commerce international pourrait alors avoir un rôle moteur dans les stratégies de développement.

Conscientes de l’inadéquation des propositions actuellement négociées, nos organisations souhaitent la conduite d’une évaluation sur les impacts des derniers rounds de la négociation commercilaes sur le bien être des plus démunis.

 

Parce que la pauvreté ne peut être combattue sans un accès universel à l’éducation, nous vous recommandons de financer les 422 millions de dollars manquants à l’initiative de mise en œuvre accélérée du programme « Education pour tous », que vous avez soutenu par le passé, afin d’offrir des enseignants aux 103 millions d’enfants qui ne peuvent à l’heure actuelle aller à l’école, faute de personnel qualifié.

Enfin, dans une période où les questions de sécurité sont au cœur de l’agenda politique, nos organisations apprécieraient toute déclaration rappelant l’importance du droit d’association à l’occasion de ce G8 spécifique sous présidence russe. 

Nous vous demandons donc, à l’occasion des Sommets du G8 russe, tenu du 15 au 17 juillet, et du G8 allemand de l’an prochain : de placer la lutte contre l’extrême pauvreté et la promotion des droits humains au cœur de toutes vos concertations à venir ; d’engager à nouveau vos gouvernements à œuvrer pour la réalisation des OMD d’ici 2015, dans l’élaboration de plans stratégiques concrets et dans la mobilisation de tous mécanismes manifestant une solidarité financière internationale, tels que l’Aide publique au développement, la mise en œuvre de politiques commerciales respectueuses des intérêts des pays les plus pauvres, les annulations de dette, les transferts de technologie et l’investissement privé.

Cette lettre ouverte, téléchargeable en pièce jointe, est signée des coalitions suivantes : Associazione ONG Ilaliane (Italie), BOND (Royaume-Uni), Canadian Council for International Cooperation (Canada), InterAction (Etats-Unis), JANIC (Japon), VENRO (Allemagne) et Coordination SUD (France).



 

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